TSÂNSMISSIOU DE LA SYPHILIS DANS SA FORME
Forme bénigne.'
Elle peut communiquer la sy philisconfirmée, non point seulement quand cette forme bénigne vient à se développer sur un individu antérieurement syphilitique, mais aussi quand elle existe sur un sujet exempt jusque-là de tous accidents.
1® Syphilis bénigne d*un a«/;>/ anciennement syphilitique transmettant la syphilis conûrmée.
M. Gullerier a communiqué à la Société de chirurgie (septembre 1855) l'observation suivante :
(1) Loc. Ciï., p» 365.
(2) Soc. cftfcAtr., V2 novembre 1851.
Observation^ xu. -^ Un jeune homme estjnfectë de chancre induré^ puis de symptômes constitutionnels. Un traitement rationnel est suivi régulièrement et tout disparait. Au bout de quelques années, il contracte un nouveau chancre qui reste à Vétat simple ' sans retentissement sur Téconomie. lî se marie portant Bncore ce chancre qùlicommunique presque aussitôt à sa femme. Le chancre de cette dernière «'tWure, se complique d* engorgements ganglionnaires, puis est suivi, dans Fespace de temps habituel, d'une syphiiide papulo-tubercnleuse générale, d'alopécie, d'impétigo du cuir chevelu, et plus tard d'accidents tertiaires.
Melchior Robert a fait connaître trois observations analogues. Nous citons seulement le résumé de la première^ dont ies deux autres sont la reproduction exacte :
Observation XLU. .— Un jeune homme est atteint d'abord de chancre induré et de toute la aérie des symptômes constitutionnels qui peuvent accompagner l'infection. Quatre ans après, encore sous le poids de ces accidents, il contracte un nouveau chancre (mou) qu'il communique à une jeune ûlle de seize ans. 11 en résulte sur cette dernière des chancres multiples à la vulve, la pléiade ganglionnaire, plus tard une syphiiide papuleuse, un impétigo confluept de la tête, l'alopécie, etc., etc.
M. Langlebert (1) :
Observation ilui. — En novembre 1855, une femme vint me consulter pour un chancre induré. Deux mois après, elle avait des plaques muqueuses, une rosédie' et des ulcérations à la gorge. Au mois d'octobre 1854, elle contracta un nouveau chancre, qui cette fois ne s^indura pas. Ce devait être, par conséquent, un chancroîde ou chancre simple non infectant. Un jeune homme qui, à cette époque, eut des relations avec elle, prit un chancre induréy lequel a été suivi de tous les accidents ordinaires de la syphilis constitutionnelle.
(1) Loc. cit.f p. 330.
M. A. Fourniercite lui-même quatre observations qu'il a recueillies h Saint-Lazare avec M. Gaby. Nous connaissons déjà Tintorprélation qu'il en tire, interprétation à laquelle les faits suivants enlèvent singulièrement de sa valeur.
2^ Syphilis bénigne d*un sujet sain jusque-là transmettant la syphilis confirmée.
Observation xliv. — Au mois de mai 1854^ uu jeune homme vint me consulter pour un chancre induré siégeant sur la couronne du gland. Quelques jours plus tard^ il m*amena la femme qui lui avait communiqué son mal. Je trouvai à Torifice externe du canal de l'urèthre un chancre 5imp/e sans trace d'induration. Le jeune homme a eu depuis diverses manifestations de syphilis généralisée. La femme, qui n'a pas subi de traitement, n^a présenté aucun symptôme de syphilis constitutionnelle, maladie qu*elle n'a jamais eue antérieurement (i).
Observation xlv. — M. D..., âgé de dix-huit ans, ayant pour seuls antécédents vénériens une blennonhagie ordinaire, gagna de la seule femme avec laquelle il eut des rapports, des chancres simples siégeant sur le bord du prépuce avec adénopathie subaiguê, unilatérale. La femme examinée présentait des chancres à base légèrement engorgée, une syphilide exanlhématique, céphalée nocturne, plus tard une éruption palmaire, des croûtes impétigineuses, en dépit du traitement. Quant au jeune malade, ses chancres restèrent mous ; il ne fit aucun traitement et ne vit se développer aucun symptôme de syphilis contitutionnelle.
Mais, avant la cicatrisation de ses chancres, ayant fait laconnaissance d'une autre femme, il communiqua à cette dernière un chancre induré suivi d'une syphilis constitutionnelle caractérisée par des ulcérations au gosier et aux lèvres, par des plsr ques muqueuses très-confluentes à l'anus et aux parties génitales, de larges plaques de roséole, une multitude de ganglions engorgés à la région cervicale postérieure (2).
