‹ La syphilisation étudiée comme méthode curative et comme moyen prophylactique des maladies vénériennesChapitre 46 sur 90 · Quatre inoculations infructueuses · texte numérisé non relu

Quatre inoculations infructueuses

50. — On applique sur les deux chancres presque cicatrisés, du pus pris sur des ulcères d'une femme sur laquelle on n'avait fait que quelques inoculations. Le 2 août ils étaient parfaitement guéris, et n'avaient pas ressenti le moindre effet de cette application. A dater de ce jour, jusqu'au 24 août, on fit en sept fois vingt-neuf piqûres : elles donnèrent lieu à 25 pustules qui pour la plupart se cicatrisèrent sans s'ouvrir, et dont la durée varia de 4 à 8 jours.

31 août. — Quinze piqûres avec du pus de chancres en voie de progrès ne font naître que deux ou trois petites pustules ahortives qui étaient déjà desséchées le 4 septembre. On en fait cinq nouvelles le 21 septembre, toujours avec du pus d'une virulence certaine: on n'obtient aucun résultat.

1852. I" février. — Magdaleine R. fut admise comme infirmière dans l'Hôpital le Ie septembre. Elle y est restée jusqu'à présent : elle sort aujourd'hui pour recommencer la prostitution, Sa santé s'est maintenue excellente, et jamais s'est manifesté chez elle la moindre trace d'infection générale. L'expérience a duré 7 mois. Les cicatrices de ses ulcères artificiels situées surtout sur les régions hypogastrique, ombilicale et sur les cuisses, prirent une couleur blanchâtre, et bien que quelques unes soient larges et un peu profondes, elles ne sont pas si visibles qu'on ne lo craignait d'abord.

OBSERVATION XLVilI. 275

Rtfîexions.

1° Les premiers chancres prirent une grande extension, soit à cause de la lenteur avec laquelle on procédait dans la syphilisation, soit à cause du tempérament lymphatique, et de la mollesse de la (ihre de cette femme.

2' On cautérisa à plusieurs reprises le chancre du col utérin pour diminuer les douleurs aiguës "dont cet organe était le siège.

3" L'écoulement urétral cessa pendant le traitement, sans médication ni remèdes autiblennorrhagiques.

. A" L'application de pus virulent à l'orifice vaginal et dans l'urètre fut infructueuse, quoique la cure ne fût pas encore terminée.

5° Les chancres en voie de cicatrisation ne furent pas arrêtés dans leur marche par l'inoculation répétée du pus virulent, que l'on fit sur leur surface.

OBSERVATION XLVIH,

Chancres ano-vulvaires dont deux indurés; écoulement urétral, — Syphilisation. — Guérison. — Nouvelle infection guérie par d'autres inoculations.

JOSEPHINE M., âgée de 17 ans, tempérament sanguin-lymphatique, bonne constitution, réglée depuis l'âge de 15 ans et assez régulièrement, entrée au Syphilicôme le 17 février 1851.

Elle est affectée d'un écoulement urétral, et de plusieurs petits chancres récents à l'anus et à la vulve, dont deux indurés situés à l'orifice vaginal.

Elle a eu deux infections pendant l'année 1850: la première fois elle contracta des chancres, qui guérirent par un simple traitement local ; la seconde, des chancres et des tubercules muqueux vulvaires pour lesquels elle prit 9b' pillules de 2 centig. 50 de protoiodure de mercure.

18 février. — On lui fait la première piqûre sur l'abdomen avec du pus de son chancre vulvaire : le 21, on voit une pustule bien développée.

5 mars. — Le chancre artificiel est en voie de progrès ; ceux de l'anus et de la vulve se couvrent au contraire de granulations.

Deux nouvelles piqûres répétées le 6 en trois points, toujours sans résultat.

