Elle sort ; l'état de sa santé est excellent
Réflexions.
1° Un fait singulier que nous offre cette observation, c'est la rapidité avec laquelle les chancres artificiels se cicatrisèrent sans prendre un grand développement. Ce fait, ainsi que le peu de temps qu'il fallut pour syphiliser complètement cette femme , et les traces peu apparentes que laissèrent les cicatrices, fut la conséquence du nombre et de la fréquence des piqûres faites simultanément.
2° La prompte guérison des bubons et du chancre vulvaire doit évi demment être attribuée a la salutaire influence de la syphilisation.
3° La courte durée et le peu de développement de la petite ulcération qu'elle eut dans te mois de septembre 1852, nous autorisent à la ranger dans la classe des pustules que j'appelle abortives.
Nombreux chancres à la vulve, autres indurés à l'anus. — Bubon inguinal virulent. — Syphilisation. — Guérison.
MARIE G. ôgée de 16 ans, tempérament sanguin-lymphatique, bonne constitution, non encore réglée, entrée à l'Hôpital le 50 mai 1851.
Elle est affectée d'un grand nombre de chancres de la largeur de 2 à 8 millim, à l'orifice vaginal, au méat urinaire, au prépuce du clitoris, et de plusieurs autres assez étendus et indurés à l'anus. En outre il y a une tuméfaction volumineuse des glandes inguinales superficielles et profondes, des deux côtés, avec fluctuation manifeste. Si l'on en croit ce qu'elle dit, elle n'est malade que depuis 20 jours, et c'est la première infection qu'elle contracte. Elle n'a fait aucun traitement avant son entrée à 1 Hôpital.
31 mai. — Quatre inoculations avec le pus de ses chancres vulvaires, trois le 7 : il en résulte cinq pustules caractéristiques.
15 juin. — Le bubon inguinal gauche s'est ouvert spontanément, il y a trois jours, en deux endroits, et l'ulcération qui en est résultée est devenue immédiatement virulente. Les chancres ano-vulvaires sont beaucoup moins enflammés que lors de l'entrée de la malade à l'Hôpital. Les chancres artificiels ont de 3 à 5 millim , et sont enflammés et douloureux. Trois inoculations, autant le 19, avec du pus de ses chancres artificiels: quatre pustules.
4 juillet. — la peau qui séparait les deux ouvertures du bubon ayant été détruite, il en résulte une large ulcération qui en laisse voir le fond dont l'aspect est virulent. Le pus fluctuant que contenait le bubon situé à droite a été absorbé, et l'engorgement ganglionnaire a beaucoup diminué. Tous les chancres vulvaires sont guéris, mais ceux de l'anus sont encore vastes , et ils ont même corrodé une portion du sphincter externe. Cependant ils sont peu douloureux, et il y a longtemps qu'ils
sont stationnants et qu'ils ont perdu l'aspect virulent. Cinq des chancres artificiels ont environ 8 millimètres de large, et sont près d'être parfaitement cicatrisés ; quatre ont à peu près 6 millim., et ofTrent encore tous les caractères de la virulence.
Trois inoculations avec le pus de son bubon virulent, et trois autres le 13, avec du pus d'une autre femme: toutes sont suivies de résultais positifs.
27. — 11 ne reste plus ù droite qu'un léger engorgement à peine sensible. L'ouverture du bubon gauche s'est encore agrandie par suite de la corrosion des bords. L'ulcère qui en résulte n'est cependant pas douloureux , et l'on commence à apercevoir ça et la quelques végétations de bonne nature. On le panse toujours avec du cérat de Calien et des cataplasmes émollients. Le chancre de l'anus diminue d'étendue. 11 y a six chancres artificiels de la largeur de 3 à 8 millim., mais ils sont peu douloureux., et quelques uns sont déjà couverts de granulations. Trois inoculations, et trois le 2 et le 7 août avec du pus de chancres artificiels d'autres malades restent sans elfet.
15 août. — Tous les chancres artificiels sont guéris; celui qui a succédé au bubon se couvre de bourgeons charnus.
Trois inoculations, autant le 20 et six le 21 avec du pus de chancres artificiels d'autres femmes. Il en résulte onze petites pustules, dont quatre s'ulcèrent et durent de 8 à 12 jours, et les autres se dessèchent sans s'ouvrir.
