JEUNE FILLE IDIOTE PRÉSENTANT UN CRANE NATIFORME
son crâne est natiforme, et vous voyez la synoslose qui s'est produite au niveau de la suture frontale.
J'ai recueilli d'autres cas semblables. Les lésions sont très précoces; elles se produisent dans les premiers mois, jamais après l'âge de trois ou quatre ans.
Leurs conséquences sur le développement du cerveau sont faciles à concevoir : si, dès l'âge de trois ou quatre mois, il se produit une suture au niveau de la suture métopique ou de la coronale, l'encéphale est arrêté dans le développement de sa partie la plus noble, en avant de la scissure de Rolando; son développement pourra peut-être se faire en arrière, mais en avant il sera impossible.
Chez l'idiote que je vous présente, il est très probable qu'une synostose prématurée a eu lieu sur la métopique d'abord, puis sur la coronale. Il est donc logique de conclure que chez elle l'idiotie n'est pas congénitale, mais acquise.
Aussi sa physionomie n'a pas l'aspect bestial de celle de la plupart des idiots. Son visage est plus développé que chez eux et presque normal.
Le Rachitis et la Syphilis héréditaire
Communication faite au Congrès médical international, Session de Londres, 1881.
Le rachitis reconnaît pour cause unique la syphilis héréditaire, et constitue l'altération la plus avancée parmi celles dont cette maladie frappe le système osseux.
Démontrer cette proposition, tel est le but que je me propose. Pour cela je vais faire voir : qu'à partir des derniers mois de la vie intra-utérine, jusqu'à une époque qui n'atteint jamais le début de la seconde dentition, chez un certain nombre d'enfants, le squelette subit une altération polymorphe, qui évolue d'unemanière lente et régulière, toujours la même, aux mêmes instants de la vie; et qui, sous sa forme dernière, est identique au rachitis. Or tous ceux qui en sont atteints sont en proie à la syphilis héréditaire.
Il faut donc avant tout que la syphilis ne puisse échapper, qu'elle soit reconnue sous ses divers masques ; ce qui me paraît irréalisable à l'aide des moyens de diagnostic actuellement connus. Aussi, pour établir la relation que je viens de formuler, dois-je faire connaître quelques signes qui, bien que très communs, n'ont pas encore attiré, du moins à ce point de vue, l'attention des cliniciens.
La syphilis héréditaire se révèle durant sa période d'activité par des accidents actuels; plus tard, quand elle est éteinte, on peut encore la reconnaître, mais seulement aux empreintes qu'elle a laissées.
Les affections de la période active, bien connues, sont, comme on le sait, à la surface : l'alopécie, les bulles, les taches, les plaques, les pustules, les ulcérations; et profondément : les catarrhes, les abcès, les gommes, et toute une série d'affections viscérales.
Je m'arrêterai quelques instants à une altération de la muqueuse linguale encore peu étudiée, et qui présente ceci de particulier qu'on l'observe avec les précédentes, et beaucoup plus tard, alors qu'elles ont depuis
RACHITIS ET SYPHILIS HÉRÉDITAIRE
longtemps disparu, c'est-à-dire à partir des premiers mois de la vie, jusqu'à la 7^ année, et peut-être même au delà.
Celte affection, circinée et desquamalive, débute par des taches blanches circulaires, où l'épithélium est plus épais que dans le voisinage, se desquamant à leur centre, tandis qu'à la périphérie elles envahissent de nouvelles régions, d'où résultent des croissants ouverts en avant, qui s'étendent et se succèdent sur la langue, comme des ondes sur une surface liquide; apparaissant et cessant d'exister, pour se montrer de nouveau, sans cause appréciable et durant des périodes indéterminées.
Propre à la syphilis héréditaire, dans les conditions que je viens de faire connaître, elle n'est pas sans présenter quelque analogie avec d'autres desquamations de la langue. D'ailleurs, ce n'est pas seulement à la surface de l'organe que le mal existe ; le microscope montre dans le corps papillaire des amas de corpuscules lymphoïdes, semblables à ceux que l'on constate au niveau des altérations cutanées et viscérales.
J'aborde maintenant les points véritablement nouveaux de cette étude, c'est-à-dire la description des empreintes laissées par la syphilis héréditaire et qui la rendent aussi incontestable que si elle était là présente en pleine activité. Comme les médailles commémoratives d'événements passés, dont l'effigie et le millésime s'effacent à la longue, mais qui, dans cet état fruste, sont encore visibles pour un œil exercé, elles peuvent servir à reconstituer l'histoire des anciens troubles morbides, et même à fixer leur date.
Parmi ces stigmates, les cicatrices cutanées tiennent la première place et jouent le principal rôle dans ce diagnostic posthume.
On peut les rencontrer sur les différentes régions du tégument externe; mais, comme les syphilides dont elles sont la trace, elles se groupent en des points que j'appellerai volontiers singuliers, et tirent leur principale valeur de ces localisations.
Sur les lèvres, elles se présentent comme des sillons blancs, à droite et à gauche du lobule, aux comm.issures, ou sur un plus grand nom.bre de points. Mais c'est à la partie postérieure et inférieure du tronc, au niveau du sacrum et du coccyx, et sur les membres inférieurs en arrière, notamment sur les fesses et les cuisses, qu'elles sont le plus nombreuses et le plus nettes. Circulaires et de diamètre variable, diversement groupées, rouges, violacées ou d'un blanc nacré, déprimées ou non, plissées et parfois même un peu gaufrées, elles sont souvent entourées d'une zone de pigment. Celles qui succèdent aux gommes ont un aspect particulier et tout à fait caractéristique. Limitées aux membres inférieurs, toujours rares et éloignées les unes des autres, elles consistent en une dépression infundibuliforme.
MÉMOIRES ET COMMUNICATIONS
violacée surtout au début, au fond de laquelle il y a une petite cicatrice linéaire. Longtemps les tissus mous restent indurés à leur niveau.
Sur les dents (1) les empreintes de la syphilis héréditaire sont beaucoupmoins communes que les précédentes, mais infiniment plus solides et tenaces, pouvant garder leur physionomie originelle non seulement durant la vie de l'individu, mais après sa mort, pendant de longs siècles. Nous en avons de nombreux exemples; et l'on peut dire qu'après les documentsfournis par les os, il n'en est pas de plus incontestables pour démontrer la très haute antiquité de la syphilis.
Tout ce qui a trait à ces empreintes se présente à nous avec une rigueurmathématique, tant au point de vue des relations qui lient celles des difîérentes dénis, que dans leur chronologie ; si bien que celle d'une dent étant connue, toutes les autres s'ensuivent.
Je rangerai dans cinq catégories ces modifications diverses ; et les désignant sous la dénomination commune à' atrophie, je les qualifierai de :
Cupuliforme.
Sulciforme.
Cuspidienne.
en Hache.
d'Hutchinson.
La première, de beaucoup la plus fréquente, atteint surtout les incisives de la deuxième dentition. Elle est constituée par de petites dépressions arrondies, superficielles, rarement isolées, presque toujours disposées sur la couronne, en lignes horizontales.
La seconde apparaît sous la forme de sillons parallèles, dans la mêmerégion que la précédente.
L''atrophie cuspidienne frappe toutes les dents, mais surtout les premières molaires et les canines permanentes. Par elle, la couronne se trouve divisée en deux parties inégales et très distinctes l'une de l'autre. La pluséloignée de la gencive, amoindrie dans toutes ses dimensions, irrégulière, avec des cuspides acérées, semble enchâssée dans l'autre.
Ces trois modalités atrophiques sont fréquemment réunies sur une même dent.