20. — La plupart des chancres de la vulve et de l'anus sont cicatrisés. Ceux que l'on a inoculé sont assez étendus et douloureux. On fait sur l'abdomen une nouvelle piqûre qui est suivie d'une pustule caractéristique,

27,^Deux nouvelles inoculations donnent le même résultat.

14 avril. — Dans l'intervalle du 27 mars au 1 i avril, on lui inocula le pus de ses chancres artificiels ; mais comme ils étaient déjà en voie de cicatrisation, il n'en résulta aucun effet. Les chancres de l'anus et de la vulve sont guéris.

On fait une nouvelle piqûre sur l'abdomen avec du pus d'une autre femme ; il en résulte une petite pustule.

28. — Les chancres artificiels des six premières inoculations sont guéris; ils ont laissé une cicatrice un peu déprimée, d'une couleur cuivrée trèsprononcée. On fait deux piqûres sur l'abdomen avec du pus virulent : il en résulte deux petites pustules.

i« moi. — On porte sur l'orifice vaginal et dans le canal de l'urètre du pus de chancres en voie de progrès, et l'on répète la même expérience les 3, 12, 15, 19, 22, 26 et 29, toujours sans obtenir aucun résultat.

30. — Deux inoculations sur l'abdomen, suivies de deux pustules trèspetites.

3 juin. — Une piqûre sur la face interne de chacune des nymphes; on la répète le 7 et le 15, sans jamais obtenir de résultat positif. Le i et le 11 on en pratique aussi sur l'abdomen, sans plus de succès.

19. — On dépose du pus clans le vagin, mais inutilement. Deux nouvelles piqûres sur l'abdomen, répétées le 21 et le 2 i, et l'on obtient de petites pustules qui guérissent en peu de jours.

26. — Trois inoculations sur l'abdomen, application de pus virulent dans le canal urétral : aucun résultat.

30. — Depuis ce jour, jusqu'au 30 juillet, on fait en onze fois trente-quatre piqûres, et l'on obtient vingt-cinq petites pustules, qui étaient desséchées et guéries dans l'espace de 5 à 10 jours au plus.

5 août. — Sur la fin de juillet et au commencement du mois d'août, la malade fut atteinte d'une pneumonorrhagie compliquée de fièvre, pour laquelle on lui fit deux saignées, et on prescrivit l'infusion de seigle ergoté pendant quelques jours. Depuis ce jour, jusqu'au 2i de ce mois, on fit en huit fois quarante-neuf inoculations, mais elles ne donnèrent lieu qu'à un très-petit nombre de pustules abortives.

7 décembre. — Il se manifesta ces jours passés quelques accès de fièvre périodique, dont le spécifique triompha. Elle sort aujourd'hui de l'Etablissement dans un état de santé excellent; elle y est restée 6 mois et 17 jours. Il y a longtemps que l'induration des chancres vulvaires a disparu. Elle porte sur l'abdomen cinq cicatrices de la largeur d'environ deux centim., quelques autres de 12 à 15 millim., plusieurs autres moins étendues, de la largeur de 2 à 6 millim. Toutes commencent à se décolorer.

Elle rentre au Syphilicôme le 23 octobre 1851; on voit dans la partie supérieure de l'orifice vaginal, près de l'urètre, une vaste déchirufe, dont les bords grisâtres laissent soupçonner un état virulent.

A fin d'éclairer le diagnostic, on fait, le 25, avec le pus de cette ulcération quatre piqûres sur une femme chez laquelle on a commencé depuis peu de temps les inoculations, et on répète la même expérience le 27; les deux tentatives restent sans résultat, probablement pareeque le pus était mêlé à une grande quantité de sang menstruel, qui commença à couler le 23.

26 octobre. — 11 se manifeste sans cause connue un mouvement fébrile, qui continue encore le 27; vers le milieu de ces derniers jours, lamenstrua» tion s'arrête, et la malade accuse un peu de douleur aux glandes inguinales

droites. On fait le soir une saignée au bras, et on la répète deux fois par jour le 28 et le 29, parceque le mouvement fébrile allait en augmentant, et qu'il s'y était joint une céphalalgie intense.

