NOTICE
Les auteurs do la petite folie que te ihéAtrc des Variétés vient «le représenter fort gaiement, et que le public a bien voulu accueillir avec indulgence, griccu l'entrain et à la vene de» excellent* artistes qui l'ont interprétée, n'ont pas eu la prétention de trancher la question très-grave pour les uns, très-facile pour les autres, des labiés tournantes Que des chapeaux et des meubles de toute sorte tournent, dansent, galopent et se livrent a des conversation* plus ou moins intelligente» et animées, ce n’es» pas nous qui avons résolu d’ctpliqurr ie mystère, Mous mettons les pièces du procès sous les yeux du public, voila tout. C'est d'abord la lettre très-curiruse du doe leur Andrée, de Brème, qui le premier a rérélé ce phénomène et qui a contribué à mettre A l'envers toutes les têtes, non-seulement de l’Allemagne, de l'Angleterre et de la France, mais encore du inonde entier. Qu’on fasse comme nous et qu on lise les insirur lions du docteur Andrée, elles sont piquantes.
C’est ensuite la question introduite à l'Académie des sciences sous le beau titre d'influence de r action vitale et de la volonté sur la matière inerte. Comme les honorables savants qui ont pris part a la discussion ont fait comme nous et que prudemment ils ne concluent pas, nous nous bornons a emprunter au savant M. Chevreul le récit de quelques expériences négatives qui vieil- Dent quelque peu contrarier la fuule des admirateurs passionnés; c’est comme toujours : Hippocrate dU oui et Galien dit non. Attendons en silence que la docte académie ail pris une décision solennelle, laîssons-la se prononcer sur le faillies ' influences magnétiques, électriques ou psycologiques Assistons avec te plus de bonne fui possible aux expériences de tous les expérimentateur* improvisés par la préoccupation du motneiK, cl contentons-nous, en attendant que lumière se fasse, de rire un peu d'une élude qui a son côté plaisant et rid cule et d'amuser le piihlic aux dépens d’un problème qui, s'il existe, u'a pas rncorc été dans tous les Cas officiellement cotijla.é et proclamé.
On écrit ik Brème, 90 mv«, i la Gas-ttr ttAnÿtKvmrg.
Depuis huit jour» environ notre bonne ville est dans une agitation diffl île à dé Tire. Elfe est complètement absorbée par une merveille a la que le nul ne songeait avant l’arrivée du vapeur de New-York le Washington. On s’inquiète beaucoup moins du prix du tabac, ou du succès de la machin*' Ericson, que du •table mowing. » de la taUe qui danse. Il n'y a pas une maison chez nous où l'un ne s’occupe de cette promenade fantastique.
Il ne s'agit pas ici d'un canard en style américain, d'une vuuterie du quelque darneyankee de Londres. Un mystérieux problème est posé à la science ; c’est à elle a -le résoudre. Klle aura à expliquer comment le fluidequi émane de h rmi» de l'homme, opère assez sur le bois d'une table pour la mcilre eu inouï émeut, sans que les objets environnants s’en ressentent. Il s’agii d'une expérience que tout le monde peut contrôler, de l’emploi d une force a laquelle nul jusqu’ici u’a songé. La chose est d’une cilréine simplicité. Vous connaissez depuis dix années la bonne foi de votre correspondant J'ai été par hasard rnis à même de constater l'aulliencilé du phénomène, et je vais vous le raconter sans phrases inutiles. Ce sera au lecteur A jug*r.
Un négociant établi à New-York, originaire de Brème, reçut il y a quelques mois d'une de se» sœurs une lettre contenant une foule de plaisanteries ironiques sur la gymnastique des esprits, et autres merveilles qui avaient cours aux Kials Unis. Le frère pensa naturellement qu’il ne fallait pas se moquer à la légère d’assertions sérieuses, et contésti-r sans preuves l'authenticité de la danse des tables. La sœur, à la réception de cette lettre, organisa immédiatement des expériences;
elles furent faites dans un grand nombre de ramilles, et réussirent du premier coup. Les amis réuni» partout, furent témoins du prodige, et répétèrent chez eux les essais qui tous réussirent à un égal degré.