28. — Des inoculations faites aujourd'hui, et répétées le 1<r septembre avec du pus de chancres vulvaires de femmes récemment entrées à l'Hôpital, restent sans aucun résultat.
5 septembre. — Vingt nouvelles inoculations avec du pus de chancres artificiels récents donnent lieu à treize pustules, dont la plupart s'ulcèrent, et qui étaient toutes guéries au bout de 12 jours.
21. — Le bubon ulcéré commence à diminuer, le fond en est couvert de granulations. Les chancres de l'anus sont presque entièrement cicatrisés; ils ont détruit une grande partie du sphincter externe, et ont laissé deux fissures et une large fistule anale.
Depuis ce jour, jusqu'au 18 octobre, on fait en six fois vingt-une piqûres: le pus dont on se servit fut pris trois fois sur des chancres artificiels en voie de progrès, deux fois sur un chancre vulvaire induré d'une virulence éprouvée , et une fois sur un bubon qui n'était plus virulent, ainsi que le prouvèrent d'autres inoculations : on n'obtint que deux pustules abortives.
23. — Il ne reste plus qu'une petite portion du bubon qui ne soit pas cicatrisée. On maintient en contact l'un de l'autre les bords de l'ulcère avec un bandage approprié, afin que la cicatrice soit aussi régulière qu'il sera possible, et moins apparente.
Dix inoculations, huit le 51 et douze le 3 novembre avec du pus de
chancres artificiels de la même femme: il en résulte vingt-huit petites
pustules, dont quelques unes s'ulcèrent, mais to ites étaient guéries dans
l'espace de dix jours.
8 novembre. — L'ulcération du bubon est parfaitement cicatrisée depuis
OBSERVATION r.t. 255
neuf jours. Les fissures anales persistent ; on les cautérise légèrement de temps en temps pour en activer la guérison La malade se refuse h laisser opérer la fistule à l'anus. L'état général de cette femme est bon; mais comme elle n'est pas encore réglée, quoiqu'elle soit déjà dans l'âge pubère, il se manifeste tantôt dans un organe, tantôt dans un autre, des symptômes de congestion, que l'on combat par les moyens que nous suggèrent l'art et les circonstances. Une leucorrhée abondante, entretenue par un grand nombre de granulations au col utérin, ne contribue pas peu à suppléer à l'absence de la menstruation.
Depuis ce jour jusqu'au 20 décembre, on fait en sept fois trente-neuf piqûres avec du pus pris cinq fois sur un chancre induré, caractéristique, qui fut inoculé sur un grand nombre d'autres femmes soumises à la syphilisation, et donna toujours des résultats positifs, une fois sur des chancres artificiels récents et bien développés, une autre fois enfin sur un chancre d'une nature douteuse. On ne put pas même obtenir une seule pustule abortive de toutes ces piqûres.
d852, 6 février. —Vers la moitié de janvier il se manifesta une congestion pulmonaire plus intense qu'à l'ordinaire, mais qui céda cependant aux simples moyens curatifs employés jusqu'alors-, sur la fin du mois, il y eut des vomissemens de sang précédés et accompagnés de fièvre. Trois saignées et des boissons glacées et acidulés triomphèrent de cette maladie.
S avril. — Depuis cette dernière affection déterminée probablement comme les autres par l'absence de la menstruation , la fille G. jouit toujours d'une santé excellente. Au commencement du mois de mars elle consentit à se laisser opérer la fistule anale; elle fut en conséquence obligée de prolonger son séjour dans l'Hôpital. On profita de ce temps pour cautériser aussi souvent que le permettait l'indocilité de la malade les volumineuses et nombreuses granulations qu'elle portait au col de l'utérus. On obtint par ce traitement une diminution considérable de la leucorrhée, qui entretenait la rougeur et le relâchement de la muqueuse vulvo-vaginale , et y déterminait aussi des granulations dans quelques points, mais surtout sous le méat urinaire. Elle sort aujourd hui de l'hôpital, dans lequel elle se trouve depuis plus de onze mois. 11 y a trois mois et dix jours que l'on n'a plus pratiqué d'inoculations. Pendant ce long espace de temps il ne s'est manifesté aucun symptôme d'infection constitutionnelle Elle a pris quelques bains sulfureux ces derniers jours. La cicatrice du bubon est peu apparente; elle n'a que 5 ou 7 millim. de large sur une longueur de 5 centimètres. Les cicatrices des chancres artificiels, toutes situées sur les régions thoraciques latérales inférieures, hypochondriaques et epigastriqu.es , sont petites : aucune ne dépasse 8 millimètres.