Elles résultent de modifications pathologiques de l'ivoire et de l'émaiL Ce dernier, toujours aminci, parfois fait complètement défaut. La carie est la conséquence fréquente de cette absence de l'émail.
(1) M. Parrot avait fait l'année précédente, au congrès de Reims, une communication sur la SYPHius DENTAIRE. Le procès-verbal de la séance [Association française pour l'avancement dessciences. Compte rendu de la 9^ session. Reims, 1880, p. 926) n'en donne qu'un résumé, rédigé par l'un des secrétaires.
RACHITIS ET SYPHILIS HÉRÉDITAIRE
Les deux dernières variétés de l'atrophie ne sont pas primitives comme les précédentes et ne datent pas, du moins avec leur forme typique, de la (période iutra-alvéolaire ; elles ne se montrent que consécutivement à l'éruption des dents, et sont le résultat de la carie ou de l'usure en des régions prédisposées à les subir par une altération congénitale de l'émail.
Celle en hache n'existe que sur les incisives supérieures. Durant une certaine période, la partie la plus voisine de la gencive est seule érodée, et comme le tranchant est intact, on a l'apparence d'un fer de hache.
Dans l'atrophie d'Hutchinson, c'est au contraire la partie centrale du bord libre des incisives qui a été rapidement usée à cause de l'amincissement qu'y avaient déterminé de nombreuses cupules, au moment du dépôt •de l'émail. Il en résulte une encoche de profondeur variable, triangulaire ou en croissant.
L'atrophie peut atteindre toutes les dents, à l'exception des secondes et troisièmes molaires, et des prémolaires permanentes.
Son existence chez des sujets atteints de syphilis héréditaire, son évolution qui coïncide avec la période d'activité de cette maladie, m'engage à la considérer, suivant la remarque déjà faite par M. J. liutchinson pour la variété qu'il a décrite, comme étant sous sa dépendance, et m'autorise à repousser, si non d'une manière absolue, du moins dans l'immense majorité des cas, toute autre origine. En effet, les pyrexies de l'enfance, dont on a parlé, n'apparaissent en général qu'après la seconde année, alors que la formation de la dent est achevée.
Pour ce qui est des convulsions éclamptiques, auxquelles M. Magitot et ses élèves font jouer un rôle exclusif dans cette étiologie, je les repousse d'une manière générale; parce que chez la plupart des sujets l'altération s'est produite ou a débuté durant la vie intra-utérine, dont les accidents névropathiques sont encore inconnus; parce que la hauteur et la profondeur des lésions, si bien expliquées par la durée et l'intensité d'action de la syphilis héréditaire, sont inconciliables avecle temps, relativement très court, des accès éclamptiques; enfin, parce que les deux dernières molaires ne sont jamais atteintes. Immunité qui s'explique aisément par l'étiologie que je soutiens, l'activité de la syphilis étant éteinte dans la période oii ces dents se développent ; tandis qu'elle est en contradiction avec l'opinion de M. Magitot, caries convulsions sont loin d'être rares à cette époque de la vie infantile.
Ainsi la syphiUs héréditaire se révèle d'une part par des éruptions cutanées, une affection desquamative de la langue et des altérations viscérales ; <ie l'autre, par des cicatrices cutanées et une atrophie particulière du système dentaire. Grâce à ces signes, elle n'échappera que dans un nombre de ■cas restreint.
MÉMOIRES ET COMMUNICATIONS
Je vais maintenant examiner raffection du squelette, qui par une série d'étapes conduit aurachitis, et qui, coïncidant d'une manière à peu près constante avec les marques que je viens de faire connaître, doit être mise sous la dépendance de la syphilis héréditaire.
Cette affection est essentiellement systématique, et, si je puis ainsi dire, chronologique. Elle se présente sous des formes déterminées et distinctes aux diverses périodes de la vie infantile ; mais chez les différents sujets, sa physionomie reste invariable pour une même époque.
Elle atteint, suivant un ordre constant, les pièces du squelette et, pour chaque os, les mêmes régions. Ses variétés sont très nombreuses, mais elles peuvent être rangées sous trois types principaux, qui correspondent à trois époques successives de l'enfance ; ce sont, par ordre de date :
Celui des ostéophytes durs.
Celui de l'atrophie gélatiniforme.
Celui du tissu spongoïde.
L'altération du premier type se présente dans toute sa pureté chez les fœtus mort-nés, les avortons, et dans les premières semaines de la vie extrautérine. Elle consiste essentiellement en des couches ossiformes nouvelles, véritables ostéophytes qui se développent à la périphérie des os longs et plats, et qui affectent une disposition tout à fait caractéristique sur la moitié inférieure de l'humérus, notamment en arrière, et à la face interne du tibia. Ces couches nouvelles, un peu moins dures que l'os normal, s'en distinguent surtout par leur teinte et par la direction de leurs trabécules, qui sont perpendiculaires à l'axe diaphysaire. En même temps, dans beaucoup de cas, il existe au voisinage de l'épiphyse, sur une épaisseur variable, mais qui dépasse rarement un ou deux millimètres, une substance crayeuse, plus friable que le reste de l'os, que je qualifie de chondro-calcaire, parce qu'elle n'est autre chose que le tissu cartilagineux infiltré de sels calcaires.
Dans l'altération du second type, on trouve les deux modifications précédentes de la diaphyse, avec cette légère restriction, que les ostéophytes ont une dureté moins grande; mais en outre, et c'est là ce qui la caractérise, certaines portions, en général très circonscrites, de l'os sont remplacées par un tissu mou, aqueux, transparent, de nuances diverses, souvent jaune maïs ou sucre d'orge, ayant l'apparence d'une gelée. C'est à elle que se rattachent les brisures juxta-épiphysaires et la pseudo-paralysie syphilitique.
L'altération du troisième type est caractérisée par le tissu que M. Jules Guérin a qualifié de spongoïde ; élément nouveau et que l'on ne rencontre en aucune autre circonstance. 11 constitue les ostéophytes péridiaphysaires
RACIIITIS ET SYPHILIS HÉRÉDITAIRE
et a pour siège de prédileclion le voisinage de l'épiphyse, d'où il pénètre, sous forme de bourgeons, dans la couche chondroïde du cartilage, devenue exubérante. En même temps l'os tout entier a perdu sa dureté, et se laisse aisément couper à Taide d'un scalpel, ce qui est dù à sa décalcification et au développement anormal de l'élément médullaire. Ces modifications histologiques ont pour conséquences : la tuméfaction des extrémités des os, qui sont comme noueuses, la déviation des surfaces articulaires, la déformation des diapbyses et leur fracture.
Sous des influences qu'il serait actuellement malaisé de déterminer, le mal débute non d'une manière nécessaire par la première forme, mais par l'une quelconque d'entre elles. 11 s'y arrête, ou bien, au contraire, il parcourt toutes les étapes ultérieures. Et quand il a atteint sa période ultime, quelle que soit à ce moment sa violence, quels qu'aient été les désordres accomplis jusque-là, il se manifeste spontanément une tendance vers la guérison, qui peut ne laisser après elle aucune trace des troubles antérieurs, mais qui, d'autres fois, fixe irrémédiablement les déformations qui s'étaient produites.
Toutes les parties du squelette peuvent être atteintes comme les os longs, en même temps, et suivant des modalités identiques. Je ne m'occuperai que du crâne. Il subit l'atrophie gélatiniforme qui, de la région sous-périostique, arrive parfois jusque sous la dure-mère et amène la perforation complète de sa paroi. Plus tard il se couvre d'ostéophy tes, qui ont pour siège de prédilection les angles péribregmatiques du frontal et des pariétaux, d'où ils s'étendent souvent aux deux tiers antéro-latéraux de sa surface. Il en résulte habituellement une déformation typique, qui m'a fait qualifier natiformes les crânes atteints de la sorte.