30. — La fièvre a beaucoup diminué, la céphalalgie est moins intense, mais la douleur des glandes lymphatiques qui avait augmenté le 28 et le 29, persiste toujours. Potion purgative et cataplasme émollient sur le bubon.

2 novembre. — Hier l'amélioration de l'état général continuait, et la douleur du bubon avait diminué, lorsque dans la nuit passée, il se déclara une hémophtisie un peu abondante. Ce matin il y a fièvre, et les glandes inguinales sont de nouveau plus douloureuses. Le chancre vulvaire parait avoir perdu un peu de son étendue. Infusion de seigle ergoté.

•4. — Quoique le crachement de sang ait déjà cessé depuis hier, on continue l'usage du seigle ergoté. Jusqu'à présent la fièvre n'a pas encore disparu. Petite saignée du pied, de 70 grammes.

8. — Depuis la dernière saignée la fièvre a disparu, et maintenant il semble que l'amélioration soit plus franche. Les glandes inguinales droites sont le siège d'une tuméfaction considérable, et d'une vive douleur, mais cependant on n'y reconnaît pas de fluctuation. Le. fond de l'ulcère vulvaire est grisâtre, et ressemble beaucoup à un chancre; on ne peut cependant pas y reconnaître la moindre trace d'induration. Dans l'intention d'éclaircir le plus possible ce diagnostic, on fait avec le pus que sécrète ce chancre cinq piqûres sur une femme sur laquelle on n'avait encore pratiqué qu'une seule inoculation. Le 11 on voit une petite pustule: elle présente tous les caractères syphilitiques, et la suite de son développement nous fit reconnaître qu'elle était réellement spécifique.

12. — Après avoir reconnu la nature virulente du chancre vulvaire, il restait à constater quelle serait l'action de l'inoculation du pus virulent sur l'organisme de cette femme, qui paraissait y être complètement insensible lors de sa sortie de l'Hôpital, dans le mois de septembre. Comme elle ne se refuse pas à se. soumettre à cette expérience, on lui fait entre aujourd'hui et les jours suivants 13 et 1-i, cinquante-deux piqûres avec du pus de chancres indurés vulvo-fémoraux d'une femme récemment entrée : on obtient trente-quatre petites pustules.

Je dois dire encore que le 12, le bubon présentait des symptômes évidents de fluctuation.

18. — On l'a ouvert il y a trois jours, et il en est sorti une grande quantité de pus séreux et jaunâtre. Maintenant, lorsqu'on le comprime, il s'en échappe toujours du sérum mêlé à un peu de pus et quelques gouttes de sang. La douleur s'est calmée. Le chancre vulvaire diminue tous les jours. Les pustules de l'inoculation ne se sont pas encore ouvertes.

Douze nouvelles piqûres, toujours avec du pus d'un chancre induré d'une autre femme: sept pustules.

24. — Le bubon est toujours peu douloureux, et ne sécrète que du sérum sanguinolent. Pour en réveiller l'activité, on y injecte le 20, un peu de nitrate acide de mercure étendu dans beaucoup d'eau. Le liquide qui sort de ce bubon n'a pas encore changé de nature, et les bords de 1 ouverture ne présentent pas le moindre aspect virulent. Quelques unes de

278 ÛDSEUVATION XLVIII.

pustules inoculées les 12, 13 et 14, s'ouvrent et laissent voir de petits ulcères caractéristiques; celles de la dernière inoculation sont déjà en voie de cicatrisation.

Dix piqûres faites aujourd'hui restent sans effet. Six le 29, et dix le 3 décembre, toujours avec le même pus qui servit à faire les quatre premières inoculations, donnent lieu à dix petites pustules.

En outre, pour nous assurer encore plus de la non virulence de l'ulcère ganglionnaire, on fait le 29, cinq piqûres sur une femme non sypliilisée, avec le pus qu'il sécrète ; mais sans obtenir de résultat.