Au bout de quelques jours, des centaines de perswnnrs de toutes les rlasies avaient fait marcher des tables : savants et ignorants, négociants et ouvriers, enfants et femme», tous étaient également convaincus.
Le jour de Piques, un homme très-sérieux raconta à votre correspondant eo qu'il avait vu et éprouvé. Le nouveau phénomène fut importé d’Amérique, et quelque importance que j'attaebe aux balles de coton. jSTtüv que je n ai guère de foi dans le spiritualisme de nos bons amis et frères de par delà F Atlantique. Du reste, dans l’occurrence, le doute était bien permis. Mais de tous côté* on apprend que les eipérirm es ont réussi. Dés le jour de Piques, on en avait fait par douzaines. Cela ne signifiait encore rien ; car enfin l'imagination opère souvent d’étranges phénomènes.
Mais il arriva par hasard, que le second jour de Pâques, dans une réunion du soir, i laquelle assistaient environ trente personnes, je rencontrai plusieurs amis de la famllleuu négo- tant de New- York dont j’ai parlé. La conversation roula bientôt sur la danse des tables. Une jeune dame è l'œil clair et limpide me regardn fixement et me dit d'un ton de calme parfait : « Il me serait très facile de vous convaincre a l'instant de la vérité •le ce fait. Mon frère de New- York m’a donné des instructions. J'ai déjà fait les premiers préparatifs. »
Au bout de quelques instants on eut transporté au milieu du salon, rouvert d'un lapis éco.-sais, !a table qui *c trouvait près du sofa, et je priai, •mire la dame en ques'inn, sept personnes de se placer autour de la table, à deux pieds de distance de celle-ci. La table était en mahoni et ronde, et pouvais peser 60 livres. Elle reposait sur quatre pieds.
Sur les huit personnes qui avaient pris place autour delà table, il y avait trois homme, et cinq dames, âgés de Ifi a 10 ans. Dans le nombre se trouvait un étudiant en sciences naturelle» qui venait d’achever sa physique, et qui était sceptique rumine scs sept coitipag. ons.
La dame seule s'écria: «J'aurai bientôt les rieurs de mon côté, n
Quand tout le monde eut pris place, on forma In chaîne. Four que les vêtements nese touchent pas, on laisie entre les chaises un espace d'un pied. Dans b salon, brillent, outre plusieurs lampes, une trentaine de b >ugk». il tait clair rumine en plein jour. On ne peut ni se toucher les pieds, ni loucher le» pieds de la table.
Les expérimentateurs ne sont en contact entre eux ou avec la table que par l'effet de la chaîne. Celle-ci est formée de telle manière que chai-un pose ses dent mnin-s sur la table 'sans appujer] et de son petit doigt touche le petit doigt do son voisin, d vielle sorte que le petit doigt de la main droite de l'un repose s ir le petit doigt de la main gauche Je l'autre. Les spectateurs se trouvent tout autour, raillant les expérimentateurs Après environ vingt mmutes, une des dames déclare qu'il fui serait impossible de rester plus longtemps à la table; elle »e sent indisposée. Klle se 1ère brusquement et rompt la chaîne.
Celle-ci est pourtant reformée à l'instant et la lacune comblée lux chose traînait en longueur. Je vis à la pendule que la séance avait déjà duré plus d'une demi-heure. On commença a parler de se lever . l'étudiant seul voulait rester, disant ou il éprouvait une sensation magnétique dans le Dras droit, sensation qu< te porta bientôt avec plus de force encore dans le bras gauche. — Les autres dirent bientôt de ménip.el il advint que tous ceux qui formaient la chaîne furent envahis par le même fluide. Trois d’entre les expérimentateurs il étaient pas de Brème et n 'avaient jamais vu le reste des assistants Tandis qu un vieux monsieur me disait qu'il ne comprenait pas qu’on pût s'a-
muser a de pareilles folies, les dames qui étaient a la table p oussèrent un cri, et ces sept personnes s’écrièrent toutes d’une voix :
«Elle marche, elle ne meut! » El c'était la vérité. — D'abord la surface de la laide commença à se mouvoir deçà, dda, du haut eu bas, puis la table se mil a se promener d'cllc-nicrne.