Durant la période spongoïde et du ramollissement osseux, tandis que les régions antérieures s'épaississent comme il vient d'être dit, en arrière, les circonvolutions cérébrales usent la paroi et même la perforent. C'est le crâniotabes d'Elsâsser.
Après cette étude morphologique, si l'on aborde celle des détails de structure, on voit que ces lésions sont d'importance très différente ; que l'atrophie gélatiniforme, la décalcification et la médullisation n'occupent que la seconde place, puisqu'elles consistent : la première en une fonte des éléments osseux auxquels se substitue un réseau fîbrillaire ; la seconde en la résorption des sels calcaires, et la troisième en la prédominance des parties molles sur les dures; tous phénomènes qui peuvent se produire dans d'autres circonstances pathologiques; — au contraire, que les ostéophytes qui marquent ces différentes périodes et les relient entre elles constituent un fait propre, caractéristique et d'ordre vraiment spécifique. L'on ne trouve plus, dans leur tissu, ainsi que dans l'os normal^ des canaux
MÉMOIRES ET COMMUNICATIONS
de Havers courant dans une direction parallèle au grand ax.e de la diaphyse avec leurs systèmes de lamelles concentriques et leurs ostéoplastes aux canalicules multiples. Ils sont remplacés par de larges espaces, disposés perpendiculairement à l'axe de l'os, occupés par un réseau conjonctif, des vaisseaux et de rares médullocelles, et limités par les trabécules ossiformes, constellées de corpuscules irréguliers, semblables à ceux du tissu conjonctif, avec des angles d'oi^i partent des prolongements fibrillaires qui s'anastomosent et forment ainsi dans cette substance fondamentale morbide un réseau dont la densité va croissant avec les progrès du mal et atteint son maximum dans le tissu spongoïde.
Dans ces productions nouvelles, l'élément anatomique et fondame^ital est donc toujours le même, aux différentes périodes de l'évolution morbide. Ce qui varie et donne aux osléophytes des différents types une physionomie particulière, c'est le nombre de ces éléments, c'est la dureté de la substance fondamentale où ils sont enchâssés, c'est la largeur des espaces qui séparent les trabécules ; toutes particularités de valeur minime, et qui laissent subsister entre les produits morbides la parenté que nous montre le microscope. Cette parenté, d'ailleurs, se révèle chez certains malades d'une manière saisissante, par la disposition stratigraphique, sur le même os, de couches de types différents, rarement intactes, il est vrai, et dans l'état où elles s'étaient originairement déposées, chacune ayant ses caractères propres, mais retenant quelque chose des précédentes.
Ces altérations osseuses ne diffèrent donc qu'en apparence. En réalité, elles font partie d'un même processus morbide, c'est-à-dire que leur cause est la même ; leur physionomie diverse est une question d'âge, voilà tout. Si donc l'on peut découvrir l'origine de l'une d'elles, il faudra l'attribuer aux autres.
Eh bien ! j'affirme, pour l'avoir constaté plusieurs centaines de fois, que les deux premiers types se rencontrent exclusivement chez des sujets présentant dans les viscères ou sur la peau quelque marque incontestable de la syphilis héréditaire. D'où il faut induire que le troisième et dernier type est, lui aussi, sous la dépendance de cette maladie. Mais ce n'est pas tout; chez un nombre considérable d'enfants, d'adolescents et d'adultes, actuellement atteints de l'affection chondro-spongoïde, ou présentant les déformations qui en sont la conséquence, on trouve soit des manifestations actuelles de la syphilis héréditaire, soit les stigmates que j'ai fait connaître.
Si maintenant l'on se reporte aux descriptions classiques du rachitis, l'on voit que cette affection des os de l'enfance ne diffère en rien de la syphilis osseuse arrivée à sa troisième période. Dans Tun et l'autre cas,
RACniTIS ET SYPHILIS HÉRÉDITAIRE.
c'est le tissu spongoïde qui sert de caractérislique ; car, sans lui, il peut y avoir de l'ostéomalacie, mais il n'y a pas de rachilis.
Donc le rachitis est engendré par la syphilis héréditaire.
Est-il surprenant de voir un mal aussi particulier, aussi typique, reconnaître cette cause unique et puissante, au lieu de celles que jusqu'ici on lui a attribuées? Non certes ! surtout quand on jette un coup d'œil sur ces dernières.
A la tète des causes prédisposantes, on met l'influence des générateurs.
Si leurs enfants sont rachitiques, c'est qu'ils l'étaient eux-mêmes ; ou bien tuberculeux, scrofuleux, épuisés, trop jeunes, ou trop vieux, ivrognes,, sanguins ou bilieux; et d'après Van Swieten, mous, oisifs, adonnés aux plaisirs de la table, aimant les plais gras et sucrés, mangeant peu de pain, buvant des vins trop doux, se servant d'eau chaude, épuisés par de& maladies chroniques ou par l'amour.
Puis viennent les affections mêmes de l'enfance : la toux, la diarrhée, toutes les fièvres. On fait jouer un rôle considérable aux climats froids et humides, aux habitations basses, imparfaitement aérées et éclairées.
Les causes occasionnelles ne sont pas moins nombreuses. On a surtout accusé l'insuffisance et la mauvaise qualité des aliments. Guersent s'en prenait au lait et aux farineux. M. Jules Guérin, après avoir incriminé l'allaitement trop prolongé, voit au contraire aujourd'hui l'origine du mal dans une alimentation trop animalisée. Trousseau a soutenu cette manière de voir. L'insuffisance des sels calcaires a joué un rôle non moins important que l'alimentation dans cette étiologie ; et M. Seemann pense que, chez les rachitiques, il existe un trouble digestif essentiellement constitué par la production insuffisante d'acide chlorhydrique, d'où l'absorption imparfaite de sels de chaux par le tube digestif. Pour Broca et M. Gamba, le rachitis n'est pas une maladie spéciale, mais bien la conséquence de toutes les causes qui troublent la nutrition pendant la période de croissance du jeune âge. Comme on le voit, tout est invoqué, mêlé, confondu, dans cette étiologie si compréhensive, si disparate, et contradictoire. Et en vérité, rien n'est moins fait pour convaincre de l'efficacité de l'une de ces causes que leur liste aussi longue que banale.
On comprend à la rigueur que la plupart d'entre elles, par leur action débilitante, aient rendu moins active la nutrition des divers tissus, et notamment celle du squelette; mais de là à faire du tissu spongoïde et des ostéophytes, il y a loin. D'ailleurs ne sait-on pas que certains rachitiques sont gros et gras; et par contre, que beaucoup d'enfants malingres, chétifs et en proie à des diathèses consomptives, ne sont jamais atteints de rachitis?
Il y a donc un vide considérable dans l'éliologie classique du rachitis,
Parrot. — Syphilis héréditaire. 17
MÉMOIRES ET COMMUNICATIONS
Ce vide, je crois l'avoir comblé en faisant intervenir la syphilis héréditaire et en lui attribuant d'une manière exclusive la genèse de cette altération des os.
Il y a déjà longtemps que cela avait été dit ; tout ne l'a-t-il pas été? mais à ma connaissance, cela n'avait pas été démontré à l'aide de preuves empruntées à la clinique et à l'anatomie pathologique, comme celles que je viens de présenter au Congrès.
Rachitis et Syphilis héréditaire
Communication faite à la Société de Chirurgie, 1883 (1).
