ÉVOLUTION
Si nous arrivons maintenant à l'examen des testicules^ nous voyons que la description anatomique se simplifie extraordinairement , tandis que la description clinique est très confuse, puisque le sarcocèle syphilitique est rangé parmi les symptômes secondaires.
J'admets aussi pour le testicule deux séries d'évolutions pathologiques : l'une, purement inflammatoire, est représentée par l'orchite ou la périorchite, qui se présentent quelquefois simultanément; l'autre comprend les formes gommeuses spécifiques.
Pour la première fois, j'ai pu étudier ces dernières
ORCHITE ET PÉRIORCHITE. 71
chez des syphilitiques qui moururent du choléra pendant l'épidémie de 1848. Je les ai rencontrées quelquefois depuis, en examinant des testicules extirpés sur le vivant. Quant aux formes simplement inflammatoires, elles ne sont pas rares. L'observation YII est un bon exemple des deux formes.
La périorchite (orchite séreuse, vaginalite, albuginite) peut débuter ou se terminer par une hydrocèle , mais d'ordinaire elle détermine promptement l'épaississement de la tunique albuginée et de la tunique vaginale propre , des adhérences ou des synéchies complètes de cette tunique.
Les inflammations parenchymateuses peuvent amener de ces épaississements partiels, presque cartilagineux , analogues à ceux qu'on observe sur les enveloppes séreuses de la rate ou des ovaires, ou même des productions calcaires ; mais, dans tous les cas, elles ne produisent que du simple tissu conjonctif (tissu cellulaire), formant les synéchies et les adhérences. Il en est de même pour l'orchite , qui se termine presque toujours par induration.
L'orchite débute par une inflammation interstitielle; la partie libre du testicule est attaquée la première, la tunique albuginée s'épaissit, l'inflammation s'étend le long des canalicuies séminifères, formant des cordons radiés; elle arrive au réseau testiculaire qu'elle respecte et ne dépasse pas , dans le plus grand nombre des cas simples.
La couche extérieure du teslicule n'est pas toujours affectée tout entière, Tinflammation n'envahit que cer-
l'I ALTÉRATIONS SVPKILiTIOUL'S DES TESTICULES.
tains cônes plus ou moins étendus, et s'attaque surtout aux segments moyens du testicule.
Dans le commencement, il se fait entre les canalicules séminifères, restés intacts depuis le début de l'affection, et dans le tissu interstitiel, un véritable travail de prolifération. L'hyperémie est peu intense : on voit
Figure 4 (*).
le tissu interstitiel se transformer en masse molle , rougeâtre , que le microscope fait reconnaître pour un tissu conjonctif très riche en noyaux; cette masse s'épaissit ensuite, elle prend l'aspect tendineux; sa coloration est blanc-bleuàtre ; elle s'interpose entre les canalicules séminifères et les éloigne les uns des autres ; les parois des canalicules s'épaississent et finissent par se confondre avec le tissu interstitiel; Tépithélium des canalicules, dans lequel s'est développé un pigment brun noirâtre, finit par se détruire en subissant la métamorphose graisseuse (fig. 4). Enfin les canalicules s'atro-
(*) Coupe d'un testicule atteint d'induration syphilitique simple. Grossissement, 24 diamètres.
On voit les conduits séminifères repliés sur eux-mêmes ; leur épithélium est pigmenté et subit la métamorphose graisseuse; leurs parois sont épaissies; entre les canalicules se trouve le dépôt de nouvelle formation, très épaissi el fibreux.
ORCHITE GOMMEUSE, 73
phient complètement, et, vers la fin de raffectioii, on n'aperçoit plus dans la partie affectée qu'un cône d'un aspect assez homogène et comme tendineux. Le testicule se rapetisse suivant la direction de ce segment.
Quand l'induration est très étendue , la périphérie du testicule diminue tout entière de volume ; quand l'induration est plus limitée , lorsqu'elle est lobulaire , on voit à la surface une sorte de dépression , ressemblant à une cicatrice, au-dessus de laquelle la tunique albuginée s'épaissit; on la trouve même quelquefois réunie avec la tunique vaginale, par des brides fibreuses ayant l'aspect de ligaments. L'épididyme est presque toujours intact.
Dans le sarcocèle vrai , dans l'orchite gommeuse, on trouve des produits bien plus caractéristiques. 11 n'est pas rare toutefois de rencontrer ici toutes les altérations du testicule et de la tunique vaginale que nous venons de décrire plus haut; mais à ces altérations vient toujours se joindre un élément qui n'existait pas dans le premier cas, c'est la tumeur spécifique. Au milieu de ces parties indurées semi-tendineuses de la substance testiculaire ou de la tunique albuginée , on voit apparaître une ou plusieurs tumeurs plus dures que le tissu qui les entoure. Tantôt elles restent isolées, tantôt elles se réunissent les unes avec les autres. Leur volume varie depuis le grain de chènevis jusqu'à la dimension d'une cerise; elles sont arrondies, mamelonnées, quelquefois anguleuses, homogènes, sèches, dures; elles sont d'ordinaire colorées en jaune. Ces tumeurs ressemblent beaucoup au tubercule jaune , qui en diffère du reste
là ALTÉRATIONS SYPHILITIQUES DES TESTICULES.
par la présence de petits tubercules grisâtres, miliaires. Ces derniers précèdent et accompagnent toujours, je le crois au moins, le tubercule vrai du testicule.
Dans l'orchite gommeuse, on trouve, surtout dans les cas où la maladie n'est pas trop avancée, une aréole rougeâtre traversée par des vaisseaux visibles à l'œil nu, formée par un tissu mollasse, moins dense que la gomme qu'elle entoure , et finissant par se confondre peu à peu avec le tissu induré, au milieu duquel la gomme s'est développée.
Dans les cas où la maladie est plus avancée, on voit le tissu induré entourer toute la substance de la gomme et lui former une espèce de capsule, qui ne peut en être séparée qu'artificiellement.
L'examen microscopique y démonti'e, dans les cas récents, abstraction faite du tissu calleux, trois zones diff'érentes. A l'extérieur, se trouve un tissu conjonctit très vasculaire, et ayant, pour cette cause, un aspect rougeâtre; ce tissu est rempli de jeunes éléments ceUulaires, et a subi évidemment cette évolution pathologique de granulation, que j'ai désignée sous le nom de prolifération. En dedans se trouve une deuxième couche plus étroite, et qui est rarement visible à l'œil nu; cette couche subit la métamorphose graisseuse ; les jeunes cellules de la couche précédente augmentent de volume ; elles se transforment en glol)ules granuleux graisseux, qui, serrés les uns près des autres, entourent la périphérie du noyau jaune. La troisième zone (le centre) est formée enfin par le noyau jaune luimême; ce produit pathologique ressemble à la masse