MARASME SYPHILITIQUE
(alopécie syphilitique), les ongles deviennent inégaux et friables. Ricord (1), par les expériences qu'il a faites avec Grassi , a démontré qu'il se produit une modiQcatiou du sang semblable à celle qui accompagne la chlorose : elle peut se terminer par l'anémie et est caractérisée par une diminution des globules rouges du sang; en même temps, les ganglions lymphatiques du cou se tuméfient, des douleurs rhumatismales et nocturnes se manifestent, quoique les articulations ne soient ni rouges, ni gonflées (goutte syphilitique). Il se produit en outre des céphalalgies et des névralgies de la cinquième paire, etc. (2).
Quelle est la cause de ce marasme syphilitique? Ricord l'attribue au sang modifié par l'action du virus syphilitique. Je veux bien admettre la première asser tien ; la seconde me parait peu probable, quand je pense ' à l'état si souvent florissant des malades qui ont des ulcérations du pharynx, des éruptions cutanées et même de légères aflections des os. Si la cause immédiate de la modification du sang était le passage du virus dans la circulation , il faudrait que tous les malades afiectés de
(!) Bulletin de thérap,, août 184/i.
(2) C'est ici qu'il faiidraflt citer les observations de Venot (Journal de Bordeaux^ 18i!i6), qui range parmi les accidents tertiaires de la syphilis la fragiliié des os et surtout des côtes, même chez les jeunes sujelsi. 11 pourrait bien se faire que ces accidents soient de nature mercurielle car« d'après M. JQngken, les fractures sont communes chez li*s ouvriers d'Almaden, et leur consolidation est très rapide. Merkin (dans set Annotationes ad Pandolphini Tractatum de vefitositatis sjnnœ êœvissimo morbo^ Noriberg, 157 /i, p. 272), cite un cas semblable de Marcellus Donatus.
22 !.ÉS10NS PASSiVfô.
Kvphilis constitutionnelle présentassent Cettô mèinê modification.
La diminution des globules rouges du sang est du^ bien plus souvent à riiïsufBsance de leur fonnation, qu'à leur destruction par une cause extraordinaire ; c'est par une raison analogue que la Forme atrophtqtiê de b desrjuamation cutanée et l'alopécie résultent de là foN mation insuffisante de cellules épidermoïdates. !l cil vraisemblable ([uc le sang ne se reconstitue pas de lui* mftme; les organes hcrniatopoiétiques (glat^de^ lympba^ tiques, rate) semblent être chargés de Ce fôl(^; voilà pourquoi on remarque Toligœmie (diminution des glô* bules) dans certaines maladies de l'appareil lyitiphatique, parce que les corpuscules lymphatiques cessent de se produire régulièrement.
La chlorose syphilitique, et ceci est aSse^ fetrtârqiîft* ble, est d'autant plus grave que les ganglions lympha^ tiques malades sont plus nombreux , plus engOï^jéS.
Je rangerai parmi ces accidents passifs uft îiêÇodd froupe d'altératiuns, que je désigné sous le miti de «Afpénéresûence tardacée^ cireuse ou àmylotde.
Rayer (I), le premier, a rattaché ces lésions à la cachexie syphilitique, il les décrit, à n'en pas douter, dans les reins et le foie, et compare très judicieuseiMment ks points altérés à de la cire jaune (2).
Rokitan^^y (3) a vu la dégénérescence lardacée dtt tbie et de la rate accompagner Içs affections cônstittt-
(i) Ttàiiê dèi ftiùlùâieit deè tèini, Paris, lS4Ô, vol. il, p. MS .
t2) Làc. C/f., p. M.
(3) Spec. Patholog. Anat.^ vol. il, p. 312, 18/i2.
DÉGÉNÉRESCENCE LARDACÉE. 28
tionnelles de la vie végétative, la scrofule, le rachitisnie, la syphilis invétérée, la cachexie mercuriellê. C'est surtout Dîttrich (l) qui a établi les rapports du foie lardacé el de TaUération analogue de la rate et des reins (maladie de Bright), avec la syphilis; mais il a si peu conscience de la nature de cette altération , qu'il parle d'exsudats lardacés de l'os dans le sens des anciens {massa lardacea). Quand j'eus découvert la réaction spéciale que la substance modifiée de la rate donne avec l'iode, je déclarai que cette altération dépendait surtout d'un état cachectique, et se rencontrait le pi ils souvent chez des sujets ayant depuis longtemps des ulcérations (2). Henri Meckel, qui le premier traita m extenso de cette affection lardacée {speckkrankhetl) en général, dit «que sa condition étiologique est une maladie générale, grave, à marche chronique, comme la syphilis accompagnée de cachexie mercuriellê, etsurtotit comme la syphilis des os (3)». Quelque temps après, je fis remarquer que la dégénérescence amyloïde accompagnait les affections chroniques des os et surtout la carie et la nécrose, s'étendait ensuite à un grand nôolbre d'organes glandulaires; je montrai que raltérâtion amyloïde des ganglions se mttachait régulièrement à l'altération des os; enfin je conclus que Taltéralion des os exerçait une influence sur la dégénérescence glandulaire, soit que la substance fût portée telle quelle de l'os à la glande , soit que les substances provenant de
(1) Prager Vierteljahrf., 18û9, I, p. 36.
(i>) Séance de l'Académie dtîs sciences, 5 déceodlirè lll58.
(3) Charité Annalen, p. 277.