Pétri de Apono Op. laud., Diff, IX
3. Ernest Renan, Auerrûès et t'Averroïsme, essai historique, p. 25g.
l'astronomie italienne
Impie ou non, d'ailleurs, la théorie de l'horoscope des religions n'a pas été imaginée par Pierre d'Abano; elle était courante avant lui; elle avait été réjDandue dans la Chrétienté, semble-t-il, par Y Introductorium majus d'Albumasar ; c'est à cet ouvrage que Roger Bacon l'avait empruntée pour la développer avec complaisance dans YOpus majus, pour l'offrir au pape Clément IV comme un saisissant exemple du secours que l'Astrologie peut apporter aux choses de la Religion.
A la vérité, si Pierre d'Abano, présentant l'horoscope des religions, a paru réduire, pour un instant, les mouvements et les dispositions des astres au rôle de signes des événements' futurs, il semble bien, en toute autre circonstance, les regarder comme des causes efficientes : « A chaque planète, dit-il1, est attribuée une certaine direction commune imposée à ce monde ; il appartient à chacune de gouverner le monde à sa manière, surtout par l'intelligence qui lui est unie, comme l'écrit Averroès au traité De
substantiel or bis C'est lorsque Mars gouvernait le monde que
le déluge a eu lieu, surtout à cause de la conjonction des planètes dans le signe des Poissons. Sous la domination de la Lune ont eu lieu la dispersion des langues, la destruction de Sodome et de Gomorrhe, la sortie d'Israël de la terre d'Egypte. Beaucoup d'autres événements se sont produits selon les natures et les propriétés des planètes qui gouvernaient alors, natures et propriétés dont ces événements étaient les indices. »
Il est bien difficile de ne pas voir en ce passage l'affirmation que de grands faits de l'Histoire sacrée, attribuée par les Juifs et les Chrétiens à l'action miraculeuse de Dieu, n'étaient que les effets naturels des influences astrales.
On n'en saurait douter; convaincu que tout, au sein du monde sublunaire, est gouverné par les mouvements du ciel, Pierre de Padoue ne pouvait trouver place, ici-bas, pour l'action miraculeuse de Dieu, non plus que pour l'intervention de la liberté humaine. Sa doctrine astrologique l'obligeait à fournir une explication purement naturelle de tous les effets où les Chrétiens reconnaissaient une suite de la libre volonté divine. Qu'il fût, en ce point, conséquent avec ses principes et qu'il eût eucouru, par là, les châtiments terribles que l'Eglise réservait aux hérétiques, nous Talions apprendre de source sûre.
Le théologien Thomas de Strasbourg, de l'ordre de Saint Augustin, dans son commentaire aux Sentences de Pierre Lombard,
i. Pierre d'Abano, loc. cit.
LASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE
parle 1 de cas de mort apparente dont la durée est de trois jours ; parmi ceux qui(croient à la possibilité de semblables léthargies, il cite « un certain hérétique, nommé Pierre d'Abano, qui fut un médecin très habile ; il en prenait occasion de se moquer des miracles où l'on voit le Christ et les saints ressusciter les morts ; il disait, en effet, que les personnes ainsi ressuscitées n'étaient pas vraiment mortes, qu'elles étaient seulement atteintes de cette infirmité...
» Mais son iniquité ne lui a pas porté bonheur, à celui-là; il a reçu le prix de ses erreurs; car j'étais là (ego fui prœsens), lorsqu'on la ville de Padoue, ses ossements furent brûlés pour cette erreur-là et pour toutes ses autres erreurs. »
Pierre d'Abano était mort, en effet, en 1316, pendant que l'Inquisition instruisait son procès.
L'Astrologie conduit notre Médecin padouan à faire, au cours de son Conciliateur des di/f érences, diverses allusions à l'Astronomie. Une des plus intéressantes, parmi ces allusions, concerne le mouvement de la huitième sphère. Ce mouvement paraît avoir tout particulièrement préoccupé Pierre d'Abano ; « c'est pourquoi, ditil 2, j'ai composé sur ce sujet un traité spécial et construit un instrument de démonstration...
» J'ai trouvé qu'en notre temps, les têtes des constellations mobiles du Bélier, du Cancer, de la Balance et du Capricorne étaient séparées des points correspondants de l'écliptique immobile par une distance de 10°22'3, cela en l'an de grâce 1303 où moi, Pierre de Padoue, j'ai composé ce livre. »
De ce passage, Benan 4 et Bonzoni s ont conclu que 1303 était la date où le Conciliator differentiarum avait été rédigé. Il semble plutôt que cette date ait trait au livre spécial sur le mouvement de la huitième sphère dont Pierre d'Abano vient de faire mention. Que cette détermination du déplacement éprouvé par les constellations zodiacales se rapporte à une époque antérieure de quelques années à la rédaction du Conciliateur, cela paraît résulter de la suite du passage cité ci-dessus ; voici cette suite :
« C'est pourquoi les astronomes, jugeant aujourd'hui plus exac-
1. ThomjE ab Argentina, eremitarum divi Aug-ustini prioris g-eneralis, Commentaria in III libros Sententiarum. Genuae. Apud Antonium Orerium, MDLXXXV; lib. IV, distt. XXXVII et XXXVIII, quœst. I, art. IV, fol. 171, col. a.