MÉMOIRE
PUBLIÉ DANS LES ARCHIVES GÉNÉRALES DE MÉDECINE NUMÉROS DE JUIN ET AOUT 185).
J'apporte dans la science une idée neuve, je dois par conséquent adopter un mot nouveau pour la rendre : ce mot est syphilisatton. Sa racine est si connue, qu'on n'aura pas de peine à saisir la signification que je veux lui donner. En voici la définition : c'est un état de l'organisme dans lequel celui-ci n'est plus apte à subir l'évolution de la syphilis, par suite dune sorte de saturation syphilitique. La terminaison que je joins au mot syphilis rend parfaitement l'idée d'une sorte d'imprégnation ou d'une impression qui ne peut plu s se produire.
La réunion des deux mots vaccination syphilitique exprimerait assez exactement la même idée : c'est en effet par l'insertion du virus syphilitique qu'on arrive à épuiser, pour ainsi dire, son action sur l'économie. Les deux mots inoculation syphilitique auraient l'avantage de faire comprendre les analogies qui existent, sous ce rapport, entre la syphilis et la petite vérole; mais je rejette la réunion de ces deux termes, parce qu'elle a été appliquée au fait isolé de la transmission du chancre par l'inoculation du virus qu'il fournit, indépendamment des conséquences qui en peuvent résulter pour l'organisme.
Ces explications me dispensent de définir le verbe syphiliser, dont je me servirai souvent. J'aurai aussi quelquefois recours au mot syphilisme, pour indiquer l'aptitude à la syphilisalion. Je pourrai dire, par exemple, d'un individu, qu'il a d'autant plus de syphilisme, qu'il est plus facile à syphiliser.
Le phénomène que je viens d'indiquer n'est pas une supposition sans fondement, il est expérimentalement prouvé. Ce n'est pas qu'il se soit présenté seulement une ou plusieurs fois accidentellement, il se montre constamment dans les expériences bien faites : en un mot, onspeut le reproduire à volonté.
Il ne s'agit donc pas d'un fait exceptionnel ; c'est, au contraire, un fait sans exception. En effet, communique-t-on à un animal des chancres successifs par inoculation, quelle que soit la distance qu'on mette dans leur succession, ou de quelque manière qu'on les combine, le premier chancre se manifeste plus vite, devient plus large, fournit plus de pus, s'accompagne d'une inflammation plus grande, et enfin dure plus que le deuxième. Celui-ci est au troisième ce que le premier est au deuxième, et ainsi de suite jusqu'à ce que l'animal ne soit plus susceptible d'en contracter aucun. Ce Mémoire tout entier a pour objet de fournir la démonstration de ce fait, que je ne puis qu'indiquer en commençant. Les expériences que je rapporte plus bas le rendent évident. Le court exposé que je viens de faire n'est donc que l'explication du litre et du but de ce travail, c'est en quelque sorte l'énoncé d'un théorème que je vais démontrer.