‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 9 sur 287 · LES ASTRONOMES · texte numérisé non relu

LES ASTRONOMES

caractère personnel des habitants résultât de l'altération introduite dans la complexion de l'air.

» Saint x\ugustin rapporte encore, au XXL livre De civitate Dei, qu'en un certain temple, se trouvait un candélabre, fabriqué par l'art des hommes, et sur ce candélabre se trouvait une lumière placée aux pieds du dieu ; cette lumière était si ardente que ni pluie ni tempête ne la pouvait éteindre ; cette artificieuse invention n'était guère utile, il est vrai; mais elle paraissait admirable à ce point que les peuples se ruaient en foule vers ce temple, désireux de voir ce prodige.

» La lecture nous apprend que ces inventions-Là et beaucoup d'autres ont été faites dans l'Antiquité ; ce n'est point par magie qu'elles ont été accomplies, comme l'imaginent et le prétendent mensongèrement certains qui ne connaissent ni les secrets de la nature ni les artifices de l'industrie ; elles étaient uniquement produites par la puissance de la nature que secondait le secours de Lart. L'art, en effet, comme le dit le Philosophe, accomplit certaines œuvres dont la nature n'est pas capable, tandis qu'en d'autres œuvres, il imite la nature autant qu'il est en son pouvoir. »

Dans ce passage, nous n'avons rien relevé qui fût textuellement emprunté à Roger Bacon ; mais ce sont pensées toutes semblables à celles de Bacon qui inspirent cet éloge de la Science et de son utilité ; les exemples naïvement légendaires que Guillaume de Saint-Cloud invoque en faveur de sa thèse sont ceux-là mêmes que l'illustre Franciscain aimait à citer pour soutenir des opinions analogues. On les rencontre tous, et presque sous la même forme, dans YEpistola fratris Rogeri Baconis : De secretis operibus artis et naturœ et nullitate magiœ. On jurerait que l'Astronome de Saint- Gloud avait cette lettre sous les yeux lorsqu'il rédigeait le préambule du Calendrier de la Reine. Ne semble-t-il pas que le titre même de cette lettre se lise, comme au travers d'une transparente allusion, dans cette phrase : « Hœc igitur etplura alla antiquis facta leguntur temporibus, non quidem arte magica, prout aliqui mentiuntur et fînguntur, qui secretorum naturalium et artificialis industriœ ignari sunt, sed fiebant solummodo vi naturœ, artis auxilio suffragante ? » Et cette phrase elle-même, ne dit-elle pas exactement ce que dit celle-ci, qui est de Bacon 1 : « Et sic midta sécréta naturœ et artis œstimantur ab indoctis magica ? »

i. Epistola fratris Rogerii Baconis de secretis operibus artis et naturœ et <lc, nullitate magiœ , cap. II (Fr. Rogerl Bacon Opéra quœdam hactenus inedita; éd. Brcwcr, London, i85q; p. 525).

l'aSTROxNOJHE LATIiNE AtJ MOYEN AGE

La lecture du Calendrier de la Reine vient donc renforcer l'impression que nous avions reçue en étudiant les traités de Bernard de Verdun et de Jean de Sicile ; elle nous persuade que le développement pris par l'Astronomie, dans l'Université de Paris, à la fin du xuie siècle a été fortement promu par l'œuvre de Bacon.

Cette opinion étonnerait sans doute ceux qui pensent que le secret imposé à Roger Bacon ensevelissait ses livres dans un profond oubli. Mais il n'en était pas ainsi. A la fin du xme siècle, on lisait et on citait ouvertement les traités du savant Frère mineur î nous en pouvons donner deux preuves manifestes.

Vers 1300, le légiste « Pierre Du Bois 1 cite un de ces opuscules ou petits cahiers dont la réunion a formé YOpus majus. »

Un certain dominicain, du nom de Frère Thomas, chapelain de Robert, fils de Charles II d'Anjou, roi de Naples, a composé un traité intitulé : De essentiis essentiarum 2. Les manuscrits, et même les éditions imprimées, ont parfois attribué cet opuscule à Saint Thomas d'Aquin ; la méprise était grossière ; l'écrit de Frère Thomas, en effet, débute par cette dédicace :

« Magnifico Principi ac Illustrissimo Domino suo Roberto primogenito Régis Hiernsalem et Siciliœ, Dei gratia Duci Calabriœ ac in Regno Siciliœ Vicario generali, /rater Thomas de ordine Prœdicatorum, ejus capellanus, ejusque factura, reverentiam omni humilis devotionis obsequio. »

Quétif et Echard ont analysé 3 les termes de cette dédicace ; ils ont montré qu'elle ne pouvait avoir été écrite avant l'an 1296, qu'elle était donc postérieure de beaucoup à la mort de Saint Thomas d'Aquin.

N'eût-on pas cet argument chronologique indiscutable, qu'on n'en serait pas moins fort mal inspiré d'attribuer au Docteur Angélique cet ouvrage d'un auteur dont la crédulité passe l'imagination ; n'affirme-t-il pas « avoir vu un livre d'Alchimie editus par cet Abel qui fut victime de Caïn ! »

Notre trop naïf Frère Thomas est un admirateur enthousiaste de Roger Bacon ; il le nomme 4 : « Rogerius Bacon, vir utique sapientissimus in scientiis atque promptissimus. » Il cite, de ce maître admiré, divers traités, le Liber de in/luentiis % le Liber de

1 . Ernest Renan, Notice sur Pierre Du Bois, légiste (Histoire littéraire de la France, t. XXVI; p. 473).

2. Bibliothèque Nationale, fonds latin, nouv. acq., n° 1715 ; fol. 159, r<>, à fol. i94, r°.

3. Quétif et Echard, Scripiores ordinis Prœdicatorum, 1. 1, p. 344> col. b, et p. 345, col. a (Art. : S. Thomas ab Aquino),

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