‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 105 sur 287 · B. Boncompagni, Op. laud., p · texte numérisé non relu

B. Boncompagni, Op. laud., p

L ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE

le comte Guido accomplit vaillamment beaucoup de belles prouesses. »

Quelles étaient les doctrines professées par Fastrologue d'Ezzelino, le loup enragé, et du fourbe renard, Guido de Montefcltre ? Les Astronomie tractatus decem vont nous l'apprendre.

Ces traités, nous l'avons dit, mentionnent bon nombre de faits historiques auxquels l'auteur a été mêlé. On y trouve, en particulier, plusieurs allusions 1 à une guerre entre les Lucquois et le comte Guido Novello, podestat de Florence pour Manfred; cette expédition eut lieu en Septembre 1261. C'est le plus récent des événements cités par Y Astronomia de Guido Bonatti. Nous savons donc que ce livre n'a pas précédé l'année 1261 et, probablement, qu'il l'a suivie de près.

Examinons, d'abord, quelles étaient les connaissances proprement astronomiques de notre astrologue.

Pour nous renseigner, à cet égard, nous ne trouvons, en son ouvrage, qu'un résumé très bref et très écourté du système des excentriques et des épicycles2. L'étude détaillée du mouvement des planètes, n'est point, d'ailleurs, celle qu'il a en vue : « Cet ouvrage, dit-il 3, ne se propose pas de considérer ce mouvement ; je négligerai donc d'en dire davantage et je vais revenir à mon sujet ; d'autant plus que toutes ces choses sont plus largement exposées dans Alfraganus dont ce fut l'intention de traiter des mouvements des corps célestes et de leur diversité. »

Aux yeux de Guido Bonatti, le petit livre composé par Al Fergani paraît contenir le dernier mot delà Science astronomique ; de Ptolémée, notre auteur ne cite que des écrits astrologiques ; assurément, il n'a jamais ouvert Y Almageste ; peut-être en ignore-t-il l'existence.

Ne lui demandons pas de nous entretenir des théories astronomiques ; écoutons seulement ce qu'il va nous dire des principes de l'Astrologie.

Pour cette science, il n'aura pas assez d'éloges : « Sauf la Philosophie première *', il n'est aucune étude qui procure à l'âme autant de profit que l'Astronomie ou Astrologie. C'est par elle, en effet, que nous acquérons la science et la connaissance des créatures impassibles, inaltérables, immuables qui

1. Guidoms Bonati Op. laud., Pars II, De septima domo capp. XXVIII et XXIX; éd. cit., coll. 3 1 1, 3i3, 3i4-

2. Guidonis Bonati Op Iciud., Tract. III, pars II, capp. I et II; éd. cit., coll. i26-i3o.

3. Guidonis Bonati Op. laud., Tract. II, pars II, cap. I, éd. cit., col. 129.

4. Guidonis Ronati Op. /aud., Tract. I, pars I, cap. I; éd. cit., col. 1.

l'àsîronomIë italienne

sont en l'autre essence ; tels sont les corps célestes. Et par l'intermédiaire de ces créatures, nous pouvons parvenir à la connaissance du Créateur ; nous pouvons savoir de lui tout ce que l'intelligence humaine en peut atteindre ; nous pouvons reconnaître qu'il est impassible et inaltérable. »

Le Dieu de Guido Bonatti, ce Dieu dont l'Astrologie nous apprend tout ce que nous en pouvons savoir, ce n'est assurément pas le Dieu des Chrétiens, mais bien le premier moteur immobile d'Aristote.

En effet, la philosophie professée par notre astrologue est le corollaire rigoureux, complet, impitoyable de l'axiome que le Stagirite avait posé : Tous les changements du monde sublunaire sont régis par les mouvements célestes,

« L'astrologue, écrit Guido Bonatti1, connaît tous les mouvements de chacun des corps célestes. S'il connaît, en outre, les qualités de ces mouvements, il sait quelles impressions ils impriment et quels événements ils signifient. Or tout ce qui se fait en la terre, suivant l'ordre naturel des choses, et tout ce qui se fait au sein des autres éléments, tout cela se fait par les mouvements des orbes des corps célestes ; personne n'en doute, sauf peut-être l'insensé ou Tidiot; et toutes ces choses sont connues par l'astrologue. Donc, tout ce qui se produit actuellement, tout ce qui s'est fait dans le passé, tout ce qui arrivera dans l'avenir, toutes ces choses peuvent être connues par l'astrologue, puisqu'il connaît les qualités des mouvements qui ont été, de ceux qui sont, de ceux qui seront, puisqu'il sait en quel temps ils se produiront et quels effets doivent être déterminés par eux ou provenir d'eux. »

A ce déterminisme qui rattache tout changement, au sein du monde élémentaire, aux révolutions immuables des corps célestes, notre astrologue n'admet aucune atténuation ; il ferme toute échappatoire.

Ainsi Ptolémée avait prétendu, dans son Centi/oguiiim2, que les mouvements des planètes réglaient seulement les choses universelles et qu'on ne leur pouvait demander la connaissance des événements particuliers. Guido s'élève contre cette opinion. Les planètes, selon lui 3, signifient non seulement l'universel, mais encore le particulier ; elles ne régissent pas seulement l'espèce,

1 . Guidonis Bonati Op. laud., Tract. I, pars I, cap. lit : éd. cit., col. 3.