Les lésions du rachitis sont connues depuis longtemps; l'étude des lésions de la syphilis héréditaire est de date plus récente ; je m'y suis adonné depuis un certain temps. Au début, bien que trouvant de grandes analogies entre les lésions de ces deux maladies, comme j'étais imbu des idées régnantes, je me suis efforcé de déterminer des caractères à l'aide desquels on pourrait les différencier.
Mais en dépit d'études prolongées, je n'ai pu y arriver ; j'ai reconnu que ces deux états pathologiques étaient unis par un lien très intime. Si j'avais, pendant longtemps, méconnu cette parenté, c'est que je n'avais pas saisi le fil conducteur. Je n'avais pas encore vu que les lésions sont dans un rapport très étroit avec l'âge des enfants, c'est-à-dire l'càge de la maladie. Imaginez une personne qui, n'ayant vu du blé qu'en herbe, se trouverait en présence d'une tige de blé mûr. Elle ne pourrait croire qu'il s'agit d'une même plante et que la même graine a produit le brin d'herbe et l'épi miir. Au contraire, elle saisira parfaitement cette relation si elle surveille attentivement le champ où la graine a été jetée et où elle a subi toutes ses transformations.
Eh bien! le rachitis peut être comparé à l'épi mûr, c'est la lésion ultime de la semence syphilitique, mais elle a passé par des intermédiaires, et l'on ne peut établir la relation entre le point de départ et le point d'arrivée qu'en étudiant un grand nombre de malades de différents âges.
Afin de démontrer chez un enfant l'existence de la syphilis héréditaire, il faut trouver des preuves en dehors de l'affirmation des parents; car ils
(1) A la suite d'une communication de M. Lannelongae {Note à propos d'une observation de syphilis infantile héréditaire avec rachitisme généralisé. Bull. Soc. chir. 1883, p. 140), M. Parrot avait été invité par la Société de chirurgie à venir exposer ses recherches sur le rachitis et la syphilis héréditaire.
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peuvent ne pas savoir qu'ils ont eu la syphilis ou ne pas vouloir en convenir.
Ce problème, je crois l'avoir résolu à l'aide d'un ensemble de signes lires soit des accidents actuels, si la syphilis est dans sa période d'activité^, soit par les empreintes qu'elle a laissées lorsqu'elle est éteinte.
Les accidents de la période active sont bien connus; je n'énumérerai pas devant vous toutes les variétés de syphilides de la peau ou des muqueuses, ni les diverses affections viscérales.
J'insisterai pourtant sur une syphilide spéciale de la langue, que j'ai nommée syphilide desquamative ; étudiée par divers observateurs, elle a été bien décrite dans la thèse de M. Bridou, mais je suis le premier qui l'ai rattachée à la syphilis héréditaire.
Quant aux empreintes laissées par le mal, elles ont une importance capitale. Il y en a de deux sortes. En première ligne, les stigmates de la peau, les cicatrices cutanées. Ces cicatrices sont toujours les mêmes, elles ont toujours la même forme et un siège d'élection, et c'est de leur localisation qu'elles tirent leur principale valeur. C'est à la partie postérieure et inférieure du tronc, au niveau du sacrum et du coccyx, et sur les membres inférieurs en arrière, notamment sur les fesses et les cuisses, qu'elles sont le plus nombreuses et le plus nettes.
En seconde ligne, viennent les traces laissées sur les dents. Plus je vais et plus je suis convaincu que toutes les fois que les dents présentent ces déformations, il s'agit bien de syphilis héréditaire.
On peut ranger les modifications que les dents subissent en cinq variétés. En les désignant sous la dénomination commune d'atrophie, je les qualifierai de : cupuliforme, sulciforme, cuspidienne, en hache, d'Hutchinson.
Cette atrophie peut atteindre toutes les dents, à l'exception des secondes et troisièmes molaires, et des prémolaires permanentes. Elle s'observe sur les mêmes dents, suivant le même ordre, à un âge où la syphilis héréditaire est en activité, et pas à un autre âge, ce qui me suffit pour ne pas admettre l'explication donnée par M. Magitot, qui la fait dériver d'accidents convulsifs.
Ainsi la syphilis héréditaire se révèle d'une part par des éruptions cutanées, une affection desquamative de la langue et des altérations viscérales, de l'autre par des cicatrices cutanées et une atrophie particulière du système dentaire. Voilà pour le diagnostic.
Je passe maintenant à la seconde partie de ma communication.
A partir des derniers mois de la vie intra-utérine, jusqu'à une époque qui n'atteint jamais la deuxième dentition, on trouve une lésion du squelette polymorphe, systématique, topographique, toujours la même pour
RÂCHITIS ET SYPHILIS HÉRÉDITAIRE
un même âge et qui a pour terme une altération identique au racliitis. Or les enfants atteints de la sorte, dans l'immense majorité des cas, présentent des signes incontestables de syphilis héréditaire. Ces lésions osseuses peuyent être rangées sur trois types principaux qui correspondent à trois époques successives de l'enfance; ce sont, par ordre de date : 1° celui des ostéophytes durs; 2° celui de \ atrophie g élatini forme; 3" celui du tissu spongoïde. Le mal ne débute pas nécessairement par la première forme, mais par l'une quelconque d'entre elles, suivant Fàge auquel la syphilis entre en activité.
S'il a passé par trois phases, il retient toujours des formes précédentes quelque chose qui indique le passage de l'une à l'autre. La première forme se rencontre chez les fœtus, et environ jusqu'à deux mois après la naissance ; passé cet âge, c'est la deuxième forme; parfois très prématurément, mais, en général, après la première année, c'est le type spongoïde que l'on observe.
Sur les pièces et les dessins que je vous présente, vous voyez nettement les caractères de ces différents types, et les nuances intermédiaires.
La lésion du premier est caractérisée par le développement autour de la diaphyse d'ostéophytes avec fibres osseuses perpendiculaires à cette diaphyse, et les os oi^i elle est le plus marquée, le plus typique et où il faudra toujours la chercher, comme d'ailleurs celle des deux autres, sont le tibia, surtout à la face interne, l'humérus à la partie inférieure et à la face postérieure.
Le type de l'atrophie gélatiniforme est caractérisé par l'apparition, dans certaines parties du tissu spongieux et même de la diaphyse, d'un tissu mou, aqueux, transparent, analogue à de la gelée ; il se substitue au tissu de l'os, et peut aboutir au crâne à la perforation des tables et du diploé ; c'est quand il envahit les os des membres qu'on observe ces brisures, qu'il ne faut pas confondre avec les décollements épiphysaires.
Elles déterminent une impotence que j'ai qualifiée de pseudo-paralysie syphilitique et que l'on a si souvent prise pour une paralysie infantile.
A la troisième période apparaît le tissu spongoïde, la médullisation, la décalcification qui avait commencé dans la précédente, et c'est alors que l'os ne diffère en rien de l'os rachitique.
Les lésions de ces trois périodes sont caractérisées surtout par les ostéoplastes affectant un siège qui est toujours le même et des apparences très voisines les unes des autres. Or ces productions ont une structure identique, étant formées par des espaces médullaires à direction perpendiculaire à l'axe de la diaphyse et séparées par des trabécules oii l'on voit non des ostéoplastes, mais des corpuscules spéciaux.
Les deux premiers types se rencontrent toujours sur des syphilitiques.
MÉMOIRES ET COMMUNICATIONS
Est-il possible que le troisième ne reconnaisse pas pour origine la syphilis héréditaire, surtout si l'on observe que 90 fois au moins sur 100, dans ce dernier cas, cette maladie peut être démontrée?