10 décembre, — Le bubon est presque dans le même état : nouvelle injection de nitrate acide de mercure allongé dans une pelite quantité d'eau. Elle donne" lieu à une inflammation aiguë qui détermine une suppuration de bonne nature: le 18 il était complètement guéri, en ne laissant qu'une petite cicatrice. Le chancre vulvaire n'est pas encore tout à fait cicatrisé, et se couvre même de quelques fongosités. Les chancres artificiels s'étendent de 2 à 5 millim., et leur durée varie de 12 à 16 jours. Ce n'est qu'aujourd'hui que se sont ouvertes deux des pustules inoculées le 29 du mois passé.

Cinq piqûres, dix le 15, et sept le 20: dix-sept petites pustules, dont lu moitié environ se dessèchent sans s'ouvrir.

22. — Le chancre vulvaire est cicatrisé. Les deux chancres qui restent encore de l'inoculation du 10 ont environ S millim., et présentent un aspect phagédénique. On doit peut-être l'attribuer a coque la menstruation n'a pas eu lieu. Ceux des autres inoculations ont à peine 2 milliin. , et sont peu douloureux. Purgatif salin , répété quelquefois les jours suivants.

On fait quatorze piqûres avec le pus des chancres pbagédéniques: il en résulte onze petits ulcères spécifiques , mais ils ne sont nullement phagédénique» i huit piqûres le 2(i , vingt lo 27, avec du pus d'autres femmes: on obtient dix-neuf pustules.

29. — La plupart des chancres qui étaient devenus phagédéniques sont cicatrisés. Ceux de l'inoculation du 15 sont guéris, et les autres sont tous peu étendus.

Vingt inoculations avec le pus d'une autre femme, et six avec le pus dkqdiane et presque concret que contiennent les pustules qui se sont développées il y a deux jours , c'est-à-dire le 27. Toutes les piqûres sont suivies de résultat positifs, et les chancres qui en sont la suite ne diffèrent en rien pour le développement, l'agrandissement et la durée.

31. — Depuis ce jour, jusqu'au 9 janvier 1852, on fait en cinq fois soixante-dix-huit piqûres: on n'obtient que vingt-quatre petites pustules, dont quelques-unes se dessèchent dans l'espace de quatre à cinq jours, et les autres s'ulcèrent encore.

1 1 janvier. — Ces jours passés a eu lieu la menstruation qui a été abondante. Un grand nombre des chancres artificiels, qui étaient encore ouverts et virulents il y a deux ou trois jours, marchèrent rapidement vers la cicatrisation, et maintenant tous sont cicatrisés, à l'exception de quelques-uns qui sont presque desséchés. Depuis un mois la duréc.des chancres artificiels varie de 8 à 14 jours.

15. — Huit piqûres, et sept le 17 : quatorze pustules qui étaient presque entièrement cicatrisées lo 24. Vingt piqûres le 18 : aucun résultat.

19. —Six inoculations suivies de trois pustules; quarante le 24 donnent lieu à trente-cinq pustules presque toutes abortives et qui étaient guéries le 30. Trois d'entr'elles cependant s'ulcérèrent encore , acquirent 1 à 2 millimètres , et ne furent complètement cicatrisées que le 0 février.

8 février. — La fille M. sort du Syptailicôme: sa santé est excellente, et la menstruation a été abondante ce dernier mois. Toutes les cicatrices des nombreux chancres obtenus pendant ces deux mois et demi , sont très-petites et superficielles, à l'exception de deux qui sont un peu plus profondes et plus visibles. On n'a observé chez elle aucun symptôme d'infection générale.

Elle rentre de nouveau le 9 mars 1852.

On voit sur la face interne de chacune des nymphes une petite excoriation, qui ne présente aucun des caractères du chancre.

