‹ La table rondeChapitre 18 sur 25 · CHANT VIII · texte numérisé non relu

CHANT VIII

Page 149.

Ce 'chant n'ayant pas de prologue, j'en ai mis un , et le voici :

O mes amis que je ne connais pas, Qui sans jamais vous trouver sur mes pas, Voyant mes vers, rencontrant mes ouvrages, N'avez causé jamais qu'avec mes pages, Vous qui mettez à mes chants quelque prix , Vous qui m'aimez, combien je vous chéris! Que d'indulgence! Et comme votre estime Charme mon cœur en sa grâce anonyme !

Et vous, combien je vous aime encor plus , Vous gens d'esprit, de goût par excellence, Qui (s'il en est) quand , de la vie exclus, J'aurai fléchi sous l'éternel silence, ^

Ferez du moins de mes vers des élus, Et voudrez bien m'aimer en mon absence !

Alors, alors, bravant les envieux,

On devient jeune à force d'être vieux.

Le Temps en vain signala son ravage ;

Nargue le Temps ! Qui n'est plus , n'a plus d'âge ;

Ou le poète, insensible aux hivers,

Tout justement a l'âge de ses vers.

Et c'est ainsi qu'en sa gaîté nouvelle

L'antique Ovide au récent univers

Fait admirer sa jeunesse éternelle.

Ah! rapprochant le passé, l'avenir,

Si l'on pouvait quelquefois réunir

Ces amitiés par les ans séparées!...

Du moins ici, prouvant mes sentimens ,

Je prends l'avance en mes remercîmèns.

O vous sur-tout, femmes idolâtrées

Que par malheur je n'ai pas rencontrées,

Si vous m'aimez , si quelqu'une de vous ,

Bien après moi, m accordant un sourire,

Trouve en mes vers un parfum frais et doux ,

( Moins que celui qui naît dans votre empire ,)

Merci d'oser le penser et le dire.

En ce moment que j'aime à présager.

Si, près de vous, résonne un bruit léger

Dont à bon droit votre ame est étonnée ,

N'ayez pas peur, non; mais ne doutez pas

Que votre ami vous rend grâce tout bas

Et que sur vous son ombre est inclinée.

Pages 1 54 -, 1 5 5 , 1 56.

De Lancelot refusant le châtel,

De Galléhault elle emprunte la terre.

Elle s'y rend, sans toutefois pouvoir

A Lancelot refuser de la voir.

Il y vint peu d'abord , puis davantage.

Bien qu'elle l'aime, elle demeure sage.

Tout ce qui suit dans ces trois pages, est refait en grande partie, pour se rapprocher davantage de la singulière naïveté des vieilles histoires.

La respectant, Lancelot dans son cœur

Timidement renfermait son hommage.

Qui le croirait? Lancelot avait peur.

Il avait peur dans sa délicatesse :

Par la croisée il entrait autrefois.

Mais en ce temps il avait moins de droits :

Il n'avait pas délivré sa maîtresse.

Or, par malheur, le maître du logis Depuis long-temps aimait la jeune Adèle; Et par malheur encor, mes chers amis, Il était» bien et trop bien avec elle. Sans cesse assise auprès de Lancelot, D'un air rêveur Genièvre les contemple.

A ces amants Adèle el Galléhault

Donnaient un doux et dangereux exemple.

Puis Galléhault, protégeant son ami,

Et contre Artus outré plus qu à demi ,

Disait toujours à Genièvre la belle

Qu'il s'étonnait que, digne de courroux,

Cn prince injuste, un infidèle époux

Vainquît encor l'amant le plus fidèle.

Ce procédé ne pouvait s'excuser.

11 vint un jour, et, d'un ton assez rude

fia reprenant de son ingratitude,

Pardieu, dit-il, on peut vous accuser.

Quand Lancelot, qui vous sauva, vous aime,

.l'en suis garant, beaucoup plus que lui-même,

Quoi ! pouvez-vous encor le refuser !

Si vous voulez, ô beauté sans seconde,

Vous le rendrez le plus riche du monde,

Et vous allez lui donner un baiser.

Vous le voulez : je le veux bien, dit-elle.

Alors, devant Galléhaut qui l'appelle,

L'amant, qui vient tout des plus interdits,

Sent que son cœur de plaisir l'abandonne.

Baiser charmant ! il en prit un jadis ;

Mais rien ne vaut celui-là qu on nous donne.

L'instant fut court de ce bonheur si cher,

Et ce baiser passa comme l'éclair.

Et cependant Genièvre, en sa prudence,

Voulut borner là sa reconnaissance.

