Journal, 98 juillet
9. 11° Méditation, À. M., p. 61-1. Cf. Regulæ et Lettres, A. M., p. 560.
LE SAVOIR POSITIF. 305 Je, moi; qui le dit en comprenant ce qu'il dit, après s'être étonné, après avoir cherché la valeur de ce mot, découvre la plus élémentaire à la fois et la plus haute des vérités. Ce dont on s’avise le moins aisément, c’est ce qui est d'expérience constante : Descartes est un « héros », parce qu’il a su voir ce qui échappait aux autres à force précisément d’être visible. Une telle vérité ne doit apparaître que tard ; mais aussi, une fois signalée, elle doit éclater à tous les yeux non prévenus.
L'homme, donc, blanc, civilisé, adulte, mieux encore le philosophe, qui réfléchit sur le mot mot, doit, semble-t-il développer ainsi la connaissance intuitive et fondamentale qui s’est déposée et condensée dans cette syllabe : Il y a une réalité et qui s'aperçoit telle. Conscience, Réalité, Unité, — voilà ce que le mot moi implique; voilà ce que la réflexion y découvre si elle le considère, pour ainsi dire, ingénument — dans ce cas unique où l'interprétation du signe, c'est la chose signifiée elle-même qui la ratifie.
Pourtant, à cause de la singularité de cette connaissance et de sa tardive constatation réfléchie, une telle vérité demeuré suspecte à quelques-uns. « Si une impression donne naissance à l’idée du moi, elle doit se continuer invariablement la même dans tout le cours de la vie, puisque c'est ainsi qu'on suppose que le moi existe. Mais il n'existe point d'impression constante et invariable. La douleur et le plaisir, la tristesse et la joie, les passions et les sensations succèdent les unes aux autres et n'existent jamais toutes en même temps. Ce ne peut donc être ni d’une de ces sensations ni d’une autre que l’idée du moi est dérivée, et par conséquent une telle idée n'existe pas.» Lorsqu'on essaye, comme Hume, de raisonner contre l'évidence du moi, on ne peut manquer de tomber, comme lui, dans les plus grandes absurdités ?. On commence par poser qu'il n'y a rien sinon des impressions détachées, des petits mot fragmentaires en nombre infini :
1. Hume, Trailé de la nature humaine, IV, section VE D: 1930: 2. « Puisque toutes nos perceptions sont différentes les unes des autres et de toute autre chose de l'univers, elles sont également distinctes et sépa-