ACTE II, SCENE VI
La Marquise.
Me voilà déroutée, je ne sais plus comment régler ma conduite : car il y en a une à tenir là dedans; j'ignore laquelle, et cela m'inquiète.
HORTENSIUS
Si vous me le permettez, Madame, je vous apprendrai un petit axiome qui vous sera, sur la chose, d'une merveilleuse instruction : c'est que le jaloux veut avoir ce qu'il aime; or, étant manifeste que le chevalier vous refuse...
La Marquise.
Il me refuse ! Vous avez des expressions bien grossières; votre axiome ne sait ce qu'il dit; il n'est pas encore sûr qu'il me refuse.
Lisette.
Il s'en faut bien; demandez au comte ce qu'il en pense.
Comment! est-ce que le comte étoit présent?
Lisette.
Il n'y étoit plus; je dis seulement qu'il croitque le chevalier est son rival.
La Marquise.
Ce n'est pas assez qu'il le croie, ce n'est pas assez, il faut que cela soit; il n'y a que cela qui puisse me venger de l'affront presque public que m'a fait sa réponse; il n'y a que cela; j'ai besoin, pour réparation, que son discours n'ait été qu'un La Surprise de l'amour. ^
dépit amoureux. Dépendre d'un dépit amoureux! Cela n'est-il pas comique ? Assurément, ce n'est pas que je me soucie de ce qu'on appelle la gloire d'une femme, gloire sotte, ridicule, mais reçue, mais établie, qu'il faut soutenir, et qui nous pare. Les hommes pensent comme cela, il faut penser comme les hommes ou ne pas vivre avec eux. Où en suis-je donc, si le chevalier n'est point jaloux? L'est-il? ne Test-il point? on n'en sait rien, c'est un peut-être; mais cette gloire en souffre, toute sotte qu'elle est, et me voilà dans la triste nécessité d'être aimée d'un homme qui me déplaît; le moyen de tenir à cela? oh ! je n'en demeurerai pas là, je n'en demeurerai pas là. Qu'en dites-vous, Monsieur ? il faut que la chose s'éclaircisse absolument.
HORTENSIUS
Le mépris seroit suffisant. Madame.
La Marquise.
Eh! non, Monsieur, vous me conseillez mal; vous ne savez parler que de livres.
LUBIN
Il y aura du bâton pour moi dans cette affaire-là. Lisette, pleurant.
Pour moi. Madame, je ne sais pas où vous prenez toutes vos alarmes, on diroit que j'ai renversé le monde entier. On n'a jamais aimé une maîtresse autant que je vous aime; je m'avise de tout, et