11 resterait 10 cas à expliquer; mais devant l'identité de lésions et l'insuffisance de toute autre explication, il me paraît impossible de ne pas rattacher ces dix cas à la syphilis. D'ailleurs, en bonne pathologie, n'est-il pas naturel d'admettre que dans ces dix cas il a pu exister une lésion interne, ou qu'une syphilide cutanée n'a pas laissé de traces et surtout que le système osseux a été seul atteint. Ce qui donne une grande valeur à celte dernière hypothèse, c'est que dans la syphilis héréditaire, de tous les organes, les os sont le plus fréquemment atteints à la première comme à la dernière période.
Peut-on croire d'ailleurs qu'une altération aussi spéciale, aussi considérable, si nettement confinée dans une certaine période de Ja vie infantile que l'est le rachitis, ne reconnaisse pas sans exception une seule et même cause? Peut-on la faire dériver de cette étiologie disparate, compréhensive, contradictoire, qui est encore généralement admise?
A quelles causes, en effet, rapporte-t-on ce mal?
Van Swieten accuse les parents trop jeunes ou trop vieux, oisifs, scrofuleux, phthisiques, etc. M. Jules Guérin, qui d'abord avait incriminé un allaitement trop prolongé, argue aujourd'hui d'un sevrage précoce.
M. Seeman dit qu'il s'agit d'un défaut de confection de l'acide chlorhydrique par l'estomac, d'où résulte un travail chimique incomplet de ce viscère, entraînant une insuffisance d'absorption des sels de chaux ; mais dans le rachitis il y a autre chose qu'une décalcification simple. Pour Broca et M. Gamba, il suffisait d'un trouble nutritif quelconque dans le premier âge; mais celan'est pas admissible; j'ai occasion de voir en grand nombre des enfants dont la nutrition est des plus imparfaites et qui ne sont pas rachitiques.
Je ferai la même objection à M. Bouchut, qui fait jouer un rôle prédominant à l'entérite.
J'ajouterai que des enfants gros et gras, appartenant à des familles riches, peuvent être rachitiques,. et que beaucoup d'enfants peuvent habiter des endroits obscurs et humides, être insuffisamment vêtus, et ne pas être rachitiques. On comprend que toutes les causes débilitantes peuvent préparer le terrain, mais si bien préparé qu'il soit, s'il n'y a pas de germe, le rachitis n'y poussera pas. Le germe nécessaire, c'est la syphilis héréditaire, et je crois l'avoir démontré à l'aide de preuves tirées de l'anatomie pathologique et de la clinique.
Rachitis et Syphilis héréditaire.
Lettre publiée dans la Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 1884, n" 13.
a m. le docteur paul reclus.
Mon cher collègue,
Je yiens de lire dans la Gazette hebdomadaire votre article sur \e Rachitis et la syphilis hére'ditai?'e. Laissez-moi vous en féliciter et vous en remercier. Je vous en félicite, parce que je ne crois pas que l'on puisse s'assimiler plus complètement une idée médicale, et l'exposer avec plus d'équité, de méthode et de verve. — Je vous en remercie, parce que vous avez su donner à l'opinion que je professe un vêtement si séduisant, qu'il tentera le regard, fixera l'attention, et me vaudra, j'en suis convaincu, plus d'un adhérent.
Puisque vous avez pris un intérêt si sincère à mes recherches, permettez-moi de répondre aux objections que vous m'adressez avec tant de courtoisie.
Vous pensez que les sujets soumis plus particulièrement à mon observation, outre qu'ils sont syphilitiques, sont exposés à toutes les causes qui provoquent le rachitis... sont mal vêtus, mal nourris...; ont subi toutes les déchéances organiques? Cela est vrai pour un grand nombre d'entre eux, mais non pour tous; et très fréquemment je montre aux personnes qui suivent ma clinique, des enfants rachitiques à un haut degré et syphilitiques,, qui sont gras, de belle apparence, et qui, en dehors de leur maladie héréditaire, présentent tous les attributs d'une santé florissante. Par contre, il entre journellement dans mes salles des sujets, arrivés lentement, sous l'influence des causes indiquées plus haut, au dernier degré de l'émacialion, mais non syphilitiques, et dont le squelette est absolument indemne de rachitis.
Suivant M. Cornil, dites-vous, « le rachitis est rare chez les citadins si
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souvent syphilitiques, mais toujours mieux nourris et mieux vêtus, tandis qu'il est fréquent dans certaines campagnes presque indemnes de sypliilis, mais très misérables. » Il y aurait beaucoup de choses à dire sur ces citadins bien nourris et bien vêtus, opposés à ces paysans qui le seraient moins bien.
Sans m'y arrêter, je crois pouvoir dire, d'accord avec beaucoup d'auteurs compétents, que le rachitis est un mal de la ville bien plus que de la ■campagne.
Abordant l'examen des signes sur lesquels je m'appuie pour reconnaître la syphilis héréditaire, actuelle ou éteinte, vous doutez, avec d'autres, de la valeur des taches circinées de la muqueuse linguale et de certaines cicatrices des fesses. Là-dessus j'attends des objections sérieuses. Je n'ignore pas que la langue peut se desquamer sous des influences très diverses; mais la forme desquamative que je considère comme une dépendance de la syphilis héréditaire a des caractères qui lui sont propres et qui la différencient nettement de toutes les autres.
J'arrive à l'atrophie dentaire et à M.Magitot, qui, en toute circonstance, l'attribue à des convulsions, à l'éclampsie de l'enfance. J'ai déjà combattu ■cette manière de voir; mais avec un homme du crédit de M. Magitot, l'on n'a pas facilement gain de cause; je vous demande donc la permission de reproduire ici, contre sa doctrine, des arguments que je crois irréfutables.
Je ne dirai rien des Kabyles, que je ne connais pas. Je laisserai aussi de côté la fameuse dent de bœuf, ne sachant rien des convulsions du veau; et trouvant, lorsqu'on abat chaque jour à Paris des centaines de bœufs, qu'il serait bien facile (s'il ne s'agissait pas, dans le cas dont argue M. Magitot, d'un simple accident dont la cause nous échappe) de recueillir un grand nombre de dents semblables à celles dont il fait tant de bruit. Je parlerai donc simplement des Parisiens, qui suffiront à ma démonstration.
J'ai fait voir que l'atrophie des dents de lait est loin d'être rare; que lorsque la dentition permanente est atteinte, celle de la première molaire est constante, et que, pour cette dernière, c'est toujours la portion la plus libre de la couronne qui est malade, à savoir celle qui est formée dans les derniers temps de la vie intra-utérine. Si donc la manière de voir dç M. Magitot était vraie, il faudrait admettre que, dans les deux ou trois mois de la vie fœtale, les sujets atteints d'atrophie dentaire ont été en proie à un état de mal convulsif. Or, je le demande, quel est le médecin qui, dans l'état actuel de nos connaissances, oserait se faire le champion d'une pareille hypothèse? — Mais ce n'est pas tout, la lésion occupe parfois sur la couronne une hauteur si considérable, qu'il faudrait, pour s'en rendre
RACHITIS ET SYPHILIS HÉRÉDITAIRE
compte, admettre un nombre de convulsions colossal. Voulez-vous un exemple : en autopsiant un petit garçon de vingt et un mois, j'ai vu une première molaire atrophiée sur une hauteur de 6 millimètres. En se basant sur le temps nécessaire à l'évolution de cette partie de la couronne, on arrive à trouver que, pour expliquer l'état atrophique par des convulsions, ayant lieu de cinq en cinq minutes, il aurait dû s'en produire 209,664. Enfin je ferai remarquer que la seconde et la troisième molaires permanentes ne sont jamais atrophiées. Pourtant les convulsions ne sont pas rares durant leur évolution intra-alvéolaire ; elles devraient donc être altérées si la théorie de M. Magitot était vraie. Au contraire, toutes ces lésions dentaires et les particularités diverses qui s'y rattachent sont dans un accord parfait avec l'évolution de la syphilis héréditaire.