Mais Galléhault, ses discours, son bonheur,

Frappaient Genièvre et restaient dans son cœur;

Et c'est ainsi qu'en tombant goutte à goutte

Dans le rocher l'eau se fraie une route.

Mais , refusant de s'en apercevoir,

lia reine encore est fidèle au devoir.

Un demi-siècle, excellente personne

Qu'on appelait madame Quintagnone,

A cette cour digne dame d'honneur ,

Etait aussi propice à leur ardeur.

Autre Brangien , bien que moins agréable,

Du temps passé toujours se souvenant,

A Lancelot elle était favorable

En étant là , parfois en s' éloignant.

Mais tout est vain; et Genièvre cruelle,

A Lancelot, à Genièvre est rebelle.

Elle s'obstine à respecter d'Artus

Les nœuds sacrés qu'il ne respecte plus.

Un soir pourtant que dans ces jours antiques Du temps jadis ils lisaient les chroniques, Ils y trouvaient mainte histoire d'amours. On a beau faire, on en trouve toujours; Et je crains bien que leur race féconde Ne dure autant que durera le monde.

Genièvre avait à penser en lisant.

Elle voyait des beautés intraitables Sacrifier leur scrupule impuissant A des amis moins braves, moins aimables

Que celui-là qui lecoute à présent.

Le bel amant, incliné sur la reine,

Suivait ses yeux, respirait son haleine;

Et justement le trouvère fatal ,

Homme de bien , mais pas assez moral ,

Dans ses tableaux aimant trop à s'étendre,

Contait, peignait le moment le plus tendre.

Un jeune amant, plein d'amour et d'honneur,

En tête-à-tête implorait le bonheur,

Et, dune amie évoquant le délire,

Il surprenait d'un baiser son sourire.

A ce récit du conteur ancien ,

Genièvre lit, mais ne lit plus si bien.

Ils étaient seuls. Leurs bouches altérées

Étaient bien près et se sont rencontrées.

En ce moment qu'ils n'ont prévu jamais,

Il se répand sur leurs yeux un nuage ,

Le livre tombe , et ces amans distraits

Ne lurent pas, ce jour-là, davantage.

De siècle en siècle , et d'amans en amans. Vivent ainsi les tendres sentimens.

De Lancelot si la charmante amie Sentit enfin sa rigueur endormie; Après des jours de si triste couleur.

Si tous les deux, en un penser meilleur, Surent tirer parti de leurs lectures, Peut-être encor, dans les races futures,

O Lancelot, ô Genièvre, à leur tour D'autres amans céderont à l'amour Ln relisant vos vieilles aventures.

Page 187.

A ce choc effrayant La fée ajoute un tremblement de terre.

Lancelot, sûr de son épée au moins, A s'en servir met si bien tous ses soins Que cinq géans, sur la terre mouvante, Sont abattus par sa main triomphante.

Lisez :

A ce choc effrayant La fée ajoute, apparemment pour plaire, Une tempête, un tremblement de terre Ut le tonnerre en accompagnement.

On croirait presque ouïr les symphonies Qu'en nos concerts, avec tant d'agrément, De la musique évoquent les génies, Compositeurs qui braveront le temps , Tous immortels, au moins pour quarante ans. Dans ce chaos de bruit et de prodiges, Tout autre aurait essuyé des vertiges; Mais Lancelot jamais ne craignit rien.

Sûr de son glaive, il s'en sert, et si bien Que cinq géans par sa valeur succombent, Et sur le sol, qui chancelait, ils tombent.

Page 221.

Ce roi perfide a sa vengeance au moins. Je plains beaucoup les gens quelle console.

Ajoutez cet alinéa :

Tous ces bossus sont médians et félons. Leurs vilains corps peignent très bien leurs âmes. Il est heureux que les jolis garçons Soient vertueux toujours, disent les dames.

Toutes pouvaient, et vont, j'en suis certain. S'inquiéter du vertueux Gauvain.

Car ce héros, égaré dans l'espace, De Phaéton encourait la disgrâce.

Page 2.34.

Ne tente aucun effort , Répond Merlin : tous seraient inutiles.

Crois que, pour rompre un tel enchantement, Même d'un dieu les bras seraient débiles.

Après ceci, lisez :

Par tout mon ait j'avais fait le serment De m 'affranchir de cette tyrannie.

Mais contre moi je lutte vainement;

Je suis vaincu par mon propre génie.

Sans nul espoir , sans nul soulagement ,

A tout jamais j'habite ces demeures, etc., etc.

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