ACTE I, SCÈNE X 3i
je VOUS assure que j'y prends beaucoup de part; il faut tâcher de se dissiper.
Le Chevalier.
Cela n'est pas aisé, Monsieur le comte.
LuBîN, faisant un sanglot.
Eh!
Tais-toi.
Le Comte.
Que lui est-il donc arrivé à ce pauvre garçon ?
Le Chevalier.
Il a, dit-il, du chagrin de ce que je ne pars point, comme je l'avois résolu.
LuBiN, riant.
Et pourtant je suis bien aise de rester, à cause de Lisette.
Lisette.
Cela est galant; mais, Monsieur le chevalier, venons à ce qui nous amène, monsieur le comte et moi. J'étois sous le berceau pendant votre conversation avec madame la marquise, et j'en ai entendu une partie sans le vouloir; votre voyage est rompu, ma maîtresse vous a conseillé de rester, vous êtes tous deux dans la tristesse, et la conformité de vos sentimens fera que vous vous verrez souvent. Je suis attachée à ma maîtresse, plus que je ne saurois vous le dire, et je suis désolée de voir qu'elle ne veut pas se consoler, qu'elle soupire et pleure tou-
jours; à la fin elle n'y résistera pas : n'entretenez point sa douleur, tâchez même de la tirer de sa mélancolie; voilà monsieur le comte qui l'aime, vous le connoissez, il est de vos amis, madame la marquise n'a point de répugnance à le voir; ce seroit un mariage qui conviendroit, je tâche de le faire réussir; aidez-nous de votre côté, Monsieur le chevalier, rendez ce service à votre ami, servez ma maîtresse elle-même.
Le Chevalier.
Mais, Lisette, ne me dites-vous pas que madame la marquise voit le comte sans répugnance? Le Comte.
Mais, sans répugnance, cela veut dire qu'elle me souffre; voilà tout.
Et qu'elle reçoit vos visites.
Le Chevalier.
Fort bien; mais s'aperçoit-elle que vous l'aimez?
Le Comte.
Je crois que oui.
Lisette.
De temps en temps, de mon côté, je glisse de petits mots, afin qu'elle y prenne garde. Le Chevalier.
Mais, vraiment, ces petits mots-là doivent faire un grand effet, et vous êtes entre de bonnes mains. Monsieur le comte. Et que vous dit la marquise?