COUP D'ŒIL SUR LES ANOMALIES DE LA REFRACTION
Le système réfringent de l'œil normal a , pendant le repos complet de l'appareil accommodateur, son foyer sur la rétine, et plus spécialement sur la surface extérieure de la couche sensible des bâtonnets. Des rayons parallèles, provenant d'objets infiniment éloignés, réfractés par les milieux transparents d'un tel œil, se réunissent exactement sur cette surface. Le point le plus éloigné de la vision distincte est par conséquent à l'infini, c'est-à-dire à la limite extrême de nos besoins. C'est pourquoi nous avons appelé emmétrope l'œil qui répond à ces conditions.
L'œil peut dévier de cet état idéal dans deux directions, et devenir amétrope.
Le foyer de l'appareil dioptrique peut être situé en avant ou en arrière de la surface extérieure de la couche des bâtonnets. Dans le premier cas l'œil est myope, brachymétrope^ dans le second cas, il est hypermétrope.
2 l'astigmatisme.
Pour l'œil myope, le point le plus éloigné de la vision distincte est situé à certaine distance en avant de l'œil ; pour l'œil hypermétrope ce point est situé à certaine distance en arrière -, c'est-à-dire que, sans faire le moindre effort d'accommodation, l'œil myope réunit sur sa rétine les rayons partis en divergeant d'un point situé en avant de l'œil, tandis que pour l'œil hypermétrope ce sont les rayons qui convergent vers un point situé en arrière de l'œil.
La myopie et l'hypermétropie sont donc deux états opposés l'un à l'autre. Les deux aussi sont dus à une cause commune, à savoir, une modification de la longueur normale de l'axe optique : dans l'œil myope, il est plus long^ dans l'œil hypermétrope, il est plus court que dans l'œil emmétrope. La myopie et l'hypermétropie ont été réunies sous le nom collectif d'amétropie, par opposition à l'emmétropie.
La myopie a acquis une plus grande importance par l'étude exacte de ses rapports intimes avec diverses altérations pathologiques du fond de l'œil (staphylôme postérieur, scléro-choroïdite, atrophie, décollement de la rétine, extravasations sanguines, etc.). L'hypermétropie, quin'a été bien comprise que tout dernièrement, doit attirer à un haut degré l'attention des oculistes, car elle est la cause du plus grand nombre des cas d'asthénopie et de strabisme convergent. Si de quelques côtés on a émis des doutes à ce sujet, cela tient au seul fait que l'on n'a pas réfléchi que, par un effortd'accommodation,rhypermétropiepeutdevenirlatente. Si l'on paralyse l'accommodation par un agent mydriatique, tous les doutes disparaissent : l'hypermétropie doit alors nécessairement être tout entière manifeste. On reconnaît l'hypermétropie lorsque les oh](i[s éloignés deviennent plus
COUP d'oeil sur les anomalies de la réfraction. 3 nets à l'aide de verres positifs; la myopie, au contraire, lorsque la netteté de la vision à distance augmente à l'aide de verres négatifs,
La distance focale des verres qu'il faut ajouter pour corriger l'amétropie et rendre l'œil emmétrope, détermine le degré de l'amétropie. Le pouvoir dioptrique d'une lentille, ou sa force, est inversement proportionnel à sa distance focale F. On peut donc l'exprimer par ^. La valeur F s'exprime en pouces de Paris. Si donc nous disons que la force d'une lentille == -g- , -g-, etc., cela veut dire que ce sont des lentilles dont la distance focale positive est à 6, à 8 pouces de Paris, etc.; des lentilles de — ^, — ~ sont des lentilles de 10, de 20 pouces de distance focale négative. Nous exprimons pareillement l'amétropie. Myopie M=: g signifie qu'un verre de 9 pouces de Paris de distance focale négative est nécessaire pour neutraliser la myopie et faire place à l'emmétropie. Hypermétropie H = ^^ est un degré d'amétropie que l'on corrige au moyen d'une lentille de 12 pouces de distance focale positive.
L'amétropie ou les anomalies de la réfraction tiennent donc, d'après ce qui précède, à deux états opposés, la myopie ou l'hypermétropie. Toute anomalie de la réfraction appartient à l'une ou à Tautre de ces deux catégories.
Cependant il se présente des cas où la réfraction n'est pas la même dans les divers méridiens de l'œil. Dans un méridien l'œil peut être emmétrope, tandis qu'il est amétrope dans l'autre ; il peut, dans ses divers méridiens, varier quant au degré, et même quant à la nature de l'amétropie.
L'asymétrie sur laquelle reposent ces différences est
^ l'astigmatisme.
propre à tous les yeux. Généralement elle existe à un si faible degré, que la netteté de la vision n'en souffre pas sensiblement. Mais, par exception, elle devient considérable et occasionne une aberration des rayons lumineux qui porte préjudice à Tacuité de la vision.