2. Clai'dii Ptolem^ei Centiloquium, i. (Claudii Ptolem/ei Pelusiensis Alexandrini omnia quœ extant opéra... In fine : Basilese, In officina Henrichi Pétri, Mense Martio, Anno MDLI, p. 438)

3. Guidonis Bonati Op. laud., Tract. I, pars I, cap. VI; éd. cit., col. 6.

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mais chaque individu et chaque partie de chaque individu. Le déterminisme astrologique n'est pas seulement un déterminisme d'ensemble ; minutieusement, il règle chaque détail.

Dans cette discussion sur la valeur de l'Astrologie, Bonatti rencontre devant lui l'opinion de ceux qui tentaient de concilier les principes de cette doctrine avec la liberté de Dieu ou de l'homme. L'Astrologie, au dire de ceux-ci, peut prévoir le nécessaire ou l'impossible, car le libre arbitre n'a point de prise sur l'objet d'une telle prévision ; mais elle ne peut prévoir les futurs contingents, les événements purement possibles, ceux qui seront ou ne seront pas suivant ce qu'en décidera la volonté libre ; « elle ne peut annoncer, par exemple, que tel homme se mettra en mouvement ou qu'il écrira. »

Guido Bonatti n'admet pas 1 qu'on apporte une telle restriction au pouvoir de divination de l'astronome.

Pour lui, le mot possible n'a nullement la signification de futur contingent ; un événement possible n'est pas un événement qui se produira ou ne se produira pas au gré d'un libre arbitre ; au mot possible, il donne un tout autre sens, un sens purement péripatéticien ; il le prend comme synonyme des mots : en puissance ; par la suite du temps, ce qui était en puissance est mis en acte, et prend alors le nom de nécessaire; ou bien ce n'est pas mis en acte, et on dit que c'était impossible. Mais rien d'indéterminé, rien de libre en cette opération qui fait du possible soit le nécessaire, soit l'impossible; rien donc qui échappe à la domination des mouvements célestes et à la prévision de celui qui connaît ces mouvements.

Telle est bien la doctrine, rigoureusement fataliste, qui s'exprime en ces termes :

(( Lorsque cet homme naît, il est possible qu'il soit roi, et il est possible aussi que ce même homme ne soit pas roi; mais ensuite, s'il n'a pas été roi, il a été impossible qu'il fût roi. Le possible est le moyen terme entre l'impossible et le nécessaire... Ceux-là donc se trompent qui disent : Le possible n'est pas ; nous voyons manifestement, en effet, que le possible est; l'opération des étoiles est donc, elle nussi, et les jugements sont.

» Pour qu'il pleuve, il est nécessaire qu'il y ait quelque nuage; s'il n'y a pas de image, il est impossible qu'il pleuve d'une manière sensible ; d'un certain nuage déterminé, il n'est pas impossible qu'il pleuve mais, de ce même nuage, il est possible qu'il ne

i. (juidonis HoiNATi Op. laud., Tract. \, pars I, cap. VU ; éd. cit., col. 7.

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pleuve pas. Le possible est donc, et les jugements tirés des étoiles sont réels ; en effet, par les mouvements et par les dispositions des corps célestes et par le changement que l'air a éprouvé, tu peux savoir de quel nuage il doit pleuvoir et de quel nuage il ne doit pas pleuvoir.

» De même, un homme a un aliment dans la bouche; il est possible qu'il le mèche et l'avale ; il est possible aussi qu'il ne le mâche pas et ne l'avale pas ; ce possible est en un même rapport aux deux partis opposés, savoir au nécessaire et à l'impossible. S'il est possible que l'homme mange cet aliment, et s'il le mange, ce possible, par le fait même qu'il a été mis en acte, est devenu nécessaire; la possibilité lui a été enlevée, elle a été effectuée, elle est maintenant définie comme nécessaire. De même, ce qui était possible devient impossible par le fait même qu'il n'est pas mis en acte ; il perd la possibilité, et il est maintenant défini comme nécessaire.

» Ainsi aux étoiles et aux éléments il n'appartient pas seulement de signifier les choses nécessaires et les choses impossibles, mais encore les choses possibles. Car il faut que l'astrologue sache la vérité et prédise les événements futurs. »

De ces considérations, nous reconnaissons la source. Elles proviennent de ce qu'Aristote avait dit au traité De F interprétation1 , de ce qu'Abou Masar2 avait emprunté à ce traité. Mais Guido Bonatti les a entièrement détournées de leur signification primitive. Aristote, et Abou Masar après lui, les avaient présentées afin de définir la contingence. Guido Bonatti les a déformées jusqu'à ce qu'une chose possible n'apparût plus comme une chose contingente, mais seulement comme une chose qui existe en puissance ; il a repris, du possible, la définition que donnaient les disciples de Chrysippe et dont s'indignait Alexandre d'Aphrodisias3.

Point de place, dans ce déterminisme astronomique, pour l'intervention du libre arbitre humain ; point de place, non plus, pour Faction miraculeuse de Dieu.

Gomment Guido Bonatti expliquait les miracles et les prophéties rapportées par la Sainte Ecriture, en voici un exemple :

« Le Seigneur dit aux Apôtres : « Retournons en Judée ». Ils lui répondirent : « Tout récemment, les Juifs cherchaient à vous » lapider et vous retournez en ce pays ? » Il leur répliqua : « N'y

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