YÉ. : L'HISTOIRE
Il est aisé de constater combien sont encore plongées dans le chaos les études qui concernent l’homme et qui parfois ont reçu le nom de « sciences de l'esprit » ou de « sciences de l'humanité ». Avant toutes les autres, elles ont entassé une riche matière; plus difficilement que toutes, elles organisent les faits innombrables dont elles disposent. L'érudition, — et nous entendons par là la préoccupation de constater le phénomène historique, de le fixer sur l'heure ou de l’évoquer rétrospectivement, — l'érudition a progressé, non seulement par la quantité des faits acquis, mais par la quantité et la qualité des méthodes qui permettent de les acquérir *. Mais « la simple constatation des faits ne peut jamais parvenir à constituer une science. On aurait beau multiplier les faits ou les observations que cela n’en apprendrait pas davantage. » Encore une fois, savoir pour savoir est vain, ridicule, insensé. L'érudilion telle quelle des premiers historiens servait à amuser, à charmer, ou à édifier leurs lecteurs : plaisirs d'imagination et d’art, leçons de morale ou de politique, voilà ce qu'elle offrait, en même
1. En 1890, jai publié dans la Nouvelle Revue (1% et 15 juin) — on me permettra de le rappeler — un travail intitulé : {a Méthode statistique et la question des Grands Hommes. Ce devait être le début d’une série d'Essais sur la Science de l’histoire : le premier seul à paru. Il m’a semblé alors — et j'ai tâché de le prouver dans ce livre — que l’histoire devait se rattacher, pour prendre toute sa valeur et recevoir une direction, à la philosophie générale.
2. L’épigraphie ou l’archéologie, par exemple, ne sont évidemment que des méthodes. Mais il arrive que ceux qui cultivent les sciences auxiliaires de Vhistoire prennent pour fin ce qui n’est que moyen. L’épigraphiste sera plus soucieux de découvrir et de cataloguer les inscriptions que de les trier et d’en tirer la substance.