•J'espère, mon cher Collègue, que vous voudrez bien mettre les observations qui précèdent à l'actif de la doctrine que je soutiens, et me dis bien à vous,
Parrot.
Une maladie préhistorique
[Article inséré dans la Revue scientifique, 1882.
Tout récemment, M. le professeur Rollet, de la faculté de médecine de Lyon, a publié dans les Annales de dermatologie et de srjphili graphie deux articles sur les anciens foyers de la syphilis, oii Ton trouve une érudition de choix, une argumentation méthodique et pleine de sincérité. Cette étude commande l'attention et dispose à adopter la manière de voir de l'auteur.
Il pense que cette maladie est très ancienne dans l'humanité; que l'Inde, d'après les documents empruntés aux Védas, est un de ses plus anciens foyers; que la Chine, comme l'a prouvé le commandant Dabry, l'a connue de temps immémorial ; que le Yaws d'Afrique est identique à la syphilis, mais que rien ne démontre que celle-ci n'y ait pas été transportée par les mahométans et les juifs que Ferdinand le Catholique et Isabelle chassèrent d'Espagne ; qu'elle existait en Amérique, avant l'arrivée des Européens, comme l'affirme Oviedo; que les compagnons de Christophe Colomb l'introduisirent sur plusieurs points de la péninsule espagnole (1493), d'où elle s'étendit rapidement sur toute l'Europe, lorsque Gonzalve de Cordoue conduisit les troupes espagnoles au secours du roi de Naples, que Charles VIII avait chassé de ses Etats ; enfin que les Portugais, les Vénitiens et les Génois la répandirent au loin, en sorte qu'elle arriva comme un apport nouveau, même dans les pays où elle pouvait exister plus anciennement à l'état d'endémie locale.
L'Europe seule, suivant M. Rollet, n'aurait pas connu la syphilis avant la fin du xv" siècle, aucun document écrit n'y attestant son existence. Et il ajoute que les fouilles faites dans les terrains d'alluvion et dans les anciens cimetières, bien qu'ayant mis à jour un grand nombre de crânes, qui remontent soit aux époques préhistoriques, soit aux temps les plus reculés de notre histoire, n'ont fait découvrir sur aucun d'eux des lésions caracté-
UNE MALADIE PRÉHISTORIQUE
ristiques de la syphilis. Le squelette de femme trouvé à Solutré porte bien sur les tibias, et en particulier sur celui du côte droit, des exostoses syphilitiques (Broca, OUier, Parrot, Virchow); mais l'abbé Ducrost, à qui l'on doit cette découverte, élève des doutes sur l'époque à laquelle doit être rapportée cette sépulture.
Je viens m'inscrire ici contre cette dernière partie de la thèse soutenue par mon savant collègue de Lyon, car je suis convaincu que la syphilis s'est manifestée longtemps avant la découverte de l'Amérique, sur plusieurs points de cette partie de l'Europe qui constitue aujourd'hui la France.
Laissant de côté les textes avec les interprétations et les commentaires qui en ont été donnés, je ne produirai, à l'appui de ma manière de voir, que des preuves matérielles, visibles, tangibles ; des pièces analogues et même identiques à celles que l'anatomie pathologique nous permet de recueillir chaque jour.
Les os et les dents sont les seules parties de l'organisme qui, dans de certains milieux, résistent à la destruction, et qui parfois, au point de vue morphologique, restent durant plusieurs siècles dans l'état où la mort les a surpris. Aussi, lorsqu'on étudie la pathologie des époques éloignées, c'est seulement de leur examen que l'on peut tirer des renseignements d'une valeur réelle.
J'ai fait cette enquête à propos de la syphilis, et elle m'a fourni des documents précieux ; mais avant de les faire connaître, et pour en montrer toute rimportance, je décrirai en quelques mots les altérations osseuses et dentaires de la syphilis héréditaire, telles que nous les fait connaître l'anatomie pathologique, en laissant de côté toutes celles qui ne seraient pas utiles à mon but.
Des débris de crânes étant les seules pièces osseuses dont il m'ait été donné de faire l'examen, je dois me restreindre à l'étude des lésions de cette partie du squelette. Elles se présentent sous deux aspects bien différents et même opposés; les unes consistent en une perte de la substance normale, usée parfois jusqu'à la perforation, tandis que les autres sont comme des mamelons qui épaississent considérablement certains points de la paroi. Ces deux modalités pathologiques se rencontrent habituellement sur le même crâne, mais non dans la même région. — La première a été décrite en 1843 par Elsâsser sous le nom de Craniotabes. C'est sur la face interne de la calotte crânienne qu'elle débute et qu'on la constate à tous ses degrés. Elle n'apparaît extérieurement qu'à sa période ultime. On voit
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d'abord comme des empreintes, des sortes de cupules, creusées dans la paroi même du crâne qui est rugueuse à leur niveau, amincie à tous les degrés, et même perforée.
J'ai montré qu'il y avait deux variétés de crâniotabes, ayant chacun son siège et son étiologie bien distincts. — L'un, habituellement symétrique, affecte les frontaux et les pariétaux autour dubregma et le long delà suture sagittale. Il se développe durant la vie intra-utérine par le fait d'une perversion nutritive, comme le prouve l'état chétif des enfants qui en sont atteints. Je l'ai qualifié de congénital ou de ■périhregmatique . — L'autre occupe sans exception les régions déclives du crâne dans le décubitus dorsal, c'est-à-dire les pariétaux en arrière et l'occipital, au niveau des fosses cérébrale et cérébelleuse. Il se produit toujours après la naissance, reconnaît pour cause la syphilis héréditaire et appartient à sa période rachitique. Les crânes atteints de la sorte ont perdu de leur poids spécifique ; ils sont poreux, fragiles, et semblent devoir se briser au moindre contact.
Les altérations crâniennes de la seconde variété, au lieu d'être atrophiques et destructives, apparaissent au contraire comme des végétations exubérantes sur les points les plus élevés de la calotte et en dehors. Ce sont des mamelons aplatis, circulaires, qui se distinguent nettement des parties saines par leurs saillies, leurs porosités, et à l'état frais par leur couleur rouge ou violacée. Primitivement peu étendus, ils envahissent parfois la plus grande partie de la table externe. A leur niveau, la paroi, notablement épaissie, peut avoir 10, 15, 20 et môme 40 millimètres. Leur tissu consiste en de larges espaces vasculo-méduUaires, limités par des trabécules osseuses perpendiculaires à la surface crânienne. D'abord spongoïde, élastique et imbibé d'une grande quantité de liquide, il finit par acquérir une dureté considérable. Très fréquemment, les crânes atteints d'ostéophytes présentent une déformation typique, que j'ai qualifiée de natif orme.
Sur les dents, les empreintes de la syphilis héréditaire sont tenaces et caractéristiques. Elles gardent souvent leur physionomie originelle, non seulement durant la vie de l'individu, mais après sa mort, pendant de longs siècles. Elles affectent, bien qu'avec une fréquence inégale, les deux dentitions. Il n'est aucun phénomène morbide qui subisse d'une manière plus complète et plus apparente l'influence de l'évolution physiologique. Tout y est régulier et, si je puis ainsi dire, systématique. Ce mal est essentiellement une atrophie, dont je distingue cinq variétés.