Réflexions.
•1" On n'obtint chez cette femme qu'un petit nombre de chancres artificiels peu étendus, quoique le tempérament lymphatique l'emportât chez elle sur le sanguin Ce fait s'explique par la largeur du bubon virulent qui suppura pendant longtemps.
2S6 OBSERVATION xr.i.
2° Ni les chancres de l'anus, ni celui qui suivit le bubon, ne laissé rent d'induration après leur cicatrisation.
Vaste bubon ulcéré et virulent, à Vaine gauche. — Blennorrhagie urétrale.— Aucune amélioration par les mercuriaux continués pendant près d'un mois. — Syphilisation presque complète. — Guérison.
LUCIE R., veuve T., âgée de 22 ans, tempérament sanguin-lymphatique, constitution robuste, menstruation régulière, entrée au Syphilicùme le 25 avril 1831.
Elle est afTeetée d'une blennorrbagie urétrale , et d'un bubon inguinal gauche virulent, qui s'est ouvert spontanément il y a dix jours. On voit à la face interne de la grande lèvre gauche qui est le siège d'une tuméfaction et d'un oedème assez considérable, une petite cicatrice indurée laissée par un chancre guéri depuis peu de temps. C'est sa première infection, et la maladie vulvo-vaginale qu'elle ressent, date, suivant elle, de plus d'un mois. Elle n'a fait jusqu'ici aucun traitement.
Dès qu'elle fut entrée dans l'Etablissement, on lui fit prendre un bain et un purgatif, à la suite desquels on lui administra le proto-iodure de mercure à l'intérieur. Elle en prit en tout 1, gram. 25 dans l'espace de 25 jours. Au bout de ce temps, voyant que l'on ne retirait aucun avantage de ce traitement, et qu'au contraire l'ulcération du bubon continuait à faire des progrès en largeur et en profondeur, et ayant remarqué que dans d'autres cas semblables, l'inoculation simultanée et successive du virus syphilitique avait été utile, on abandonne l'usage des mercuriaux pour recourir à la syphilisation.
L'ulcère ganglionnaire a tous les caractères virulents: bords indurés, déchiquetés et taillés à pic, fond sale et grisâtre, et sécrétion abondante de matière séro-purulente. 11 a 5 centimètres de longueur, trois de largeur, et 5 millimètres de profondeur. La blennorrhagie urétrale qui était déjà peu grave lors de l'entrée de la malade à l'Hôpital, a maintenant cessé.
•19 mai. — On fait les trois premières piqûres sur la région épigastrique avec le pus du bubon ulcéré : quatre jours après, on voit trois chancres. On répète les piqûres les 22, 26, 29 mai, 5 et 7 juin, en tout dix-sept; et l'on obtient autant de chancres, dont quelques-uns indurés.
11 juin. — L'ulcère ganglionnaire n'a éprouvé jusqu'ici aucune amélioration; loin de là, il s'est encore agrandi de quelques millimètres.
Les chancres artificiels des deux premières inoculations sont eneore virulents; ils ont environ un centimètre ; les autres sont successivement moins étendus ; ils sont tous assez douloureux. On les panse avec du cérat et des cataplasmes émollients. On fait de même pour le bubon, qu'on lave en outre tous les jours avec de l'eau froide.
Trois nouvelles piqûres répétées le 1S et le 19, suivies toutes les fois de résultais positifs.
22. — Le bubon ne s'est pas étendu davantage ; il est moins douloureux, et il parait qu'il commence dans quelques points à perdre les caractères virulents.
Trois piqûres sans résultat, probablement à cause de la qualité du pus; en effet, on les répète en même nombre le 26 et le 50 juin , le & et le 8 juillet, et l'on obtient dix petits chancres.
