‹ La surprise de l'amourChapitre 17 sur 79 · ACTE I, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VII

nous causerons plus longtemps ensemble, et je sens que votre conversation me soulage.

La Marquise.

Tenez, sans compliment, depuis six mois je n'ai eu de moment supportable que celui-ci; et la raison de cela, c'est qu'on aime à soupirer avec ceux qui vous entendent : lisons la lettre. (Elle lit.)

J'avois dessein de vous revoir encore, Angélique ; mais j'ai songé que je vous désobliger ois, et je m'en abstiens : après tout, qu'aurois-je été cherchera Je ne saurois le dire', tout ce que je sais, c'est que je vous ai perdue, que je voudrois vous parler pour redoubler la douleur de ma perte, pour ni'en pénétrer jusqu'à mourir.

(Répétant les derniers mots, et s'interrompant.)

Pour m'en pénétrer jusqu'à mourir! Mais cela est étonnant; ce que vous dites là, Chevalier, je l'ai pensé mot pour mot dans mon affliction ; peuton se rencontrer jusque-là! En vérité, vous me donnez bien de l'estime pour vous! Achevons.

(Elle relit.)

Mais c'est fait, et je ne vous écris que pour vous demander pardon de ce qui m'échappa contre vous à notre dernière entrevue j vous me quittiez pour jamais, Angélique, j'étois au désespoir ; et, dans ce moment-là, je vous aimois trop pour vous rendre

justice; mes reproches vous coûtèrent des larmes, je ne voulois pas les voir, je voulois que vous fussiez coupable, et que vous crussiez Vêire, et j'avoue que j'offensois la vertu même. Adieu, Angélique, ma tendresse ne finira qu'avec ma vie, et je renonce à tout engagement ; j'ai voulu que vous fussiez contente de mon cœur, afin que l'estime que vous aurez pour lui excuse la tendresse dont vous m'honorâtes.

(Après avoir lu, et rendant la lettre.)

Allez, Chevalier, avec cette façon-là de sentir, vous n'êtes pointa plaindre. Quelle lettre! Autrefois le marquis m'en écrivit une à peu près de même, je crojois qu'il n'y avoit que lui au monde qui en fût capable; vous étiez son ami, et je ne m'en étonne pas.

Le Chevalier.

Vous savez combien son amitié m'étoit chère. La Marquise.

Il ne la donnoit qu'à ceux cjui la méritoient. Le Chevalier.

Que cette amitié-là me seroit d'un grand secours, s'il vivoit encore!

La Marquise, pleurant.

Sur ce pied-là, nous l'avons donc perdu tous deux.

Le Chevalier.

Je crois que je ne lui survivrai pas longtemps.

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