10. — On inocule en quatre points sur une autre femme qui n'est pas soumise à la syphilisation le peu de pus que l'on peut recueillir sur la surface ulcérée, mais sans obtenir de résultat positif.

12. — L'excoriation de la nymphe droite était guérie, et celle de la gauche l'était le 14; on n'y fit aucun pansement.

1S. — Elle sort de l'Hôpital dans un état de santé excellent.

Le 7 juin elle s'y présente de nouveau pour une petite déchirure de forme irrégulière et oblongue, qui ne présente aucun aspect syphilitique, située à la fosse naviculaire. On prend, le 10, le peu de pus que l'on peut y recueillir , et pour en connaître bien la nature, on l'inocule en trois points sur une femme non syphilisée: — aucun résultat.

Le 15 celte déchirure, pour laquelle on ne fit pas le moindre traitement, était déjà guérie, et le lendemain on laisse sortir cette fille. Sa santé est toujours excellente.

J'ai su tout récemment encore (17 oct.) par M. le doct. Pugno de Casai qu'elle jouit d'une très-bonne santé.

Réflexions.

1° La première fois que cette femme fut soumise aux inoculations, la marche de l'expérience fut régulière. On obtint un grand nombre de chancres artificiels, et ils allèrent peu à peu en diminuant d'extension, jusqu'à n'être plus que des pustules abortives , et enfin on n'obtint plus de résultats positifs. Cependant, un mois et demi après sa sortie de l'Hôpital, elle contracte un nouveau chancre. On recommence les inoculations, et l'on obtient d'aulres ulcères syphilitiques, qui à la vérité ne prirent pas une bien grande extension , et la continuation des inoculations nous conduisit de nouveau à n'avoir plus que de petites pustules abortives. Il faut donc en conclure: ou que cette femme n'était pas encore suffisamment syphilisée par les premières inoculations , ou qu elle avait déjà perdu lu faculté de ne plus ressentir l'action du virus.

2° L'orgasme vasculaire qui se manifesta dans le mois de décembre 1832, à l'époque de la menstruation, par suite de l'absence du (lu* critique. détermina le phagédénisme dans deux chancres , et fut cause de leur longue durée; car tous les autres que l'on avait inoculés avant et après, avec le même pus, restèrent petits, et ne durèrent pas longtemps.

o" Malgré le grand nombre de chancres artificiels que l'on obtint pendant les deux traitements syphilisants, on ne put arriver jusqu'à la non réceptivité.

Chancre et bknnorrhagie. urctrale. — ■ Syplrilisation et cautérisation du canal uritral. — (Juérison.

AGATHE T., âgée de 20 ans, tempérament sanguin-lymphatique, bonne constitution, bien réglée, entrée au Syphilicôme le 2 février 1851.

Elle est affectée d'un chancre récent à la fosse naviculaire, de la largeur d'environ 12 inillim., et d'une blennorrhagie urétrale ; un autre pins petit s'est manifesté sur la nymphe gauche, avant que l'on commençât l'expérience. C'est la première fois qu'elle est infectée.

13 février. — On lui fait la première piqûre sur l'abdomen avec du pas pris sur le petit chancre de la nymphe gauche.

26. — Il y a un chancre bien développé sur le point où l'on a fait la piqûre; on en fait cinq autres sur l'abdomen avec le pus qu'il sécrète : il en résulte cinq petites pustules.

."> mars. — Il y a six chancres sur l'abdomen, tous sont en voie de progrès. Les chancres vulvaires sont couverts de granulations.

La malade accuse des douleurs intestinales accompagnées de fièvre : - 12 gr. d'huile de ricin, et autant d'huile d'olive, clystères émollients etc.

i. — La fièvre a augmenté, les chancres artificiels sont très-douloureux; — une saignée répétée le soir.

6. — Nouvelle saignée, hier. Les chancres abdominaux sont très-étendus, et ont un aspect gangreneux : — pansement avec de l'onguent réfrigérant et des cataplasmes émolliens. La fièvre continue: — nouvelle saignée aujourd'hui.

