XXVI. — Jésus porte la croix avec simon le gyrénéen
ET parle aux femmes DE JÉRUSALEM.
A trente pas environ, plus loin , le chemin de la Croix est coupé par trois rues, l'une mène à l'Orient, vers la porte de Saint-Étienne , l'autre au couchant vers la porte Judiciaire, et la troisième au septentrion vers
celle de Damas , d'où venait Simon le Cyrénéen , qu'on contraignit de porter la croix avec Jésus-Christ , non par un mouvement de compassion vers rHomme-Dieu , qui tombait sous la pesanteur de sa charge , mais plutôt par une raison de cruauté, afin qu'il pût être crucifié tout vif et mourir à force de douleur sur le Calvaire.
Auprès de ce carrefour où tant de mystères se rencontrent , on voit un bain appelé la Sultane , autrefois une église et un riche monument de la chute de Jésus épuisé de son sang. De vrai , le Sauveur se trouvait dans un pitoyable état ; car outre la charge qui l'accablait et le sang qu'il avait perdu en sa flagellation , outre la profonde et large plaie des reins , et celle des épaules décharnées jusqu'aux os, et les deux grandes blessures, l'une qui parait à la cuisse gauche sur le saint suaire de Turin et l'autre sur la cheville du même pied , comme Mallonius les a toutes fidèlement remarquées ; il recevait un cruel traitement des soldats et du peuple furieux qui le pressaient à coups de bâtons et de pierres, et partant il allait chancelant , perdant la vie avec la respiration et se mourait à chaque pas.
On montre à la main droite du carrefour, le lieu où Jésus aperçut les filles de Jérusalem et leur apprit l'usage qu'elles devaient faire de leurs larmes. Ses paroles touchant le bonheur des femmes stériles furent une prophétie de cette horrible famine qui devait bientôt consumer Jérusalem et presser les mères de manger leurs propres enfants , comme Joseph le rapporte en son histoire *.
' L. VII, c. 6>8, de bello Judaico
Quarante pas plus bas , vers le mi(}i , on voit à la main gauche une maison qu'on tient être celle du mauvais riche, qui après tant de sièges et après la descente de son maître dans les enfers, paraît encore Tune des plus belles de Jérusalem , bâtie de pierres de taille carrées et polies *. L'an 4616 elle n'était point habitée , et comme l'on croit , elle était infectée de démons , à qui ce cruel débauché , appelé par les Hébreux Ninensis ou Nabal , l'avait abandonnée. Son entrée était un égoût rempli de fumier, qui faisait une véritable représentation de celui qui l'avait habitée. Il y a néanmoins quelques années que le gouverneur de la ville y a fait bâtir des boutiques , sans lui ôter le nom qui lui reste de son premier maître et qui est sa condamnation.
XXVll. — Jésus passe devant la maison de la