La plus commune, qui est l'origine de toutes les autres, consiste en de petites dépressions arrondies, disposées circulairement autour de la couronne, en un ou deux étages. Je l'ai appelé cupuliforme.
La seconde en dérive immédiatement. Les cupules, en se rapprochant,
UNE MALADIE PRÉtIISTORIQUE. 269
forment une véritable rigole ou un sillon qui circonscrit la dent sur un on plusieurs points. On peut la qualifier de sulciforme. — Dans l'atrophie cuspidienne^ qui a pour siège de prédilection les canines et les premières molaires, la couronne semble divisée en deux parties de diamètre inégal. La plus éloignée de la gencive, amoindrie dans toutes ses dimensions, altérée dans la constitution de son tissu, à surface souvent rugueuse et jaunâtre, se trouve enchâssée, à la manière d'une pointe, dans l'autre qui a toutes les apparences de l'état sain. — L'atrophie en hache n'atteint que les quatre incisives temporaires du maxillaire supérieur. Elle résulte d'une carie consécutive à l'éruption de ces dents. — Dans la forme décrite par M. J. Hutchinson, il existe sur le bord tranchant des incisives une encoche de profondeur variable, triangulaire ou en croissant.
Telles sont, dans leur ensemble et rapidement esquissées, les altérations dont la syphilis héréditaire frappe les os du crâne et les dents. Aucune autre maladie ne peut les produire, si bien que leur existence permet d'affirmer que le sujet dont on a sous les yeux les restes atteints de la sorte était un syphilitique (1).
J'ai fait une première application de ces connaissances tirées de l'anatomie pathologique, à l'étude de trois crânes américains (2).
L'Institut anthropologique en possède deux, offerts par M. le docteur Destruges. Ils proviennent de Guayaquil (Equateur),
La sépulture d'oii on les a tirés est antérieure à la conquête espagnole. M. le docteur E. Hamy n'hésite pas à l'affirmer, en remarquant que les objets qui les accompagnaient sont franchement américains et ne décèlent aucune intervention de l'art ou de l'industrie d'Europe. — Ces crânes appartiennent à de jeunes enfants. L'un d'eux, dont la voûte est à peu près intacte, présente dans l'angle bregmatique de chaque frontal un mamelon ostéophytique poreux et parcouru par de nombreux sillons, de 40 millimètres de diamètre sur 4 d'épaisseur. La môme lésion existe sur le pariétal gauche. — L'autre est altéré de la même manière.
Le troisième crâne appartient au Muséum. Inscrit sous le n° 9 de la collection Ghampeaux et donné par le directeur du MoUno-Darsena du
(1) Je me contente ici d'énoncer ce fait, sans m'attacher à sa démonstration. On la trouvera dans le Progrès médical (1881) et dans les comptes rendus de VInternalional médical congress, Londres, 1881, sous ce titre : Le Rachilis et la Syphilis héréditaire.
(2) Association française pour l'avancement des sciences. Congrès du Havre, 1877 : Les Déformations crâniennes causées par la syphilis héréditaire.
Callao, il a été trouvé, à quelques lieues au nord de Lima, dans les hypogées de Chancai, avec des étoffes de diverse nature, ornées de dessins variés, des bracelets en argent et en graine de cacao, un grand vase à tête humaine, deux paniers à ouvrage, un coussinet de coton, des fuseaux, un sac à coca, etc., etc. Aucun de ces objets, dit M. E. Hamy, soumis à l'examen de plusieurs archéologues fort compétents, n'a présenté la moindre trace d'influence espagnole, et tout porte à croire que cette sépulture est antérieure à Fizarre.
C'est un crâne d'adulte, dans un état parfait de conservation. La suture coronale et la sagittale sont entièrement effacées. Natiforme à un thau degré, il porte quatre ostéophytes péribregmatiques, couverts de porosités et de sillons. Sur quelques points des régions malades, sa paroi a 38 millimètres d'épaisseur ; aussi pèse-t-il 1340 grammes au lieu de 800, poids moyen de crânes de même provenance, non altérés.
Ces lésions, identiques à celles que j'ai décrites plus haut, doivent être attribuées à la même cause, c'est-à-dire à la syphilis héréditaire.
La syphilis sévissait donc au Pérou et à l'Equateur avant l'arrivée des Espagnols en Amérique. Telle est la conclusion imposée par cette rapide étude et contre laquelle il ne me semble pas possible d'élever une objection sérieuse.
Pour démontrer l'existence de la syphilis en Europe, bien avant le retour de Cristophe Colomb, je vais procéder de même et m'appuycr sur des pièces anatomiques. La première est la mâchoire inférieure d'un jeune Eranc de l'époque mérovingienne, trouvée dans le cimetière de Breny (Aisne), par M. Moreau, qui en a fait don à la Société d'anthropologie (1). Sa conservation est parfaite. Elle présente sous leur forme typique et très nettement accusée les empreintes que la syphilis héréditaire laisse le plus souvent sur la dentition permanente. En effet, sur les quatorze dents qu'elle porte, huit sont atteintes, à savoir : les quatre incisives, les deux canines et les deux premières molaires. Les quatre prémolaires et les deux secondes molaires sont intactes, ainsi qu'on l'observe toujours ; leur évolution n'ayant commencé, contrairement à ce qui a eu lieu pour celles précédemment énumérées, qu'après la période d'activité de la syphilis héréditaire. L'atrophie sulciforme domine. Sur les incisives et les premières molaires, on voit deux sillons parallèles; il y en a trois sur les canines. D'où résulte pour celles-ci et les premières molaires cette disposition de la partie libre de leur couronne que j'appelle cuspidienne. — Je l'ai déjà dit, seule la syphilis héréditaire peut altérer de la sorte le système dentaire, seule elle y laisse ces empreintes que l'on peut chaque
(1) Cette mâchoire est représentée pl. 22, fig. 2.
UNE MALADIE PRÉHISTORIQUE
jour constater sur les sujets de tout âge, enfants, adolescents, adultes, vieillards. D'où la nécessité d'admettre la syphilis héréditaire chez le jeune sujet dont M. Moreau a trouvé le maxillaire.
La syphilis existait donc en France à une époque qu'il est très difficile de préciser exactement, mais certainement antérieure au vii° siècle.
Toutefois ces temps sont encore du domaine de l'histoire. Je vais montrer, à l'aide de preuves tout aussi incontestables, qu'aux périodes préhistoriques, les tribus autoclithones de certains points de notre sol subissaient les atteintes de la syphilis.
Je vais le faire à l'aide de fragments de crânes d'enfants et de quelques dents d'adultes trouvés par M. le docteur Prunières (de Marvejols), dans ses remarquables fouilles des dolmens et des cavernes de la Lozère.
L'un de ces débris vient du dolmen de Cauquenos. C'est une portion de la moitié droite de l'occipital. Sa hauteur est de 47 millimètres et sa largeur de 36. On y voit deux perforations identiques à celles que produit le crâniotabes syphilitique, de 3 millimètres de diamètre et correspondant aux fosses occipitales. Autour d'elles, la table interne est un peu poreuse, comme il est habituel de la trouver chez les l'achitiques.
