‹ La table hypothécaire de VeleiaChapitre 33 sur 84 · Voir la carte jointe au volume · texte numérisé non relu

Voir la carte jointe au volume

PJ\G

A]Afl

nécessaire d'en démontrer dès maintenant, en grand détail, la valeur.

Ce croquis imparfait d'une carte tout idéale suffit pourtant à démontrer la cohérence de tous les pagi entre eux dans le cadre de la cité. S'ils ne sont pas tous représentés ici, s'il peut en manquer un ou deux (aux limites, vers le nord-ouest), du moins, de la Trébie à l'Arda, de la plaine aux sommets, tous ces territoires s'associent assez bien pour qu'il soit inutile d'en présumer d'autres.

Ils s'ordonnent surtout par régions. Les uns sont au cœur même des cités de Plaisance et de Parme, loin du voisinao-e de Veleia. Ce sont des pagi de la plaine. Aux confins de Veleia, les pagi frontières de Plaisance, Vercellensis, Sinnensis, Herculanius, ont leurs champs sur les premières pentes. Avec Amhitrehius, Medutius, Floreius, Junonius, Salvius et Valerius, on entre déjà dans la montagne. Plus haut encore, c'est Bagiennus, Domitius, Velleius, Dianius et Salntaris. Enfin, aux limites d'Albensis et de Statiellus, on touche aux crêtes.

De la nature des propriétés suivant les « pagi )) et suivant leur situation dans les « pagi ».

Or, si l'on parcourt les listes de biens dressées pour chaque pagus, on remarque que la propriété des fundi règne de manière exclusive dans la plaine et qu'au contraire les terres de montao-ne sont plus propres à la propriété des saltus. Dans les pagi de colline, de basse et de moyenne montagne, celle-ci se développe graduellement. De même, les fonds de nom romain ou latinisé sont dans la plaine sans voisins de nom étranger. En montagne, à mesure qu'on gravit les pentes, l'onomastique des terres est de plus en plus celle de civilisations antérieures. Enfin, s'il y a en plaine et en colline de grands propriétaires et quelques fonds importants d'un seul tenant, la montagne est mieux partagée en biens de grande valeur. La plaine et la colline, c'est par excellence le pays des fonds romains de faible ou de moyenne importance ; la montagne, c'est, en outre, le pays des saltus, des vastes terres où la colonisation romaine n'a pas chassé le souvenir de plus anciennes.

Pourtant, il y a trop d'exceptions à ces règles pour (ju'elles puissent valoir, si les exceptions mêmes ne les confirment pas.

32 LA TABLE HYPOTHECAIRE DE VELElA.

Pour prendre deux exemples parmi les plus frappants, \e pagus A/nbitrebiiis, qui est encore du bas pays, a des saltus, des terres de nom préromain, de grands fonds; Albensis, limitrophe de Lucques, est à la fois riche en grands saltus et en petits fonds; sa toponomastique est à la fois étrangère et latine. On ne peut expliquer ces anomalies apparentes que si, de l'étude de la disposition des pcigi en la cité, on passe à celle de la répartition de la propriété en chaque y?«^«5.

I. STATIELLUS. — Les fonds déclarés nommément dans le seul pagus Statiellus sont assez peu nombreux. Leur valeur ne dépasse guère 450,000 sesterces (478,363). Mais quelques-uns ne sont pas engagés entièrement. S'ils l'étaient, ils vaudraient déjà 700,000 sesterces (731,763) au moins^. Si l'on songe enfin qu'une partie du vaste saltus Bitinia qui s'étend à ses limites lui revient, et si l'on partage le prix total de ce saltus entre les trois pagi dont il tient la frontière-, on connaît du pagus Statiellus un territoire qu'on peut estimer à plus de 1,000,000 de sesterces. Ce n'est pas là sans doute toute la propriété. Mais en ce haut pays où le sol est peu cher, l'étendue de terrain que représente 1,000,000 de sesterces est fort grande.

