ÉROSION DENTAIRE. — SIGNIFICATION DIAGNOSTIQUE. H'J
mination des jeunes. La syphilis tue les enfants comme ne le fait aucune autre maladie. Elle les tue m utero, avant leur naissance ; — elle les tue à leur naissance ; — elle les tue dans leurs premiers mois ou plus tard. Si le traitement spécifique ne corrige pas cette désastreuse inlluence de la diathèse, plusieurs enfants d'une même famille, c'est-à-dire deux, trois, quatre, cinq, six et plus, peuvent payer un tribut fatal au germe héréditaire qui les poursuit. C'est là ce que nous appelons ici, où tant de catastrophes de ce genre passent sous nos yeux, la. polymo}-talité infantile des familles syphilitiques.
Eh bien, rapprochement curieux, cette mortalité multiple des jeunes se rencontre également dans les familles où l'on observe les érosions dentaires.
Étant donné un enfant affecté d'érosions dentaires, remontez aux antécédents de famille, et il vous arrivera fréquemment d'apprendre que plusieurs frères ou sœurs de cet enfant sont morts en bas âge ou morts avant de naître ; parfois même vous serez surpris de la mortalité insolite qui s'est abattue sur les enfants de cette famille.
De cela voici la preuve.
Dans la série des observations suivantes, toutes relatives à des sujets affectés d'érosions dentaires, on trouve noté ceci, comme mortalité d'enfants dans chaque famille :
Observation de Pielkiewicz (1)
— de Chaboux (2)
— de Russell (3)
— de Fournier
— de Stanley (4)
— de Parinaud (o)
— de Rivington (0)
— de Fournier
— de Fournier
(1) Observation précitée.
(2) De certaines lésions de la région naso-pharyngienne que l'on doit rattacher à la syphilis. (Thèses dr. Paris, 1875, u" 430, p. 37. J
(3) The Rritish médical journal, 1809, t. Il, p. 86.
(4) Thn médical Tîmes, 18G1, t. II, p. 2i0.
(5) V. CoiJzo.N, Conlribution à l'élude de la kdratite mterslitiellc [Thàscx de Paris, 1883, p. 3n.
(G) The médical Times, 1872, t. II, p. 433.
3 enfants morts sur o
de Fournier 5 — 8
de Coupland (1) 7 — 12
de Fournier 7 — 9
de Coupland 9 — 15
de Lancereaux (2) 9 — 12
de Carré (3) Il — \z
Quel parallèle saisissant! D'une part, polymortalité des enfants dans les familles syphilitiques, et, d'autre part, polymortalité des enfants dans les familles où l'on rencontre les érosions dentaires. Ce rapprochement n'est-il pas significatif? N'est-ce pas là une démonstration catégorique (4)?
Ainsi donc, en résumé : constatation fréquente de la syphilis chez les parents de sujets affectés d'érosions dentaires ; — cons-
(1) The médical Times, 1880.
(2) Ouv. cité, p. 330.
(3) France médicale, 1877, p. lOG.
(4) J'ai dû passer sous silence, dans l'exposé qui précède, nombre de parllculiirités accessoire.'!, dignes cependant d'un réel intérêt. Qu'il me soit permis du moins d'en signaler, sous forme de notes, quelques-unes des plus importantes.
I. — On a remarqué que, dans les familles syphilitiques, « c'est le plus souvent Vainë des enfants (ou l'aîné des enfants survivants) qui présente les érosions caractéristiques de la syphilis, tandis que les plus jeunes en restent indemnes ». Ce fait a son explication facile et rationnelle, ce me semble, dans la décroissance habituelle et non contestée de l'infection hérédo-syphilitique sous l'influence du temps et du traitement.
II. — Toutefois, il est des cas où plusieurs enfants d'une même famille syphilitique sont affectés d'érosions dentaires. Pour n'en citer qu'un exemple, Moox [Monthly Review of dental surgerij, trad. dans le Progrés dentaire, 1877) a relaté une curieuse observation où, sur trois enfants d'une même famille syphilitique, il y en avait deux (l'un âgé de 16 ans et l'autre de 11) qui présentaient des érosions dentaires.
Dans les cas de ce genre, alors que plusieurs enfants d'une même famille sont affectés d'érosions dentaires, on*, cru remarquer que « ces lésions sont plus accentuées sur les aînés et s'atténuent graduellement sur les plus jcuues ». (Hut- CHtNSON, The médical Times, 1861, t. II, p. 624.)
III. — Il se peut que, dans une famille syphilitique où plusieurs enfants sont affectés d'érosions dentaires, d'autres en restent exempts, sans que l'immunité de ces derniers soit explicable par aucune raison plausible, notamment par la loi de décroissance dont nous venons de parler.
C'est ainsi que, dans le cas précité de Moon, nous voyons un enfant de 14 ans se présenter avec des dents saines, alors que son frère ai7ié et son frère cadet (celui-ci plus jeune de trois ans) étaient affectés d'érosions caractéristiques.
IV. — Les érosions dentaires d'origine syphilitique sont-elles transmissiblcs par hérédité? Ce point n'est pas encore élucidé. Une observation d'un auteur étranger, Barraclough {The médical Times, 187G, t. II, p. 349J, nous montre bien deux frères « syphilitiques » (?), qui, affectés d'érosions dentaires, auraient eu six enfants, tous affectés d'érosions semblables ou analogues. Mais ce cas, très ciu'ieux assurément, ne contient pas de détails assez précis pour être démonstratif.