Une seconde pièce, beaucoup plus significative, est le reste de la moitié postérieure d'un pariétal d'enfant ; elle provient d'une fouille pratiquée dans le dolmen de Boujassac. Sur l'un de ses bords, on voit de nombreuses dentelures correspondant à la sagittale. Elle a 74 millimètres de haut sur 53 de large. Sa face interne est parfaitement lisse. Extérieurement, on voit une couche pathologique, à contours irréguliers de 3 à 5 centimètres de diamètre et de 2 à 3 millimètres d'épaisseur. Il y a des orifices très nombreux de canalicules légèrement obliques par rapport à la surface de l'os. Toutes ces particularités ne peuvent laisser aucun doute sur l'origine syphilitique de cet ostéophyte.
Un autre fragment plus curieux que les deux précédents, à cause de la netteté de ses caractères, est encore celui d'un pariétal d'enfant, trouvé comme ceux dont je viens de parler, dans un dolmen de la Lozère (1), haut de 55 millimètres et large de 44 ; de forme irrégulièrement triangulaire. Sa face interne est normale ; sur presque toute l'étendue de la table externe, existe une couche morbide, dure, poreuse, identique aux ostéophytes que l'on rencontre journellement sur les crânes des enfants atteints de syphilis héréditaire. Dans les points oii il est conservé, son bord est arrondi et tranche nettement sur les parties saines. Son épaisseur varie de 2 à 3 millimètres. Les petits orifices qui couvrent sa surface sont assez régulièrement distribués. Il est formé de trabécules perpendiculaires
(1) Représenté pl. 22, fig. 4 et 5.
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OU légèrement obliques à la surface du pariétal. Cette lésion véritablement spécifique, lorsqu'on l'a étudiée attentivement, ne laisse pas plus de doute sur la nature syphilitique que celle des crânes de Chancai et de Guayaquil.
Plus haut, j'ai fait intervenir la mâchoire d'un jeune Franc, pour démontrer l'existence de la syphilis à l'époque mérovingienne ; des dents trouvées dans les mêmes sépultures que les débris osseux dont il vient d'être parlé nous apportent aussi leur contingent de preuves à l'appui de la syphilis préhistorique.
M. Magitot a bien voulu me communiquer quelques-unes de celles qu'il tenait de M. Prunières, et, comme il l'avait fait (1), j'ai constaté, notamment sur des incisives et des canines, V atrophie sulciforme (2). Ses caractères se sont conservés intacts, grâce à la résistance si grande que les dents permanentes opposent aux causes de destruction, lesquelles, au contraire, font disparaître parfois si promptement les os friables des enfants, surtout lorsqu'un mal comme la syphilis les a privés d'une partie de leurs éléments calcaires.
Ceux qui sont familiarisés avec les méthodes de l'anatomie pathologique ne nieront pas l'importance des preuves que je viens d'apporter à l'appui de la très haute antiquité de la syphilis. L'organisation de l'homme a varié dans de bien faibles proportions depuis l'époque des dolmens, à laquelle remontent les débris humains dont il vient d'être parlé ; et l'on doit admettre que les modifications de forme et de tissus qui s'y produisaient, lorsqu'on les trouve identiques à celles que détermine aujourd'hui la maladie, sont également pathologiques et résultent de la même cause, c'est-à-dire du même mal. Or, dans l'espèce, le mal d'où viennent les lésions crâniennes et dentaires, qui chaque jour se développent sous nos yeux, étant la syphilis héréditaire, il faut bien admettre qu'elle a produit aussi celles en tout semblables que l'on trouve sur les squelettes des dolmens.
Combien ces preuves l'emportent en certitude sur celles que l'on tire des documents écrits ! Aux simples présomptions, aux discussions de textes, aux interprétations de termes, aux assertions, aux récits d'auteurs, qui souvent se sont contentés de raconter ce qu'ils avaient entendu dire, j'oppose le fait lui-même, le mal en action. C'est le flagrant délit qui force la conviction avec son irrésistible puissance.
(1) M, Magitot, comme on le sait, donne à ces lésions dentaires une tout autre origine. Il les attribue à des convulsions qui auraient atteint les enfants au moment de l'évolution iutraalvéolaire des dents. J'ai réfuté ailleurs cette manière de voir, qui chaque jour perd le crédit qu'elle devait au talent et à la légitime autorité de son promoteur.
(2) Représentées pl. 22, fig. 3.
UNE MALADIE PRÉHISTORIQUE. 273
La syphilis existait donc en Europe aux époques qui ont précédé l'histoire, et si, comme tout le fait supposer, elle sévissait également dans les autres parties du monde, il est permis de la considérer comme l'une des plus anciennes, et peut-être comme la plus ancienne des maladies de l'homme.
Et dans ce cas, l'on peut se demander si elle n'a pas exercé une influence considérable sur la genèse d'autres maladies ; si quelques-unes de ses modalités, par le fait d'une transmission prolongée, n'ont pas été le point de départ d'états pathologiques nouveaux, que nous considérons aujourd'hui comme des espèces morbides distinctes !
Ne pouvant être transmise que par un contact direct, il n'est pas surprenant que durant de longues périodes elle soit restée circonscrite à certaines localités, dans un temps où les communications entre les diverses peuplades humaines étaient difficiles et rares ; d'un autre côté, il est probable que les nomades qui ensevelissaient leurs morts dans les dolmens, et qui ont laissé des traces de leur présence en tant de contrées, ont transporté la maladie avec eux et l'ont infusée dans le sang de quelques-unes des tribus autocthones qu'ils rencontraient sur leur passage, et qu'ils combattaient pour la possession des pâturages, des sources et des cours d'eau.
Pour ce qui est de l'inlensilé cl de la rapide extension des accidents syphilitiques, à la fin du xv' siècle et au commencement du xvi% elles n'ont rien d'incompatible avec ce qui vient d'être dit. 11 est même probable que les compagnons de Christophe Colomb y ont notablement contribué, par l'importation d'un virus exotique, doué peut-être de propriétés plus toxiques que celui dont les populations européennes avaient jusquelà subi les atteintes.
Parrot. — Syphilis héréditaire.
Coup d'oeil sur la Syphilis héréditaire
Mémoire inséré dans la Revue mensuelle de médecine et de chirurgie, 1877.
La syphilis héréditaire diffère grandement de celle qu'engendre la contagion immédiate.
D'une part, en effet, son évolution est plus rapide, sa vie apparente plus courte, plus active, mieux remplie et non interrompue par ces périodes de repos, ou d'éclipsé, qui se montrent si souvent dans le cours de la syphilis acquise; ce qui permet de dire qu'elle est à cette dernière ce qu'en nosologie le mode aigu est au mode chronique. — D'un autre côté, l'âge des sujets qu'elle frappe ne laisse aux troubles fonctionnels, aux manifestations subjectives qu'une importance de second ordre ; donnant au contraire une grande valeur aux lésions de tout siège : périphériques, apparentes, cliniques, ou bien profondes, cachées, et seulement du domaine de l'anatomie pathologique. En sorte que Tétude des altérations organiques, toujours si utile au clinicien, ici lui devient indispensable; car seule, elle peut l'éclairer sur les conditions morbides, qui dans la grande maladie syphilitique donnent à sa modalité héréditaire une place à part, une physionomie propre.
Durant la vie, on trouve la peau et les muqueuses couvertes de taches^ de plaques, de tubercules, de croûtes, d'ulcères ; et sur quelques points, le squelette est anormalement saillant et déformé. — Après la mort, le champ de l'observation s'étend beaucoup. Avec l'aide du scalpel et du microscope, on se rend mieux compte des altérations constatées sur le vivant, et l'on en découvre d'autres, que leur profondeur avait dérobées à l'observation.
11 faut demander à ces lésions ce qu'est la syphilis héréditaire, et y chercher une formule qui la puisse représenter.
Les éruptions cutanées sont nombreuses. Habituellement limité à la