‹ La tâche du gouvernement Borden [microforme]Chapitre 2 sur 4 · L'HÉRITAGE DE · texte numérisé non relu

L'HÉRITAGE DE

Qu’avons-nous reçu en 1911! En politique, tout soublie vite, et plus rapidement encore lorsqu’un événement de suprême importance vient absorber et angoisser l’attention générale. Depuis deux ans, tout est à la guerre. On ne pense qu’à cela. Tout tourne autour de cela: projets de familles, perspectives d’affaires, intentions d'avenir; il n’est rien qui échappe à cet immense conflit que l’on croyait devoir durer si peu à cause des colossales proportions et qui hélas! menace de durer encore long-

temps. :

Sans doute, la guerre nous a jeté sur les épaules des devoirs et des responsabilités auxquels nous ne voulons ni ne songeons à échapper. La guerre a été notre principale préoccupation. Contribuer au succès de la grande cause, à la victoire finale, a été notre souci de tous les jours; mais nous avons eu aussi d’autres problèmes à résoudre, et pas des moins importants.

Je ne vous apprends rien en disant que toute prospé-

rité a sa réaction. C’est l’histoire du monde, Et la volonté

nous a remis le pouvoir au moment où la réac-

tion commençait, et avec des obligations de toutes sortes que la guerre n’a fait qu’accentuer.

De quoi était faite la prospérité dont nous avons joui de 1905 à 1910? Du mouvement général des affaires dans le monde entier, un peu; mais surtout de a construction des voies de transport au Canada. Tout ce que l'on a fait

moment, je ne discute pas, je prends simplement les faite tels que je les trouve.

Le G.T. P. et le C. N. R.

Pour construire deux grands chemine de fer, il fallait de l'argent. Le Canacien-Pacifique le trouvait dans ses , caisses ou sur la garantie de son actif. Le Grand-Tronc- Pacifique et le Canadien-Nord le demandaient aux gouvernements,—aux gouvernements des provinces comme

provinciales et fédérales que représentent ces deux entreprises.

Ottawa, la Saskatchewan et PAïberta ont endossé 91 milkions de valeurs du Grand-Tronc-Pacifique, sans compter les 25 millions d'argent comptant prêtés per le Canada à la même compagnie. |

Quant au Oanadien-Nord, les chiffres sont encore plus considérables. L’endossement d'Ottawa représente 104 millions et celui des provinces 107 millions. Ajoutez à

coût du Transcontinental, quelque chose comme ons, et vous avez un grand total de 597 millions de dollars dont la plus grande partie a 6t6 empruntée et sur laquelle il faut que l'intérêt se paye.

Voilà l’un des legs dont nous avons hérité.

Le Transcontinental.

De plus, le Transcontinental nous reste sur les bras.

O’est notre faute, a<+-on dit. Nous pourrions répondre qu’il y a bien un peu d'intérêt au fond de la prétention

choses. is l’on discuterait sur ce sujet.

Prenons le fait brutal qui ne peut être contredit. Nous exploitons tal de Québec à

Moncton depuis deux ans, et de Québec à Winnipeg . depuis six mois. Ce qui est possible pour nous l’est également pour le Grand-Tron:-Pacifique. Pourquoi ne le fait-il pasf Son contrat ne loblige pas à payer un sou d'intérêt avant sept ans. Il n'avait qu’à mettre des locomotives et des wagons sur la voie et des agente aux stations. Croyez-vous qu’il ne le ferait pas s’il 7 trouvait ” avantage! Il refuse, et nous voilà obligés en l’espace

acquérir ailleurs. Que ceux qui ont un peu souffert de l'exploitation des chemins de fer du gouvernement pendant par, Certain temps songent à la situation qui nous a été aite.

Le Grand-Tronc-Pacifique a refusé d'exploiter le Transcontinental parce qu’il n’y trouverait pas son profit et

que sa position financière mettait le gouvernement dans l'impossibilité de prendre des mesures de rigueur. Il ne peut contredire cette asertion celui qui connaît la lettre du président du Grand-Tronc à sir Robert Borden, euppliant le gouvernement de prendre le Grand-Tronc- Pacifique à charge du pays :— Etant données les conditions actuelles, ii est tout à fait impossible au Grand-Tronc de faire hunneur aux obligations extraordinaires du Grand-Tronc- Pacifique,

écrivait M. Smithers, président du Grand-Tronc, au premier ministre, le 10 décembre 1915. “ Nous sommes au bout de tre fuseau avec le Graad-Tronc-Pacifique ”, ajoutait-il. “ 1. premier versement d'intérêt que le Grand- Tronc-Pacifique devra payer après le ler janvier 1916, écherra le 1er mars et sera de près de un million et nous ne voyons pas actuellement de perspective de faire ce paiement.”

Quelle sera la solution ?

