ACTE m, SCENE VI 9S
mens? Ne s'agit-il point à présent d'amour, absolument?
Le Chevalier, riant.
Eh! mais, en vérité, par où jugez-vous qu'il y en ait? Qu'est-ce que c'est que cette idée-là? Le Comte, Moi, je n'en juge point, je vous le demande.
Le Chevalier.
Hum î vous avez pourtant la mine d'un homme qui le croit.
Le Comte.
Eh bien, débarrassez-vous de cela; dites-mol oui ou non.
Le Chevalier, riant.
Eh, eh! Monsieur le comte, un homme d'esprit comme vous ne doit point faire de chicane sur les mots ; le oui et le non, qui ne se sont point présentés à moi, ne valent pas mieux que le langage que je vous tiens ; c'est la même chose, assurément : il y a entre la marquise et moi une amitié et des sentimens vraiment respectables. Etes-vous content? Cela est-il net? Voilà du françois. Le Comte, à part.
Pas trop... [Haut.) On ne sauroit mieux dire, et j'ai tort; mais il faut pardonner aux amans, ils se méfient de tout.
Le Chevalier.
Je sais ce qu'ils sont par mon expérience. Re-
venons à vous et à vos amours, je m'intéresse beaucoup à ce qui vous regarde; mais n'allez pas encore empoisonner ce que je vais vous dire, ouvrez-moi votre cœur. Est-ce que vous voulez continuer d'aimer la marquise?
Le Comte.
Toujours.
Le Chevalier.
Entre nous, il est étonnant que vous ne vous lassiez point de son indifférence. Parbleu, il faut quelques sentimens dans une femme. Vous haitelle? on combat sa haine. Ne lui déplaisez-vous pas? on espère; mais une femme qui ne répond rien, comment se conduire avec elle? par où prendre son cœur? un cœur qui ne se remue ni pour ni contre; qui n'est ni ami ni ennemi, qui n'est rien, qui est mort, le ressuscite-t-on? Je n'en crois rien; et c'est pourtant ce que vous voulez faire.
Le Comte, finement.
Non, non, Chevalier, je vous parle confidemment, à mon tour. Je n'en suis pas tout à fait réduit à une entreprise si chimérique, et le cœur de la marquise n'est pas si mort que vous le pensez : m'entendez-vous? vous êtes distrait. Le Chevalier.
Vous vous trompez; je n'ai jamais eu plus d'attention.