11 juillet. — Les chancres des trois premières inoculations sont guéris; ceux des 5,llc, 6mc et 7"'c sont pour la plupart en voie de trasformation; tous les autres sont peu étendus.
Le chancre ganglionnaire qui avait pris un meilleur aspect vers la fin de juin, est stationnaire depuis quelques jours, et conserve encore, ou pour mieux dire, reprend les caractères virulents. La grande lèvre gauche est plus tuméfiée, plus rouge et plus douloureuse, et en la comprimant de bas en haut, on en fait sortir une quantité de pus assez considérable. L'introduction d'un stylet mousse poussé dans la direction de haut en bas, et de l'externe à l'interne, fait reconnaître la formation d'un nouvel abcès inférieur qui, quoique communiquant avec l'ancien ulcère, ne peut pas facilement se vider entièrement , car il faudrait que le pus remontât contre son propre poids. On pratique en conséquence une contre-ouverture inférieure, et l'on y place un selon pour faciliter la prompte issue de la matière virulente. On vit aussitôt diminuer les symptômes de phlogose érysipélateuse qui se manifestaient dans les environs: le nouvel abcès se détergea en peu de jours, et le 16 on enleva le séton.
13. — Quatre piqûres au dessous de l'ombilic, suivies d'autant de pustules.
18. — Trois autres sur le côté gauche de l'abdomen, donnent lieu à autant de pustules abortives.
L'ulcère ganglionnaire a beaucoup diminué de profondeur; il se déterge et se couvre chaque jour de nouvelles granulations. Mais on observe encore un petit ahcès superficiel vers son bord supérieur et interne, en correspondance du canal inguinal ; il s'ouvre le 20, et le lendemain l'ulcération otrre encore l'aspect virulent.
21. — Trois piqûres sur la région épigastrique avec du pus d'une autre femme , et six sur la région épicolique droite avec celui que fournit le nouvel abcès ulcéré : toutes sont suivies de petites pustules. On les répète le 25 en quatre points, avec ce même pus, et l'on obtient quatre petites pustules, qui guérissent dans l'espace de neuf jours.
31. — Depuis le 23 jusqu'à ce jour, on a interrompu l'expérience, pareeque la malade, aménorrhoïque depuis deux mois, a été atteinte tout a coup d'une fièvre intense accompagnée de gastro-entérite, pour laquelle oir dut faire trois saignées, après avoir eu recours inutilement à de légers purgatifs, des boissons mucilagineuses et acidulés, et à une diète sévère.
L'ancien ulcère ganglionnaire continue à marcher vers la cicatrisation ; le dernier commence à se déterger. Trois piqûres sur la région inframammaire droite, sans résultat.
2 août. — On renouvelle les piqûres aujourd'hui et les 7, 13 et 15, en,
2o8 OBSERVATION XLI.
tout trente-trois, qui donnent lieu la plupart à des pustules , sous Icsi quelles on voit encore de petits chancres, en les ouvrant.
15. — Le bubon ulcéré est cicatrisé aux deux-tiers, et il fait toujours de nouveaux progrès vers la guérison. On applique sur la surface encore ulcérée une grande quantité de pus virulent d'autres femmes , et l'on répète cette expérience les 16, 18, 19, 20 et 21, sans qu'elle en ressente aucun effet, qu'elle change d'aspect, ni que les progrès de la cieatrisalion soient arrêtés. Le 10 septembre il était parfaitement guéri. L'induration qu'avait laissé à la vulve l'ancien chancre, a disparu complètement.
20. — Depuis ce jour, jusqu'au 22 septembre , on fait en huit fois 74 piqûres, qui donnent toujours lieu a de petites pustules t quelques-unes se dessèchent en 5 ou 6 jours sans s'ouvrir , pendant que les autres s'ouvrent et laissent voir une petite ulcération large de 2 à 5 millim. qui présente tous les caractères du chancre. Tous cependant sont presque indolents, et guérissent toujours dans l'espace de 10 a 13 jours.
28 septembre. — La femme R. sort de l'Etablissement.