En résumé, nous avons trouvé, en 1911, deux grar.ds chemins de fer en construction dont l’un ne se suztient qu’à force de recours à la garantie ou au trésor public, dont l’autre nous demande de le prendre sur nos

ules, et un troisième tronçon dont il nous faut tirer le meilleur parti possible. J usqu’à date, nous avons fait ce que le devoir nous dictait pour les sauver tous les deux et, par-dessus tout, le crédit du pays. Ne croyez pas que ça été tâche agréable et facile pour le ministre des Finances de trouver l'argent pour racheter 38 millions

d'obligations du Grand-Tronc-Pacifique, dont les prêteurs ne voulaient pas, six à dix millions pour couvrir la différence entre la valeur au pair et le prix de revient de certaines émissions placées par le Grand-Tronc-Pacifique lui-même, plus dix millions pour lui permettre de continuer ses travaux, et une quinzaine de millions pour le Canadien-Nord, sans compter les intérêts que nous devrons payer durant trois ans pour les endossements de 1911 et de 1914, conformément aux contrats sanctionnés par le Parlement.

Si du moins cela disposait définitivement du problème des chemins de fer au Canada!

Du succès ultérieur, nul ne doit douter. Du développement du pays sortiront avec le temps les sources de revenus nécessaires à l'équilibre du budget de ces deux grandes compagnies. Mais d'ici à quelques années, surtout si la guerre dure, il est à craindre que les difficultés se prolongent et que nous soyons obligés de trouver une nouvelle solution pour conserver au Canada la renommée jusqu’ici intacte de son crédit.

Prenez tous ce» chemins de fer et faites-en un grand réseau national, conseillent quelques-uns. Cela est bientôt dit que nous devrions acquérir ces immenses entre. prises pour en faire la propriété de l'Etat.

Si, avant de pousser deux immenses projets de chemins de fer, l’on eût fait étudier tout le problème de transport, au lieu de se contenter de jeter aux députés une prétendue

montagne À i

Et c’est pour tâcher d'éviter les erreurs du passé, — car tout riche qu’il soit de ressources encore inexploitées, le Canada ne pourra subir indéfiniment sans danger ces entailles à sa fortune, —<c’est pour tâcher d'éviter ces erreurs, dis-je, que nous faisons appel à l'expérience et à la compétence d'hommes comme le président du New-York Central, de sir George Paish(1) et de sir H. Drayton, afin qu’ils nous préparent des données suffisantes pour appuyer une action intelligente et réfléchie et adaptée aux circonstances difficiles que nous traversons.

Le problème qui se présente est un des plus difficiles que le Canada ait eu à solutionner, et il nous faudra bien des heures de travail et des moments d’anxieuse considération avant que nous ayons pu sortir le pays d’une impasse où l’ont plongé l’imprévoyance et la vanité du chef libéral.

Conséquences économiques.

Pendant un certain temps, la construction intense des chemins de fer avait produit au pays une prospérité extraordinaire et ceci m’amène à vous faire quelques considérations sur les conséquences économiques de cet état de chose.

L’immigration avait suivi l’argent, Par centaines de mille nous étaient venus non pas des gene avec l'intention de s’établir au pays, mais désireux de gagner autant que possible à la construction des chemins de fer. Ainsi s’en retournait en Europe une partie de l'argent que nous y allions chercher. Puis, les travaux diminuèrent de moie en mois et cessèrent à peu près complètement, laissant au dépourvu un contingent considérable de population qui

avait peu d’aptitudes et encore moins de désir de cultiver la terre. Il y eut quelques semaines de crise aiguë, réeultat inévitable de la témérité antérieure; et toute cette prospérité basée sur la construction générale et la spéculation qui l’accompagna, menaça de tourner au désastre. Le capital européen s'eff » DOS institutions financières dressèrent l'oreille, le revenu public diminua. Sans être désespérée, la position était loin d’être rose, et elle devait s’aggraver davantage quelques mois après, lorsque l’effroyable corps à corps des cinq plus grandes puissances du monde devint inévitable. De l’aveu des meilleures autoritée, et de bien d’autres: esprits qui ne l’avouent pas, mais qui ne lui en gardent pas moins une reconnaissance intime, la situation fut sauvée par la clairvoyance et le courage du ministre des Finances, sir Thomes White, qui prit les mesures nécessaires pour arrêter toute panique, rassurer les prêteurs de Londres et donner aux opérations de banque l’aisänce voulue pour faciliter une transition délicate. Il y eut quelque gêne, mais en somme la sécurité revint, dissipant les craintes et ramenant la ance.

Les chiffres sont généralement ennuyeux. Il en est cependant qui parlent si énergiquement que je me permets de vous les citer. Après deux ans d'administration, nous avions réduit la dette de quatre millions et le service des intérêts de près de un million, en dépit des sommes énormes dépensées au parachèvement du Transcontinental. Nos achats à létranger avaient quelque peu diminué, mais nos exportations compensaient si bien ce fléchissement que le total de notre commerce atteignait un milliard 129 millions de piastres (#1,129,000,000).