Cette aberration peut être appelée astigmatisine : Elle fait le sujet des pages suivantes.
Une distinction sévère entre les anomalies de la réfraction et de l'accommodation est nécessaire, parce que les notions de la réfraclion et de l'accommodation diffèrent en nature et en principe. La réfraction de l'œil est la déviation que subit la lumière dans l'état de repos, la propriété que le système dioptrique possède, grâce à sa forme, indépendamment de toute action musculaire, de toute accommodation. L'accommodation au contraire repose sur les changements que la réfraction peut subir par l'action de muscles volontaires. La distance dupoint le plus éloigné delà vision distincte R répond au repos complet de Taccommodalion. Lorsque celle-ci commence, l'œil est adapté pour des distances de plus en plus petites, jusqu'à la distance P du point le plus rapproché de la vision distincte.
Il en résulte que la réfraction dépend de l'état anatomique et physique du système dioptrique, tandis que l'accommodation dépend de l'action physiologique des muscles.
La réfraction de l'œil est connue par la détermination de R. Si, en outre, on a déterminé P, on a toutes les données pour trouver la latitude de r accommodaiiG7i. On l'exprime comme suit :
Dans cette formule, A est la distance focale d'une lentille additionnelle que le système dioptrique peut s'ajouter par le moyen de l'accommodation. On suppose maintenant que celte lentille addition-
COUP d'oeil sur les AINOMALIES DE L\ HÉFU ACTION. 5
nelle est située dans l'air, et que son point nodal antérieur correspond au point nodal antérieur du système dioptrique de l'œil. C'est pourquoi aussi on mesure les dislances R et P du point le plus éloigné r, et du plus rapproché /) de la vision distincte, jusqu'au point nodal antérieur de l'œil, situé environ à \ pouce en arrière do la cornée.
C'est dans ce même point nodal que l'on suppose située la Iontille additionnelle, qui, comme nous l'avons vu plus haut, corrige l'amétropie ; par conséquent, pour déterminer le degré de la myopie et de l'hypermétropie, on calcule pareillement depuis r jusqu'à ce même point nodal. Deux exemples feront mieux comprendre notre pensée.
Si un œil myope a son point le plus éloigné de la vision distincte à l'infini, lorsqu'il se sert d'un verre — ^, placé à \" en avant du sommet de la cornée, c'est-à-dire à ^" en avant du point nodal antérieur, sa myopie = 1 : 6 f . Cela veut dire que les rayons doivent partir d'un point situé à 6 f " en avant du point nodal antérieur pour se réunir sur la rétine ; ou bien encore que, pour corriger la myopie, il faudrait qu'avec le susdit point nodal coïncidât le point nodal antérieur d'une lentille additionnelle située dans l'air = - 1 : 6 |.
Qu'un œil hyperniétropique aille point le plus éloigné de sa vision distincte à l'infini au moyen d'un verre = 1:7^, situé à ^'' en avant de la cornée, c'est-à-dire \" en avant du point nodal antérieur : des rayons parallèles , tombant sur la lentille, se réuniraient alors, abstraction faite de l'œil, à 7" en arrière du point nodal; par conséquent une lentille de y, dont le point nodal anté- , rieur coïnciderait avec celui du système dioptrique de l'œil, neutraliserait l'amétropie ; il existe donc une H = y.
Les anomalies de l'accommodation sont les crampes et la paralysie des muscles accommodateurs. Si la presbyopie pouvait être appelée une anomalie, elle rentrerait dans les anomalies de l'accommodaiion, car elle repose sur une diminution de la latitude de l'ac-
commodation. Mais cette diminution elle-même est un phénomène normal de développement, et elle augmente régulièrement avec les années.
L'astigmatisme, dont nous avons à nous occuper, n'a rien de commun avec Y accommodation et ses anomalies. Nous pouvons donc maintenant les laisser de côté. Une simple différence de réfraction dans les divers méridiens du système dioptrique de l'œil, et en conséquence de cela, un degré différent d'amétropie dans les divers méridiens, voilà ce qui caractérise l'astigmatisme.
J'ai traité plus en détail des anomalies de la réfraction dans : Nederlandsch Tijdschrift voor geneeskunde, D. II, 1858, p. /465 et suiv. ; — Archiv f. Ophthalmologie, publ. par ârlt. Donders et DE Graefe, vol. IV, VI et Yll ;~—Ametî'opie enhare gevolgen. Utrecht, 1860.
Un aperçu en a été donné par le docteur DOR, dans le Journal de la physiologie de l'homme et des animaux^ du docteur Brown- Séquard, sous le titre : Des différences individuelles de la réfraction de l'œil.