8. — Pouls dilaté, cutané, peau moite ; la gangrène est bornée, et les chancres artificiels sont moins douloureux ; ils ont environ deux centim. et demi de largeur et 4 millim. de profondeur.

12. — Les chancres qui étaient gangreneux ont pris un bel aspect; l'entérite a disparu. Le chancre de la nymphe gauche est cicatrisé, et celui de la fosse naviculaire commence à se rétrécir.

20. — Le chancre vulvaire est presque cicatrisé. Les chancres artificiel» diminuent de surface, et leur fond commence à s'élever.

On fait une nouvelle piqûre avec du pus d'une autre femme, et l'on obtient la pustule.

3 avril. — Le chancre vulvaire est parfaitement cicatrisé, Les chancres

artificiels qui étaient devenus gangreneux, diminuent de jour en jour; celui de la dernière inoculation a environ G millimètres.

Cinq piqûres, trois le 7 : il en résulte six pustules.

•18 avril. — Le chancre inoculé le 20 mars a "12 millim., mais il est déjà en voie de cicatrisation. Ceux qui se sont développés à la suite des piqûres du 3 et du 7 avril sont beaucoup plus petits.

Deux nouvelles inoculations, trois le 21 : toutes suivies de résultats positifs.

28. — Les chancres des quatre premières inoculations sont parfaitement cicatrisés: les trois chancres de celle du 7 avril sont assez étendus: ils ont environ un centim., sont profonds et douloureux: les autres le sont peu, et sont moins étendus.

Deux piqûres sur l'abdomen, suivies de deux petites pustules.

1" mai. — On applique du pus virulent à l'orifice vaginal, et on répète cette expérience le 12 et le 15, et jamais il ne s'en suivit aucun symptôme syphilitique.

22. — Deux nouvelles inoculations donnent lieu à deux petites pustules. Tous les chancres qui restent encore ont perdu l'aspect virulent. Ceux de l'inoculation du 28 avril sont guéris depuis quelques jours.

29. — Depuis ce jour, jusqu'au 50 juin, on fit en sept fois dix-huit piqûres, dont quatre à la face interne des petites lèvres. Quoiqu'on ait toujours employé le même pus dont on se servit pour faire des inoculations sur d'autres femmes, chez lesquelles il produisait la pustule syphilitique, il ne donna jamais un résultat positif sur celle qui fait le sujet de cette observation.

Le 19 juin elle avait encore trois chancres sur l'abdomen; ils étaient fongueux, et le pus qu'ils sécrétaient, inoculé sur d'autres femmes, ne donna aucun résultat.

4 juillet. — Quatre piqûres faites aujourd'hui sont suivies de quatre petites pustules, qui guérissent dans l'espace de 0 jours.

8. — Depuis aujourd'hui , jusqu'au 23 de ce mois, on fait en six fois dix-sept inoculations, suivies d'autant de petits ulcères, dout la largeur ne dépassa pas 3 ou 5 millimètres, mais qui avaient tous les caractères des chancres.

27. — Quatre piqûres que l'on répète le 28 : — huit petites pustules abortives, qui guérirent en cinq ou six jours.

Le même jour, 28, on inocule avec succès sur la fille Louise R. (Observ. m) le pus des chancres qui se sont développés sur notre malade à la suite des piqûres du 15 et du 25 de ce mois.

30 juillet. — On applique du pus virulent sur un chancre en voie de cicatrisation ; le 2 août il était guéri.

31. — Quatre inoculations suivies d'autant de pustules très- petites.

2aoii(. — Depuis ce jour, jusqu'au 25, on fait à six reprises différentes, trente-cinq piqûres avec du pus virulent, sans obtenir le moindre résultat.

Tous les chancres artificiels étaient cicatrisés le i août.

