L INTRODUCTION DES TARLES ALPHONSINES A PARIS. HENRI RATE DE MALINES
Guillaume de Saint-Gloud ne connaissait pas encore, en 1295, les tables astronomiques dressées par l'ordre d'Alphonse le Sage ; pour figurer le déplacement des points équinoxiaux, toutes les tables dont il faisait usage admettaient soit le mouvement de précession continu imaginé par Ptolémée, soit le mouvement d'accès et de recès considéré par T habit et par Al Zarkali ; les astronomes de Paris ne savaient pas encore qu'on eût tenté de composer entre eux ces deux mouvements et, par cette hypothèse complexe, de sauver plus exactement les apparences offertes par la sphère
i. Ms. ch., fol. i48, ro.
L ASTRONOMIE LATINE Al' MOYEN ACE
des étoiles fixes ; ils n'allaient pas tarder à l'apprendre, et Guillaume de Saint-Clo'ud ne devait pas être le dernier à le savoir.
Le manuscrit qui nous a conservé les traités de Jean de Sicile et de Guillaume de Saint-Gloud contient une pièce anonyme intitulée 1 : Expositio intentionis régis Alfonsi circa tabulas ejus. S'il ne nous est pas possible de désigner Fauteur de cette pièce, nous en pouvons, du moins, fixer la date ; au chapitre qui décrit le mouvement de la huitième sphère, nous lisons, en effet, ces mots 2 : « Sed modo, anno Christi 1300 perfecto, est.., » C'est donc en l'année 1301 que fut écrite cette Exposition de l'intention selon laquelle le roi Alphonse a composé ses tables.
Cette Exposition débute ainsi3 :
« Alphonse, roi de Castille, doué d'un génie florissant, fut un homme puissant en science; il surpassait tous les autres en sagesse; la sphère céleste tout entière, avec ses mouvements, se trouvait incluse dans l'imagination de ce prince qui ignorait l'erreur et ne connaissait que la vérité. Ceux qui ne savaient que balbutier au sujet des mouvements des planètes, il voulut les conduire dans une meilleure voie ; il voulut extirper les erreurs ; dans ce but, il réunit les astronomes les plus experts de toute langue et, avec eux, il composa des tables exactes et pratiques de tous les mouvements célestes que les astronomes avaient tous méconnus jusqu'alors. En outre, après avoir recueilli et comparé avec soin les imaginations diverses de ces savants et les observations des anciens, il en composa un autre ouvrage général où il garda tout ce qu'ils avaient dit de bon, après en avoir extirpé les erreurs ; à l'aide de cet ouvrage, on peut déterminer très exactement les lieux des planètes à toute époque donnée. Mais, hélas ! il ne s'est jamais trouvé, en notre* temps, de personnes pour composer sur cet ouvrage des canons à l'aide desquels nous puissions perpétuellement contrôler les lieux ainsi déterminés. Nous avons vu, il est vrai, parmi nous, un homme qui a étudié cet excellent ouvrage. Mais toutes les choses que cet ouvrage renferme demeurent comme cachées, car, déposées dans la seule intelligence de cet homme, elles ne profitent qu'à lui, comme s'il était seul à désirer les éloges ou les récompenses attachés à cet art. Pour nous, nous n'avons pas voulu qu'une telle science fût cachée aux gens studieux; nous avons tenté, dans la mesure de no~s forces,
i. Ms. cil., loi. i56, v", à fol. -58, v°. y., vis. cit., fol. r58, v°, 3. Mb. cit., fol. 156, v«.
"L'ASTRONOMIE PARISIENNE; — [.LES ASTRONOMES 2t
d'exposer, d'après le susdit ouvrage, l'intention qu'avait eue le roi Alphonse. »
Notre auteur dit donc assez clairement comment les astronomes d'Alphonse le Sage ont attribué à la sphère des étoiles fixes et aux auges des planètes un double mouvement, mouvement de précession, d'une part, mouvement d'accès et de recès, d'autre part. Il termine son opuscule par la déclaration suivante 1 :
« Concluons, s'il vous plaît, que ce qui a été fait par l'excellent seigneur Alphonse touchant la longueur de l'année, les mouvements diurnes des planètes, les mouvements des auges des planètes et des étoiles fixes, et le mouvement de la huitième sphère, a été fait d'une manière raisonnable, si toutefois nous sommes parvenus à mettre à découvert son intention. Nous prions le lecteur de corriger, s'il peut faire mieux, ce qui a besoin d'être corrigé ; s'il se rencontre en cet écrit, en effet, quelque chose de vicieux ou de peu conforme à la vérité, qu'on n'aille pas l'imposer à l'éminent astronome que fut Alphonse ; qu'on nous l'attribue plus justement, à nous qui avons pu mal comprendre ou expliquer inexactement son intention ; et que celui qui aura mieux connu cette intention complète ce que nous en avons dit. »
Notre auteur ne se montre pas entièrement assuré d'avoir deviné l'intention des auteurs des Tables Alphonsines, particulièrement en ce qu'ils ont dit du mouvement des étoiles fixes et des auges. Cette hésitation se comprend si l'on songe que les tables relatives à ce mouvement sont données sans aucune description qui puisse faire soupçonner quel était ce système. Il le faut retrouver par la seule discussion des nombres inscrits dans les tables. Notre auteur avait deviné juste; mais il était légitime qu'il craignit de s'être trompé.
Vers l'an 1300 donc, nous venons de l'entendre dire, un homme avait profondément étudié le système astronomique d'Alphonse le Sage, mais il gardait jalousement pour lui seul la science que cette étude lui avait acquise. Nous sera-t-il donné de soulever un coin du voile qui nous cache le nom de cet homme ? Ce nom ne serait-il pas celui de Guillaume de Saint-Cloud ?
Au temps où il rédigea son Almanach des planètes et son Calendrier de la Reine, Guillaume ne connaissait pas les Tables Alphonsines; qu'il les ait, quelques années plus tard, connues et étudiées, nous en avons l'assurance, et voici comment.
On trouve, parmi les œuvres imprimées de Nicolas de Cues, un