LA SCIENCE GÉNÉRALISE
Puisse-t-on ne pas me reprocher plus aigrement mes généralisations que mes détails !
(1) Voir p. 30-3l'.
7e Leçon, dimanche il janvier 1853.
Messieurs, dimanche dernier nous avons étudié tout ce qui a trait à l'opération de la syphilisation. Nous allons examiner aujourd'hui les phénomènes qui se passent chez ceux qui ont été inoculés dans des conditions diverses; phénomènes immédiats ou ultérieurs, locaux ou généraux.
Il se présente, tout de suite, une question qui a excité longtemps, et qui excite encore aujourd'hui la sagacité, non-seulement des médecins philosophes, mais encore des praticiens. Y a-t-il une incubation syphilitique '! C'est-à-dire, le virus déposé dans l'épaisseur du derme ou sous î'épiderme, puis absorbé, imprime-t-il, en silence, à l'économie tout entière une modification primordiale, à laquelle soit subordonné le travail local d'où naît le chancre, ou bien h quelqxC autre symptôme syphilitique produit par incubation, directement, ou par contagion (I)? Dans ce cas particulier, il n'est pas de manière de préciser mieux le sens du mot incubation ; c'est une expression figurée qui assimile le développement de la pustule chancreuse à l'évolution d'un œuf couvé par sa mère.
Cette question délicate a suivi lee fluctuations d'une longue et vive controverse. Et adhuc sub judice lis est. Peut-être hésiterais-je à me jeter à travers les combattants pour prendre part au litige, si la syphilisation ne m'avait révélé à cet égard des circonstances pleines d'intérêt.
Interroger discrètement les analogies, et faire parler les faits sans violence, tel me semble être le plus sûr moyen d'arriver à une solution satisfaisante. Les analogies, vraies boussoles de la science, nous marqueront la route, tandis que les faits, semblables à des fanaux, nous la feront parcourir sûrement.
A propos d'analogies, méfiez-vous, messieurs, du savoir brut des syphilographes ; à force de creuser un sujet spécial, ils ne remarquent rien de ce qui se passe autour d'eux. Ce sont des myopes qui voient les faits particuliers de très-près et auxquels échappent, fort souvent, les données générales de la science. Parlez-moi, au contraire, des Boerhaave, des Astruc, des Hunter, et de tous les médecins dont la vue porte ! En effet, si l'art s'alimente de détails, la science qui est le dogme, plane au-dessus de lui et s'inspire de la contemplation générale des phénomènes. C'est pourquoi tel bon élève de M. Rayer peut en savoir plus long, sur l'incubation, que M. Ricord. La spécialité est souvent la porte des fausses routes !
Que nous disent donc les analogies?
Elles nous apprennent qu'un temps de calme perfide sépare l'insertion des autres virus, du moment où éclatent les premiers symptômes morbides.
L'incubation de la rage, de la variole, de la vaccine, n'est pas douteuse.
Bryce a constaté, à propos du vaccin, un phénomène remarquable. Il a fait deux piqûres au môme sujet, à quatre jours d'intervalle, et les deux pustules vaccinales se sont montrées en môme temps. La modification générale qui paraît être indispensable à l'évolution de la vaccine, avait été produite par la première inoculation, de manière à influencer les phénomènes qui se sont passés au siège de la seconde (i).
Nous allons voir qu'il se montre quelque chose de semblable dans les inoculations syphilitiques.
(1) On voit par la dernière partie de cette phrase que je n'ai pas voulu bannir de ma définition les matières syphilitiques qui sont inoculables, bien que n'étant pas fournies directement par le chnncre.
(2) « Il arrive quelquefois que la deuxième vaccination développe le travail de la pre-