DÉFORMATIONS CRANIENNES PAR SYPHILIS HÉRÉDITAIRE
rium de la syphilis osseuse, que j'ai indiqué plus haut; il n'y en a pas du rachitis. C'est que le rachitis, d'après les notions actuelles, consiste essentiellement et uniquement dans un état anormal du squelette, et qu'aucun autre fait pathologique ne permet d'affirmer que c'est bien par lui qu'un os est malade, et non par un autre mal.
Pour ce qui est de l'accroissement physiologique, il se fait uniquement le long des sutures, à l'aide de couches si minces qu'on ne peut les sentir au toucher; s'imbriquant de telle sorte que les plus anciennes sont, pour chaque os, les plus rapprochées de sa partie centrale, tandis que les plus récentes ne se voient encore qu'à la périphérie, constituées en apparence par de petites écailles qui n'existent jamais à la surface des productions pathologiques, n'ayant ni porosités, ni sillons vasculaircs, en aucun cas ne formant des îlots distincts sur des points isolés de la table «xterne.
Le crâne atteint d'ostéophytes présente une déviation morphologique, souvent appréciable durant la vie. L'on y voit et l'on y sent des mamelons volumineux, souvent séparés par des dépressions en forme de gouttière. €elle qui sépare le frontal des pariétaux est transversale, et corespond à la suture coronale. Une autre semblable, dirigée d'avant en arrière, suivant la suture sagittale, se trouve entre les saillies droites et celles du côté gauche. — Quand les tubérosités sont très apparentes, elles donnent au crâne un aspect typique, que j'ai cru devoir qualifier de natiforme à cause de la ressemblance qu'il présente avec les organes que les Latins appelaient nates.
Cette modification de la calotte crânienne en entraîne souvent une autre, d'une grande importance : c'est la soudure prématurée de quelquesunes de ses pièces osseuses. Les sutures disparaissent, en général, sur des points limités, beaucoup plus rarement sur toute leur longueur. Les plus fréquemment affectées sont la médiofrontale, la coronale et la sagittale. J'ai constaté plusieurs fois la soudure des deux frontaux, à 11 et à 10 mois et, dans un cas, à 21 jours. — Sur le crâne d'un enfant de 30 mois, natiforme à un haut degré, la suture coronale droite n'existait plus, sur une longueur de 17 millimètres.
Ces synostoses amènent la déformation du crâne, non plus localement comme les ostéophytes, mais dans son ensemble. En effet, l'encéphale, qui s'accroît beaucoup à cet âge, trouvant à son développement, au niveau des points soudés, une résistance qu'il ne peut vaincre, se porte vers d'autres régions, et il en résulte des sailHes partielles qui parfois sont asymétriques.
Lorsque les soudures sont nombreuses et précoces, l'encéphale n'est pas seulement déplacé, mais il est arrêté dans son évolution. L'enfant de
30 mois, dont le crâne naliforme a été déjà signalé, présentait tous les caractères de l'idiotie.
Les déformations crâniennes que je A'iens de faire connaître sont fréquentes chez les jeunes enfants, mais elles existent également aux autres âges. On les y reconnaîtra sans hésitation aux caractères précédemment indiqués. C'est ainsi que j'ai pu rapporter à la syphilis héréditaire les saillies naliformes, du crâne d'un Indien de 18 ans, mort récemment d'intoxication palustre à Pernambuco, et sur la déformation duquel M. le D'' Thulié avait appelé l'attention de la Société d'anthropologie. Les ostéophytes sont couverts de porosités et constitués par des trabécules osseuses, perpendiculaires à la surface des pariétaux. Dans leur plus grande épaisseur, ils ont 20 millimètres, tandis que, dans ses autres régions, la paroi crânienne n'en a que 7.
Cet exemple prouve, dans la vie des individus, la permanence de la syphilis héréditaire, par les marques qu'elle imprime au crâne. Je vais montrer que l'ancienneté de la maladie, dans le temps, peut être constatée à l'aide de preuves identiques.
L'Institut anthropologique possède cinq crânes péruviens d'enfants : trois viennent d'Arica, et ont été envoyés par M. le docteur Bourrul; les deux autres ont été donnés par M. Deslruges. A l'exception de l'un des premiers, ils sont tous malades, et portent des traces incontestables de syphilis héréditaire.
Voici, en quelques mots, ce que l'on y observe. Sur le n" 5 de la vitrine XI, provenant d'un enfant qui avait six dents, la fontanelle est large et les voûtes orbitaires sont couvertes par un ostéophyte épais et poreux. En dedans, la région bregmalique du frontal et les cavités des pariétaux présentent une couche mince d'un tissu morbide très poreux et plein de sillons vasculaires.
Le n° 6 de la même vitrine, dont la fontanelle est un peu moins large que celle du précédent, porte extérieurement sur le frontal et sur les pariétaux autour du bregma, quatre saillies ossiformes ovalaires, avec des porosités nombreuses et des sillons dirigés d'avant en arrière. La glabelle est couverte par une plaque semblable. Quelques régions de la face interne sont atteintes, mais à un faible degré, et sur des points qui ne correspondent pas aux lésions extérieures.
L'un des crânes de M. Destriiges, dont la fontanelle est largement ouverte, porte à sa périphérie, dans l'angle bregmatique de chaque frontal, un ostéophyte de forme circulaire de 40 millimètres de diamètre sur 3 d'épaisseur, poreux et parcouru par de nombreux sillons. Il en existe un autre, plus étendu et présentant à un plus haut degré cette structure, sur le pariétal gauche près du lambda.