Il n'y a donc pas à s'étonner qu'on puisse ordonner tous ces biens en régions. Le saltus Bitinia, propriété commune des Lucquois, des Annii et de Coelius Verus, se continue en Statiellus par toute une série de fonds qui relèvent encore des mêmes maîtres, sans qu'aucune autre possession vienne interrompre la continuité de leurs biens ^. Ce sont des terres qui gardent encore en leur nom le souvenir des saltus qui les couvraient d'abord.

1. On doit se contenter, dans les calculs, des approximations les moins fortes. Par exemple (obi. 47), le f^indus Valeriamis Tovianae Adrusiacus Lucilimms l/2et le fundus Nojiincvs 1/4 sont déclarés 60,000 sesterces. Or, le bien vaut en tout au moins deux fois 60,000 sesterces, puisqu'il n'en est engagé qu'une partie moindre dans l'ensemble que la moitié. On doit pourtant, dans l'évaluation de ce prix d'ensemble, se contenter de calculer le bien au double. Quand plusieurs biens engagés tous en partie sont déclarés en même temps , on calculera leur valeur totale en multipliant la valeur déclarée par le chiffre de la fraction la plus forte des biens engagés. Mais il est évident qu'on n'obtient ainsi que la valeur minima de toutes ces terres.

2. Le saltus Bitinia et ses dépendances vaut au 1/3 350,000 sesterces (3, 35, et 3, 77; 6, 60). On peut supposer que la valeur des terres du saltus qui appartiennent à Statiellus est de 350,000 sesterces.

3. Annia Vera, voisine des Annii et de Coelius Verus, doit être en etfel considérée comme une parente des Annii.

LES « PAGI » ET LA PhOPRlÉXÉ. 33

Près d'elles, des terres communes s'étendent'. Il faut admettre qu'à côté des fermes coloniales et des cultures qui les parsèment, ils doivent offrir de vastes étendues propres au pacage^.

Vers Dianiiis, où les Valerii possèdent des biens, quelques fonds leur appartiennent, dont les noms indiquent assez le récent défrichement. Enfin, du côté de Salutoi'is, la famille de L. Veturius Severus dispose du fundus Caudiacae. Il apparaît que, dans la direction de ces àewx pagi, les engagements ne sont pas aussi importants que vers Albensis, et l'on ne saurait se représenter aussi bien la colonisation du sol. Pourtant toutes ces terres ne sont pas très éloignées l'une de l'autre. Les biens des colons lucquois sont au voisinage de presque toutes. Les Annii sont localisés en une région. Mais Coelius Verus a des biens plus étendus. Il est le voisin de L. Veturius Severus ^ et il possède un fundus Valerianus qui dut appartenir d'abord aux Valerii^. Enfin, les Veturii sont eux-mêmes propriétaires d'un fonds attenant à un autre fundus Valerianus'. Ainsi, sans connaître, dans le pagus, l'ensemble des possessions qu'il enferme, on a du moins quelque idée de leur relation.

Or, si l'on situe aux frontières à' Albensis les terres des Lucquois et des Annii qui font cortège au saltus Bitinia, si l'on place vers les limites de Dianius et de Sali/taris les biens déclarés par les Valerii et L. Veturius Severus, on s'aperçoit que les saltus et fonds de nom préromain se logent aux extrémités du pa^us Statiellus. Au contraire, il semble que les noms de lieux romains doivent se grouper dans la partie centrale. Aux limites ce sont : d'un côté, les saltus Bitinia, Albitemius, Betulianns, les fundi Undigenis, Librelins, Toviani; de l'autre, les fundi Ibitta, Crussiliacus, Varpri, Sumnietis, Caudiacae. Vers l'intérieur, c'est l'ensemble des fonds associés au fundus Toviani : les fundi Valiniani, Acidianus, Valerianus, Adrusiacus, Luci/ianus, Noniacus. Tous

Page 1