S. Munk, Op. laud., pp. 400
3. Averrois Cordubensis In libros Aristotelis de anima commentarii ; lib. III, summa I, cap. I, comm. 5.
4. Léon Gauthier, Ibn Thofaïl, sa vie, ses œuvres, p. 4 et pp. 85-87.
LA CRUE DE l'aRISTOTÉLISME
il ne semble pas, cependant, qu'il soit arrivé à se convaincre de la doctrine formellement affirmée par son prédécesseur ; dans son roman philosophique, Hayy ben Yaqdhân, composé 1 entre l'année 1169 et Tannée 1185, qui fut celle de sa mort, il enseigne2 que les essences séparées ne peuvent être dites ni une ni plusieurs ; elles échappent aux catégories de la pensée logique et discursive, en particulier à la catégorie du nombre. Ibn Tofaïl gourmande «. ces chauves-souris dont le soleil blesse les yeux » et qui prétendent transporter au Monde intellectuel des modes de raisonnement inadmissibles hors du Monde des corps. C'est par l'extase seule que son solitaire prend connaissance du premier de ces Mondes; « mais lorsqu'il revient à lui3, il se retrouve dans le Monde sensible et perd de vue le Monde divin ; car, ajoute l'auteur, ce bas-Monde et le Monde supérieur sont comme deux épouses d'un même mari ; celui-ci ne peut plaire à l'une sans irriter l'autre. »
Le dédaigneux scepticisme d'Ibn Tofaïl ne put détourner son disciple Averroès d'aborder, à son tour, le problème auquel s'étaient attaqués Alexandre, Thémistius et Ibn Bâdja, et d'en proposer une nouvelle solution. Mais avant d'analyser cette solution, il nous faut arrêter à l'étude d'une autre œuvre d'Ibn Rochd, du Sermo de substantiel or bis.
L'ŒUVRE d' AVERROÈS. LA MATIÈRE PREMIÈRE