‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 17 sur 159 · LES TURCS · texte numérisé non relu

LES TURCS

Encore que la longue durée de la superstition mahométane , partagée en soixante et dix sectes soit tout h fait étonnante; d'autant qu'elle ne se soutient ni sur la grâce ni sur la raison même cipparente : néanmoins il

faut adorer la Providence , qui depuis mille et vingt ans, permet un si {rrand désordre dans le monde , et nous oblige , par Tordre des pontifes romains , pour un plus grand bien, d'en parler très-peu ou tout à fait point, dans un pays de la domination ottomane ; c'est pourquoi notre missionnaire se contentait de défendre la vérité de notre religion , sans attaquer ouvertement les erreurs de l'alcoran. Il faisait voir par les livres mêmes de nos adversaires , la Trinité des personnes divines en un seul Dieu , et qu'il n'était point indigne de sa grandeur de s'être fait homme. Il a tiré de la bouche des ennemis cette confession , que la loi de Mahomet est bonne pour le corps et la chrétienne pour l'esprit. Il a inspiré aux plus rebelles à la raison, la crainte de l'enfer et l'éternité malheureuse , dont la pensée en touchait si fort quelques-uns que pour se mieux assurer de leur salut , ils se faisaient der\iches ou religieux turcs , croyant que cette vie leur ouvrirait le chemin du ciel. Le Père conversait avec un grand de <"^lte secte qui composait des poésies, contenant Féloge de Jésus-Christ , et même il entra si avant en ses bonnes grâces , que faisant bâtir une maison il nous en offrit un appartement; mais les bonnes pensées qu'il avait ne furent que des projets, la mort ayant prévenu Texécution de ses desseins.

Ne passons pas sous silence le raisonnement populaire et aisé , avec lequel ce Père disait aux chrétiens qu'on pouvait combattre l'alcoran , et que j'ai lu depuis dans saint Jean Damascène. Les musulmans croient l'alcoran , parce qu'il est la parole de Dieu et que son auteur le dit, mais sans aucun autre témoignage divin.

Or , nul ne peut témoigner validement de soi-même , et notre propre recommandation est toujours suspecte. Que Ton produise , dit saint Jean Damascène , ({uelque preuve par laquelle il conste qu'un tel prophète devait venir au monde. Les mahométans n'ont qu'une répartie qui n'établit pas leur loi : savoir que cette doctrine a été communiquée du ciel à Mahomet durant son sommeil. Sur cette réponse tant de millions de personnes se perdent. On ne peut pas alléguer un plus faible témoignage que celui même de l'auteur du dogme et d'un homme qui dort ' , dit saint Augustin quand il parle des soldats qui gardèrent le Sépulcre de Jésus^hrist. Pour conclusion , je ne puis guère m'expliquer touchant les esclaves des turcs, dont quelques-uns, polonais de nation , ne pouvant venir voir le Père , lui demandaient par lettres, le moyen de faire leur salut, et même lui envoyaient leurs péchés par écrit , se figurant qu'on pouvait absoudre de loin les pénitents.

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