Nuus tous assistants, nous n'eûmes rien deplux empressé que de retirer les rhsi*cs de ceux nui devaient continuera former la chaîne, e» la table, toujours en contact avec les mains, marcha, allant vers le nord, et tournant sur elle-même avec une telle rapidité que les personnes qui formaient la chaîne pouvaient à Mine la suivre.
Sur l’avis d’un des spectateurs, quelques-unes des personnes formant la rhalne mirent en contact leurs bras et leurs habits, et immédiatement la table s'arrêta immobile.
Ensuite on reforma la rhalne, et après trois minutes à peine, la table se remit en mouvement, courant si vite que je songeai a une course au clocher A la (In. la chaîne fatiguée laissa là la table et nous la rapportâmes 4 «a place, devant le sofa, où el-'e resta calme et immobile, recouverte de son tapis.
Je prend» sous ma responsabilité tout ee que je dis iri (1). On pourrait dire qn'il y a la-des- «nus une illusion. Mai* if n'y a aucune raison de le supposer. Je crois que tout le phénomène s'expliquera de la manière la plus simple. Tous bs sept individus, après une demi-heure, rendirent compte de la même manière de ce qu’ils avaient éprouvé. Chacun d’eux avait été sous l'influence d un fluide, ressenti avec d'autant plus de force qu'il était as-is a côte d'une personne plus sensible et nerveuse. C'est du nias ou moins ■( intensité du fluide, que dépend le pins ou moins de rapidité dans l'accomplissement du phénomène. Il y | eu des exemples où il n'a fallu pour te réaliser que douze à quatorze minutes. D'autre part. il a fallu dans un autre cas, arrivé hier, une heure et demie.
Certains sceptiques ont engagé des émigrants robuslrs cl carrés qui n'avaient aucune «dre de la liante des tables à former la chaîne. Ils leur ont donné une pièce de monnaie, un dîner, un petit Verre. L'expérience a toujours rcusai.
Le succès parait plus assuré quand la chaîne est formée de personnes des deux scies. Les petits enfants et les persuiiues ués-âgées ne paraissent pas avoir assez de fluide pour en réunir la somme nécessaire. Il y a cependant des cas dans lesquels des enfants de quatorze ana ont réussi cuire eux a produire le phruoniéne.
Les savants de profession n'ont qu'à rechercher après cela la nature de cette force qui jaillit des mains de l'homme et qui transmet la locomotion a un bois Inanimé. Les mains qui forment la chaîne se «entent attirées toutes ensemble par la surface de la table. On ue peut rompre la chaîne quand la table «e met en mouvement.
Ce mouvement consiste d'abvrd dans une sorte de roulis. A près cria commencent la marche rt la rotation sur l'axe du meuble. On est d accord en général pour dire que le mouvement se fait vers le nord. La ro'ation se fait dp gauche à droite, mais le contraire est parfois arrivé.
On voit qu’il est très facile de faire l'expérience et de se ronvainrre par ses yeux et scs mains. Je ne sais si le* expériences réussissent avec des tables en fer ou en autre bois que du mahoni. A Brème, on ne s'est servi que de tables en rnahoni.
Ou fera bieu, pour 1rs expériences, de mettre ensemble des personnes de tempéraments divers et de sexe» différents. Le mouvement se fera plus vile et plus rapide. Pour le reste, la science découvrira la loi du phénomène Un savant de cette
(I) San* crtta garantie d’un nom des ploa eclimtf* des drux côté* de l'Océan, noua n'aurions pas accueilli relie communication, d'autant ptua qu’cite nn porte pas la date du l ,r avril.
(Note de la Gastlls d'Augsbourg .)
rllle fait en ce moment dei expériences avec une boussole en main. Je n'ai pas voulu laisser vous communiquer ce que j'ai vu II y a dans tout cela du plaisant et du sévère, de* éléments de discussion pour les faculté*, et des railleries pour les journaux charirariques.
Docteur A.VDaèi.