(1) Langlebert, loc. cit„ p. 351.
(2) Résumé d'une observation de Melchior Robert, 18&7.
Parmi les observations que je pourrais choisir daus ma pratique, deux méritent, entre autres, un crédit particulier. Inédites, je dois les citer in extenso.
La première^ qui gît au fond de mes cartons, a vingt ans de date ; mais des circonstances spéciales ont gravé ce fait dans mes souvenirs.
Observation xlvi. — Syphilis confirmée transmise par une syphilis bénigne : Chancre induré, ptyriasis et impétigo du cuir cJèevelu ; corona Vénerie ; céphalée ; plaques muqueuses de l'anus, des amygdales ; eczéma du scrotum ; lichen lenticulaire au jarret^ etc.j etc.
Un de mes jeunes collègues des hôpitaux, élève d'un hôpital vénérien, doué d'une bonne constitution, indemne jusque-là de tous accidents syphilitiques, en fut victime pour la première fois pendant Tannée 1845, dans des circonstances qui donnent quelque intérêt scientifique au fait en question. Consulté par une ex-pensionnaire de Lou reine, sur quelques ulcérations récentes des organes génitaux, le collègue dont je parle, très-expert dans ces matières, ne vit pourtant dans ces lésions très-superficielles, et tout d'abord fort insignifiantes en apparence, qu'une éruption herpétique nullement virulente ; il poussa même la confiance ou, pour mieux dire, la témérité, jusqu'à cohabiter avec sa cliente dans un moment d'oubli et d'abandon. Mal lui en prit. Jamais erreur de diagnostic ne fut plus cruellement expiée. Huit jours après cet unique commerce suffisamment suspect, et, en l'absence prolongée de toute autre espèce de rapport susceptible de contagion vénérienne, X*** vit survenir un léger écoulement par l'orifice du prépuce. De prédisposition strumeuse, afiecté d'un phymosls congénial prononcé, sujet à de fréquentes atteintes spontanées de balano-posthite ulcéreuse et purulente, distrait d*ailleurs en ce moment par de graves préoccupations, il ne fit point d*abord attention à son mal. Celui-ci fit des progrès rapides. Le gland et le prépuce se tuméfièrent sensiblement, la suppuration devînt sanleuse et abondante ; et, un mois après l'origine des accidents, il fut possible de constater une induration circonscrite vers la couronne du gland, soiile-
vant fortement le prépuce œdématié, et un engorgement de la pléiade ganglionnaire en chapelet. Une restait donc plus de doute sur l'existence d'une syphilis confirmée.
X*""* ne pouvait accuser de soii infortune que l'épreuve regrettable dont il était évidemment la victime^ et cepeodant il recula longtemps devant révidence. Tant que la conformatioD congéniale du prépuce^ aggravée par les lésions locales, lui voila la présence du chancre^ il ne soupçonna nullement la nature virulente des érosions superficielles qu'il avait attribuées chez sa consultante à une éruption herpétique et qui Tavaient pourtant bien et dûment contaminé. Ses amis ne pouvaient parvenir à le convaincre. Enfin, pour lever toute incertitude, la confrontation avec le sujet infectant ayant été obtenue, je constatai sur l'ancienne cliente en question la présence encore incontestable d'ulcérations chancreuses, molles, dont j'ai décrit minutieusement les caractères dans la première observation rapportée ci-dessus (p. 115). Mais, en même temps, survenaient chex notre infortuné collègue des phénomènes dynamiques très-accentués : tristesse, hypocondrie, cauchemar, insomnies, céphalée, brisement des membres, arlhrodynies, douleur sternale fixe causant de l'oppression, fièvre erratique, dysphonie, etc., etc. Peu après et successivement, pellicules sèches et croûtes impétigineuses dans les cheveux qui commencent à tomber, ainsi que dans les poils des favoris et de la barbe, adénite cervicale, corona Veneris» 11 était grandement temps d'inaugurer la médication.
 la fin du second mois, l'induration du prépuce diminuant beaucoup, il devient possible, après quelques efforts et en détruisant des adhérences superficielles récentes, de mettre à découvert la surface du gland et d'apercevoir un chancre solitaire, arrondi, calleux à sa base, en grande partie cicatrisé.
