‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 16 sur 287 · I. LES ASTRONOMES · texte numérisé non relu

I. LES ASTRONOMES

distance entre l'auge de la planète au temps que vous considérez et l'auge ici inscrit Les stations de la Lune doivent être rapportées à la huitième sphère et non pas à la neuvième.

» Mais les latitudes de ces stations et l'arc de cercle intercepté entre le corps d'une étoile donnée et l'écliptique, qui est la latitude de cette étoile, sont des éléments éternellement invariables, car le mouvement d'accès et de recès doit être absolument nié, sauf le respect dû à ceux qui en admettent l'existence. Je ferai ici mouvoir la huitième sphère selon le mode que je tiens pour vrai, désavouant Thébit et tous les autres astronomes qui admettent le mouvement d'accès et de recès.

» Les moyens mouvements admis dans les Tables d'Alphonse sont tous trop faibles; par contre, certaines tables d'équations, telles que celles du Soleil, de Jupiter et de Vénus, donnent des nombres trop forts.

» Je" déclare, toutefois, que les conjonctions des luminaires [du Soleil et de la Lune] approchent assez de la vérité, car ce qui se trouve en excès pour l'un, savoir pour le Soleil, est en défaut pour l'autre, savoir pour la Lune, et ce dernier défaut compense l'excès relatif à l'autre astre. C'est là ce qui a conduit beaucoup de grands et fameux philosophes à donner créance à ces tables. Du moyen mouvement de la Lune, on doit retrancher 0 h. 40 min. qui correspondent à 0°22'. Du moyen mouvement de Saturne, nous retranchons 1°15'; au moyen mouvement de Jupiter, nous ajoutons 1°; du moyen mouvement de Mars, nous retranchons 3°; au mouvement de la huitième sphère, nous ajoutons 1°. »

Que ce passage soit bien de Guillaume de Saint-Cloud, les dernières lignes ne nous permettent guère d'en douter, car elles reproduisent et maintiennent les corrections proposées par YAlmanach des planètes. Il nous montre donc que le sens critique de notre astronome ne l'avait pas seulement mis en méfiance contre l'exactitude des Tables Alphonsines: ce sens critique l'avait mené beaucoup plus loin, jusqu'au' rejet absolu du mouvement d'accès et de recès attribué à la sphère des étoiles fixes par Thâbit et par Al Zarkali aussi bien que par les astronomes d'Alphonse.

Nous voyons, en outre, que le plus savant astronome de Paris, le plus curieux de tables astronomiques, n'a connu les Tabulas Alphonsii qu'après 1296; retard étrange si cette version latine avait suivi de près l'original castillan, publié en 1252. Nous trouvons là une sérieuse raison de penser que l'édition latine, dont

1. Ici s'intercale un calcul fait pour les années 1424 et 1426.

L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE

la doctrine au sujet du mouvement des étoiles fixes diffère si profondément de celle qu'adoptait la rédaction castillane, est, de beaucoup, postérieure cà cette rédaction.

Après avoir cité deux pages empruntées à Guillaume de Saint- Cloud, la Correctio tabularum Alfomii insérée dans les œuvres de Nicolas de Gues reproduit 1 une courte note qui est, dit-elle, d'Henri Bate de Malines, et qui termine le Tractât us super defectibus tabularum 'Alfomii de cet auteur Dans cette note, Henri Bate compare les déterminations de solstice d'été qui se peuvent tirer des Tables Alphonsines à celles que l'observation avait fournies avant Ptolémée et à celle qu'elle avait donnée à Ptolémée lui-même ; au sujet de cette dernière, il s'exprime en ces termes : « Selon les équations d'Alphonse, l'erreur serait plus grande ; la différence relative au temps serait d'un jour et un tiers ; assurément, un tel défaut dans des tables est trop considérable. Au sujet de l'observation du Soleil faite par Albatégni, on ne trouve pas d'erreur notable; en effet, comme je l'ai dit, les calculateurs qui ont construit ces tables se sont servi de cette observation même pour déterminer le parcours du Soleil. Une foule de remarques précédemment faites ou qui suivront concernent les défauts dont sont affectés les calculs et les tables. »

Sauf quelques lignes sauvées par les éditeurs des œuvres de Nicolas de Gues, le Tractatus super defectibus tabularum Alfomii nous est, aujourd'hui, inconnu. De l'auteur, au contraire, qui fut contemporain de Guillaume de Saint-Gloud, nous connaissons plusieurs œuvres, et aussi diverses particularités biographiques qu'ont notées Emile Littré 2 et M. De Wulf3.

Astronome, Henri Bate était aussi astrologue ; les deux professions allaient souvent de pair, à la fin du xmc siècle et au commencement du xive siècle, pour ceux qui s'adonnaient à la Science des astres. Parmi les écrits d'Astrologie composés par Henri Bate, il en est un qui a pour titre : Nativitas magistri Henrici Mechliniemis ; l'auteur y tire son propre horoscope et, pour en démontrer l'exactitude, cite diverses particularités de sa vie ; il nous apprend ainsi qu'il est né à Malines en 1244*.

Dans un autre ouvrage, notre auteur « commente 5 son propre

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