JEAN DE MURS
Construire des instruments, les appliquer à des observations précises, discuter l'exactitude des tables existantes, en dresser de nouvelles, combiner des canons qui en règlent l'emploi, telles sont proprement les besognes de l'astronome. Nous avons vu Guillaume de Saint-Gloud s'adonner à ces diverses œuvres et exceller en quelques-unes d'entre elles. D'autres, après lui, vont, à l'Université de Paris, garder la tradition qu'il a inaugurée.
La collection manuscrite où nous avons déjà lue diverses pièces de Jean de Sicile et de Guillaume de Saint-Gloud nous présente un autre opuscule 1 qui commence en ces termes :
« Il est des questions dont la connaissance tout entière est contenue dans une expérience faite une fois pour toutes et qui, d'ailleurs, ne se reproduira jamais de la même manière ; en ces matières, nous ne pouvons nous lier au témoignage des auteurs de l'expérience, si ce n'est d'après ce qui se trouve écrit dans leurs ouvrages ; c'est là que les observations des faits reposent d'une manière immuable, comme au sein du trésor de la Sagesse. »
De ce trésor constitué par les observations des astronomes qui l'ont précédé, l'auteur tire une pièce qu'il décrit avec soin; et c'est la détermination de l'obliquité de l'écliptique et de l'époque de l'équinoxe de printemps faite, en 1290, par Guillaume .de Saint- Gloud.
Cette observation aune importance capitale; elle permet de soumettre à un contrôle précis des tables telles que les Tables
j. Bibliothèque Nationale* fonds latin, ms. n° 7281, fol. i58, v°, à fol. 160, r°.
* L* ASTRONOMIE l»AlUSli:\\I-. — t. LES A8THONOMKS
Alphonsines et de juger du degré d'exactitude qu'elles atteignent. Désireux donc d'apprécier par lui-même cette exactitude, l'auteur s'est proposé de réitérer, au moins en partie, le travail de Guillaume de Saint-Cloud et de reprendre la détermination de l'époque de l'équinoxe de printemps. « C'est pourquoi moi 1, Jean de Murs [Johannes de Mûris), temporairement domicilié à Evreux, étudiant à la Faculté des Arts, originaire de Normandie et du diocèse de Lisieux, faisant alors des observations sur les mouvements des planètes, j'ai voulu déterminer, en l'an 1318 du Seigneur, l'entrée du Soleil dans le signe du Bélier. »
En marquant avec cette exactitude qu'il était né en Normandie, au diocèse de Lisieux, Jean de Murs prévoyait-il qu'on voudrait un jour faire de lui un enfant de la Savoie 2 ?
Voici comment notre astronome normand s'y est pris pour effectuer la détermination qu'il souhaitait d'obtenir :
« Je me suis servi, dit-il 3, d'un instrument congru à cet objet; cet instrument, que l'on nomme kardaya, comptait quinze pieds en son rayon et portait, divisée (arcuata), la sixième partie du quadrant. Cet instrument, je l'ai dressé suivant la ligne méridienne, sur une pierre immobile, aussi verticalement qu'il fut possible; en l'année 1318 du seigneur, commencée en janvier et encore courante, le treizième jour de Mars, l'ombre du Soleil marquant [sur le cadran] un rayon qui portait sensiblement sur la lettre B, j'ai ainsi trouvé 41°26'40" pour hauteur méridienne du Soleil en ladite cité d'Evreux, qui se trouve à quelque distance de Paris, vers l'Occident; de cette hauteur, j'ai retranché la hauteur méridienne de l'équateur qui, en cette ville, est 4t°10' comme à Paris, et j'ai trouvé qu'il restait 16'40f/; c'est l'excès de cette hauteur méridienne sur la hauteur du point équinoxial ; à midi, donc, le Soleil avait déjà dépassé le commencement du Bélier; et l'entrée du Soleil dans le Bélier avait devancé de 7 h. 20 min. l'heure de notre observation ; elle s'était produite durant la journée du 12 mars, à 16 h. 40 min. Pour affirmer et établir ce fait, et pour donner crédit à mon observation, j'invoquedeux témoins solennels, savoir le roi Alphonse et maître Guillaume de Saint-Cloud... En effet, de ces deux hommes solennels, qui ont procédé en Astronomie avec plus de subtilité que tous les autres, les enseignements concordent avec mon observation ; en raison de cette concordance, il faut