Voici de quels moyens thérapeutiques on se servit depuis le commencement des inoculations, jusqu'à la cicatrisation complète des chancres inguinaux et artificiels : — Trois saignées lors de la gastro-entérite, quelques bains simples pendant que les chancres parcouraient la période de progrès, des boissons antiphlogistiijues , nitrées lorsqu'on observait quelques symptômes d'orgasme vasculaire, des purgatifs légers, et enfin six bains sulfureux sur la fin du traitement. Comme moyens locaux pour le chancre inguinal, outre le séton, on employa des lotions d'eau froide, l'application de plumasseaux de charpie enduits de cérat de Galien, et recouverts d'un cataplasme émollient. On pansa de même les chancres artificiels pendant la période aigué. Un bandage compressif, renouvelé pendant huit jours, sur la fin du traitement, raffermit la cicatrice du chancre inguinal, et dissipa plus rapidement le reste d'engorgement des glandes de cette région.
Malgré le grand nombre d'inoculations faites sur cette femme, on ne put déterminer chez elle cet état de l'organisme dans lequel il ne ressent plus l'effet des nouvelles inoculations de pus virulent. Les dernières piqûres n'ont plus , à la vérité , fait naitre que des ulcères peu étendus et de peu de durée , mais ils avaient encore tous les caractères syphilitiques , moins l'induration. Elle n'était pas encore complètement syphilisée ; mais voyant que les graves symptômes vénériens pour lesquels elle était entrée à l'Hôpital avaient disparu, et que le 28 septembre tous les chancres artificiels étaient cicatrisés , on ne crut pas pouvoir retarder plus longtemps sa sortie du Syphilicôme, ce qu'elle désirait vivement, et que réclamaient impérieusement les affaires de sa famille. Il fallut quatre mois et neuf jours pour obtenir la guérison de son affection syphilitique; il en faut cependant retrancher un mois pendant lequel on lui administra en vain le protoiodure de mercure. On voit maintenant à l'aine gauche une cicatrice d'une couleur obscure qui a i centimètres de long et un dans sa plus grande largeur. Sur les régions épigastrique et infra-mammaire , on compte 155 cicatrices , dont huit ont environ un centimètre, et toutes les autres de 2 à S millim,; elles sont déjà pour la
plupart décolorées et peu visibles. Cette femme jouit maintenant d'une santé excellente ; elle est fraîche , vive , et en état de pouvoir reprendre ses occupations de famille. Il y a deux mois que la menstruation a recommencé.
. Quelques jours après sa sortie de cet Hôpital , cette femme entra dans le Refuge Barolo , où elle resta jusque vers la fin du mois d'avril. Elle y jouit toujours d'une santé excellente, et il ne se manifesta jamais chez elle le moindre symptôme de syphilis constitutionnelle, comme je l'ai su par M. le Docteur Frôla, membre de la Commission Académique, et chirurgien de cet établissement.
Réflexions.
1° Malgré la largeur et la longue durée du chancre ganglionnaire, il fallut un nombre considérable de chancres artificiels pour l'amener à cet état où les pustules ne durent plus que peu de temps , et ne prennent pas un développement remarquable. Il faut cependant observer qu'il n'y eut presque pas de chancres artificiels qui aient acquis une grande extension , et que tous guérirent en peu de jours.
2° L'induration du chancre vulvaire disparut, et il ne se manifesta aucun symptôme secondaire; l'état général s'améliora d'une manière évidente , et la menstruation qui avait manqué dans les mois de juin et de juillet , fut au contraire abondante dans les deux derniers mois de son séjour dans l'Hôpital.
Chancres vulvaires, dont un induré, bubon virulent, écoulement urétrovuluo-vaginal. — Sij phi Usât ion. — Guérison. — Nouvdle infection quatre mois après. — Traitement local. — Guérison.
MARIE-MARGUERITE F. âgée de 19 ans, tempérament sanguin-bilieux, excellente constitution , réglée depuis l'âge de 15 ans , mais aménorrhoïque depuis 13 mois , entrée au Syphilicôme le 20 février 1851.
Elle est affectée de plusieurs chancres vulvaires : un à la fosse naviculaire , un autre au clitoris , un troisième induré sur le bord de la grande lèvre droite ; elle a en outre deux bubons : un sus-pubien profond et virulent , qui s'est ouvert spontanément il y a quelques jours , l'autre à l'aine droit présentant une fluctuation évidente ; de plus il y a écoulement urétro-vulvo-vaginal.
