INTRODUCTION
Si l’on se fiait encore, pour juger le traitement des fractures de l'olécràne, à l’opinion de Desault écrivant: «Il n’est pas de fracture dont le traitement soit hérissé de plus de difficultés que celle de l’olécräne (1) », on serait loin de voir, sous le jour de simplicité précise et d'efficacité encourageante qui lui convient, ce chapitre de thérapeutique chirurgicale. Il faut, en effet, savoir se débarrasser à l’heure actuelle des longues discussions sur les positions variables à donner au membre ; dans la balance des chances ou d’ankylose ou de long cal fibreux, lon ne s'occupe plus guère de savoir de quel côté la diathèse rhumatismale fera osciller l'aiguille ; 1l importe peu maintenant de choisir entre la demi-flexion, l'extension complète, la flexion légère, les griffes ou même la méthode du « ne rien faire ».
Actuellement, on peut dire en effet qu'il existe deux modes de traitement des fractures de lolécrâne : d’une part, le massage; de l’autre, la suture osseuse avec sa variante, le cerelage.
C'est l’un de ces deux moyens thérapeutiques que nous nous proposons d'étudier ici ; nous avons vu M. le pro-
(1) Desault. — OEuvres chirurgicales, publiées par Bichat en 1798.
fesseur Forgue pratiquer dans son service la suture 0sseuse pour fracture récente de lolécräne et nous avons trouvé à ce sujet un grand intérêt pratique ; M. Forgue a bien voulu alors nous faire constater les résultats éloignés d’un cas analogue, opéré par Jui il y à environ six ans. Ces deux observations, inédites, donneront son plus grand intérêt à notre thèse, inspirée d’un travail en cours de M. le docteur Abadie sur le même sujet (Revue d'orthopédie), et qu'il a bien voulu nous communiquer.
La suture osseuse fera donc à elle seule le sujet de notre étude ; mais nous serons amené à parler maintes fois du massage lorsque nous chercherons à préciser quand la suture devient la méthode d'élection. En effet, s'il est des cas où les indications de l'un et l’autre modes de traitement sont précises et bien tranchées, il en est d'autres où l'hésitation est permise, où suture et massage semblent aussi logiques, et où il semble excusable d'être partisan déclaré systématique de lune à l'exclusion de l'autre. Là encore, avant d'adopter une fois pour toutes une conduite uniforme pour tous les cas semblables, il faut se rappeler que chirurgien d’un hôpital et modeste praticien ne sauraient agir de même; l’un se ‘trouve dans des conditions de sécurité plus grandes, peut dès lors encourir des responsabilités plus graves et s'affranchir de contraintes auxquelles le second reste soumis ; celui-là sera interventionniste avec raison, celui-ci abstentionniste avec prudence ; le premier fera la suture, le second du massage. On ne peut done pas dire que telle méthode vit des résidus de l'autre, n’est qu'un pis aller ; toules deux sont bonnes selon les cas et les conditions de milieu. C’est dans cet esprit de prudent éclectisme que nous espérons émettre nos conclusions, et nous y insistons dès le début.
Nôtre’ travail comprendra 6 chapitres :
[. — Historique de la suture et du cerclage.
IT. — Conditions anatomiques de la fracture de l’olécrâne. Causes de la non-consolidation. i
[IL — Indications thérapeutiques.