Il survint, en outre, à diverses reprises, de nouveaux accidents, tels que plaques muqueuses des commissures labiales, des ailes du nez, des amygdales et de la région anale ; des papules v^ culeuses du scrotum et du pli génito-crural ; des papules lichénoïdes au pli du jarret, plusieurs pustules d'ecthyma, ^tc., etc., tous accidents qui ont prolongé la maladie pendant près de h«it mois environ, malgré le régime le i^lus régulier et le traite"
ment le plus assidu^ prescrit alternativement avec le sublimé et le prot(>4odure, et terminé par Tiodure de potassium. Il a été interrompu seulement deux ou trois fois pour un peu de stomatite et de dyssenterie. Après ces longues et dures épreuves, le malade a repris à peu près son état de santé première. Il est aujourd'hui marié et père de plusieurs enfants dont la constitution ne laisse rien à désirer. Quant à la femme dont il reçut la contagion, elle n'a jamais eu^ — ni avant ni après, — d'accidont constitutionnel.
. L'observation. précédente pourrait servir i elle seule d'enseignement. On voit si ces exulcérations simples, molles, multiples, d'apparence herpétique et innocente de la syphilis bénigne, qui ont à ce point trahi le coup d'œil d'un jeune praticien instruit et con^pétent, piéritent le dédain de certains syphilographes* Combien de pareils aveux pourraient être fbita ptfr les spécialistes les plus exercés ! Ils instruisent plus que tous les triomphes. '"' -
Le double fait qui suit est plus récent. Nous en avons suivi jour par jour les péripéties sur le couple contaminé. En voici le procès-verbal.
Observation xlvii. ^ Syphilis bénigne : Chancre mou, bubon ^fjippuré, %dcéré,accidentell9mefiU phagédémquef$an^ae€ide93d8 consécutifs. *— Transmission d'une syphilis confirmée, : chancres mous^ fiaques muqueuses, roséole, alopécie, angine, etc., etc.
L*un de mes plus fi,dèles clients, M. Z'^^^àgé de trente-six au s, employé; d*un. ministère à Paris, véritable type de bureaucrate, d'u^e très-bonne santé habituelle, se présente vers la fin de décembre 1854 à ma consultation, dansun état de confusion et de trouble qui contraste avec sa placidité ordinaire. Huit jours auparavant, entraîné dans une partie diB plaisir avec quelques amis, il avait eu commerce avec une personne suspecte. Un petit bouton était survenu peu de jours après sur le frein, et, le voyant chaque jour faire des progrès alarmants, mon client, homme rangé, craintif et marié, vient me soumettre la cause de
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son effroi. Le cas n'était point douteux : c'était une ulcération chancreuse, arrondie, unique, taillée à pic> grise au centre, rouge sur les bords un peu déchiquetés, molle à la base, siégeant près du frein. Aux aines du côté gauche, engorgement léger et indolent. La surface de Tulcération aussitôt cautérisée, ma préoccupation dut se porter vers la jeune femme et M. l***y en apprenant que des rapprochements sexuels avaient eu lieu entre les époux, depuis la contamination de ce dernier, encore ignorée par chacun d'eux. Il n'était point aisé d'obtenir son consentement à un examen dont elle ne concevait point rigoureusement le motif. Cependant cette exploration ayant été possible dans la même journée, je constatai Texislence, sur la fourchette et les nymphes, de trois chancres naissants, cendrés, souples, ne remontant pas certainement à plus de deux ou trois jours : deux ressemblaient à de petites érosions superticielles^ arrondies^ le troisième sous forme pustuleuse. Ils furent tous les trois profondément cautérisés avec le crayon de nitrate d'argent, et la cautérisation répétée trois fois en douze jours (sur l'un et l'autre malade}^ ce qui ne les empêcha pas de continuer leurs progrès.
Pour initier autant que possible le lecteur à l'évolution respective des accidents^ qu'il me soit permis de les indiquer cidessous dans un même tableau parallèle.
Monsieur Z*** Madame Z'
5 janvier 1854 (15 jours après Nouvelles exulcérations au la première cautérisation). voisinage des premières. La Persistance du chancre Uni- plus large, parmi les ancienque qui s'est élargi, bords nés, occupe la fourchette, dentelés, suppuration, quel- elle est irr^^lière. Ganglions ques traces d'angéioleucite légèrement engorgés des deux locale ; engorgement gan- côtés. (4* cautérisation.) glionnaire unilatéral et uniforme dans l'aine droite, un peu douloureux à la pression. (Repos absolu, horizontal, bains, onct. onguent napolitain.)
Monsieur Z***
10. Turgescence ganglionnaire dure , uniforme, arrondie, aves quelques élancements.
Chancre large comme une pièce de dix sous, stationnaire, mou. (Id.)
i5. Chancre sans changement.
Bubon saillant surtout vers sa moitié interne et tendant aianifestement à la suppuration. (Catapl.)