Elle dit que son infection date d'environ 25 jours , et que c'est la première; elle n'a fait jusqu'ici aucun traitement antisyphilitique. ^
27 février. — Trois piqûres sur l'abdomen à la région hypogastrique, avec le pus de l'ulcère ganglionnaire sus-pubien . trois pustules. On répète l'inoculation avec le même pus en trois autres points le 28, et l'on obtient le même résultat.
6 mars. — Les chancres artificiels sont en voie de progrès , mais on
260 OBSERVATION XLtI.
ne peut encore constater aucun changement soit en bien , soit en mal dans les chancres vulvaires , ni dans les bubons.
Deux piqûres faites aujourd'hui avec le pus d'un vaste et ancien chancre vaginal d'une femme récemment entrée à l'Hôpital, restent sans résultat.
Au contraire deux autres pratiquées le 10, avec du pus de ses chancres artificiels sont suivies de deux pustules.
20. — Il se manifesta ces jours passés quelques accès de fièvre intermittente dont on triompha par l'emploi du spécifique. 11 y a maintenant huit chancres artificiels : six à la région hypogastrique ont 10 ou 11 millim. ; tous sont virulents. Le bubon sus-pubien s'est beaucoup amélioré ; les chancres vulvaires commencent a se cicatriser ; la collection purulente est beaucoup moins considérable dans le bubon inguinal droit, qui est devenu presque indolent ; l'écoulement vulvo-vaginal a cessé pat de simples moyens de propreté ; mais celui de l'urètre persiste encore.
Une piqûre aujourd'hui et deux le 51 ; trois pustules.
7 avril. — Les chancres des deux premières inoculations ont 15 à 18 millim. , ils commencent à devenir granuleux , et même presque fongueux ; ils sont indolents, et n'ont plus l'aspect virulent. Les deux chancres de l'inoculation du 10 mars ont environ 12 millim. , et paraissent entrer aussi dans la période de cicatrisation. 11 ne reste plus en voie de progrès que les trois chancres produits par les deux dernières inoculations.
11 y a deux ou trois jours que tous les chancres vulvaires sont cicatrisés sans laisser d'induration ; l'ulcère ganglionnaire commence a se cicatriser. La fluctuation a cessé totalement dans le bubon inguinal droit, et l'engorgement ganglionnaire diminue également.
Quatre inoculations avec du pus d'une autre femme soumise à la syphilisation , et trois le 10, avec du pus de ses chancres artificiels: toutes suivies de résultats positifs.
18. — Huit chancres artificiels sont encore ouverts ; mais ils sont beaucoup moins étendus et moins douloureux que les précédents. Le bubon ulcéré sus-pubien est presque complètement cicatrisé, et l'engorgement ganglionnaire des autres est réduit à bien peu de chose. L'écoulement urètre] persiste , quoiqu'il ait beaucoup diminué ; le passage de l'urine n'occasionne pas de cuisson.
Quatre piqûres avec du pus des chancres qui se sont développés a la suite de la dernière inoculation , répétées en trois points le 27, on obtient six petites pustules.
12 mai. — Le chancre sus-pubien était cicatrisé le 21 du mois passé. On applique des plumasseaux de charpie imprégnés de pus virulent à l'orifice vaginal , on en introduit aussi dans le canal urétral ; mais il n'en résulte aucun efiet.
22. — Tous les chancres artificiels sont cicatrisés. Deux piqûres avec du pus d'une autre femme. 30. — Trois inoculations répétées le trois juin avec du pus virulent d'autres malades : il en résulte cinq petites pustules; les chancres aux-
quels elles donnent lieu ne s'étendent pas plus de 4 millira. et sont cicatrisés 20 jours après l'inoculation.
1 juin. — L'écoulement urétral a cessé totalement sans aucun traitement.
Trois piqûres faites aujourd'hui , restent infructueuses.
15. — Deux inoculations répétées le 19 donnent lieu à deux petites pustules aliortives, qui se dessèchent sans s'ouvrir, dans l'espace de six à huit jours.