11 y a encore un peu d'écoulement séreux de l'urètre. Quelques cautén-

282 OBSERVATION XUX.

sations de ce canal avec le nitrate d'argent en déterminent In giiérison.

14 septembre. — La malade fut obligée de demeurer encore quelques jours dans le Syphilicôme à cause de l'apparition de quelques accès de (lèvre périodique. Maintenant qu'ils ont cessé , elle sort dans un état de santé parfaite. Il y a sept mois et dix jours qu'elle est dans l'Hôpital ; le traitement dura sept mois , et on fut obligé de le suspendre dès le commencement par suite d'une entérite aiguë. En outre, comme c'était une des premières femmes que je soumettais aux inoculations , je procédais , pendant les premiers mois , mec lenteur, et en prenant toutes les précautions possibles. Elle prit treize bains sulfureux dans le mois d'août.

C'est ifti des cas où les chancres artificiels ont laissé sur l'alidomen les cicatrices les plus évidentes. En effet , on voit sur la région ombilicale, et sur l'hypogastrique six cicatrices déprimées de la largeur de deux centimètres, Quatre autres situées sur l'alidomen , ont de 10 à 15 niillini.; on en voit en outre un grand nombre d'autres ping petites. Les plus anciennes ont une couleur rose , et toutes perdent peu il peu Ci'lle teinte euhrée qui est le propre des cicatrices récentes des chancres artificiels. Il ne se manifesta aucun symptôme d'infection constitutionnelle, malgré la grande quantité des chancres artificiels que l'on obtint, et la largeur que quelques-uns d'entre eux acquirent!

Cette femme rentra cinq fois au Syphilicôme depuis le H septembre.

Ce fut le li novembre, deux mois après sa sortie , qu'elle y revint pour la première fois : — on voit à l'orifice vaginal cinq petits ulcères, dont an à la fosse naviculaire , un autre près de l'urètre, et trois Bur les côtés de l'orifice vaginal: ils ont 1 ou 2 millim. de large, sont irréguliers et superficiels ; aucun ne présente les caractères spécifiques des chancres.

Il faut dire que cette femme ne se prostituait que depuis peu de jours, lorsqu'elle contracta la première infection , en janvier 1851 ; après s:i sortie de I Hôpital , le mois de septembre passé , elle habita quelques jours un lupanar, mais elle fut bientôt obligée d'aller dans un hôpital civil pour des accès de fièvre intermittente suivis d'une légère métritc. Elle en sortit le 9 de ce mois , pour entrer dans une maison de tolérance, et le 15 M. le Dr Catella qui la visita, reconnut l'existence de ces ulcérations qu'il qualifia de déchirures.

Quoique leur aspect , et l'étroitesse de l'orifice vaginal confirment le diagnostic déchirure rulvaire , — cependant , afin de ne laisser aucun doute à ce sujet , je recueille avec soin le peu de mucus qui se trouve à leur surface qui s'est déjà un peu rétrécie , et, en présence des membres de la Commission Académique , je i'inoculc en quatre points sur l'abdomen d'une femme à laquelle on n'avait encore fait que deux inoculations. H n'en résulta aucun symptôme syphilitique.

21 novembre. — Toutes ces déchirures étaient parfaitement cicatrisées. On cautérise deux fois quelques granulations du col utérin , et le 2G elle sort de l'Hôpital.

Elle rentre pour la seconde fois le 20 décembre 1851 , avec trois fis-: sures longitudinales à l'anus et des traces récentes de pédérastie.

Ces fissures sont superficielles , et ne présentent aucun symptôme de chancres.

22. — On fait sur une autre femme deux piqûres avec le peu de pus que l'on peut recueillir sur ces déchirures , sans obtenir aucun réstdtat.

26.— On répète la même expérience en deux points sur la même femme, toujours infructueusement. Le même jour on cautérise avec le nitrate d'argent ces fissures qui sont déjà en partie cicatrisées ; le 29 la guérison était complète.

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