L'action du gouvernement.

Avec la guerre, il fallait craindre une diminution appréciable et durant quelques mois ce fut la perspective

portation et l’exportation du étal, le total touche au illi exactement 987 millione!

Vous en connaissez peut-être qui, #’ils étaient à notre

place, réclameraient Pour eux tout le mérite de cet extra-

essayer la fabrication des munitions de guerre; à la Campagne de production intense dirigée par le minie tre de l'Agriculture, enfin, aux efforts constants de gi;

Et remarques que notre commerce ne grossit pas seulement que de la fabrication des munitions. Depuis avril 11229—93

dernier, le chiffre de nos exportations agricoles dépasse 220 millions!

Durant le mois d'août seul, nos importations ont presque doublé et nos exportations ont plus que doublé; et la vente de produits agricoles à étranger a dépassé un million par jour.

Notre position financière.

Evidemment cette activité des affaires influe sur le trésor public. En quel état se trouve maintenant le budget du Canada! 1

La question ne manque pas d'importance, étant données notre participation à la guerre et les dépenses si considérables qu’elle impose. Voici les derniers chiffres :—

Le revenu du mois d’oût a été de 164 millions, comparé à 143 millions en 1915, et le revenu des cinq premiers mois de Pannée est de 84 millions, comparé à 60 millions en

Go il faut ajouter huit millions trois cent soixantedix-huit mille piastres ($8,378,000) de dépenses extraordi- $18,808,000 pour la période correspondante de 1915. bien entendu, il nous reste donc pour les cinq premiers

mois de cette année un surplus de $886,000,000 qui couvre près de la moitié des dépenses de guerre des cinq premiers

Souvernements ne vient-il pas de la même source? Etaitil possible Ce faire mieux f—On ne manque pas de le prétendre, maix ceux-là même qui le crient si fort ont-ils quelque exemple de leur propre initiative à nous citer au témoignage de leur sincérité? Je n’insiste pas pour le moment; il sera toujours temps de faire les comparaisons dont nous n’aurons pas trop à souffrir. - Au début de la guerre nous avions à choisir entre deux tives: l’une, arrêter toutes les constructions commencées ou ajourner les travaux les moins urgents. Tout interrompre eut été ajouter un excès à un autre et forcer une crise déjà assez sérieuse d'elle-même. Nous avons préféré procéder par degrés et je crois que l'expérience a pleinement justifié notre attitude. Petit à petit la situation économique a repris son assiette, et, l'immeuble excepté, qui n’est cependant pas complètement inactif, la situation est excellente. L'élément essentiel de toute prospérité, l’agriculture, est florissante, l’industrie est active, le travail est abondant; au dire dun rapport officiel qui n’émane pas du &ouvernement, le chômag- diminué dans une proportion considérable à Montréal. me. Bref, si ce n'étaient les deuils que la gloire apporte à tant de nos familles, bien peu se ressentiraient des effete de la guerre.

En prévision de l'avenir.

Et nous n’avons pas fait que cela. Bien que préoccupés du présent, nous savons, comme le disait le chef k que “gouverner c’est prévoir”, et l’avenir qui devra porter sa part du fardeau que cette guerre nous impose est également l'objet de notre attention. Nous

faisons étudier actuellement le problème des transports, la question économique, les relations commerciales d’après- ‘Buerre par des spécialistes, Nous préparons les voies aux modifications nécessaires à la transition de Pétat de guerre aux conditions de paix qui nous ramènere des soldats victorieux, dignes de tous les égards, en même temps que le retour aux œuvres de vie et de conservation. Il faudra être prêts. Il faudra que notre so] produise davantage, car les relations commerciales dues à la guerre nous assureront des marchés plus accessibles en Europe, et le coût ‘de la vie ne‘pourra diminuer ici que si notre agriculture rend assez pour fournir à toutes les demandes. Il faudra. que notre industrie e’adapte aux besoins nouveaux des marchés étrangers afin que le.travail employé aujourd’hui à la fabrication des munitions retrouve aussitôt d’autres objets à son activité.

L'autre soir, à Maisonneuve, sir Wilfrid Laurier a énuméré une série de questions qui sont actuellement & :mises à l'étude des différents groupes du parti libéral. Nous sommes heureux de voir que quelquefois ces messieurs, fatigués sans doute de l'œuvre de destruction qu’ils veulent accomplir, pensent quelque peu aux choses durables et utiles. Il ne faut pas cependant qu’ils poussent la naïveté jusqu’à croire que le gouvernement ferme les yeux à importance des questions qui naîtront

nons à l’étude de cès juin 1915, le gouvernement nommait une commission sous la présidence d’un de ses membres, sir James *Lougheed, dont la mission était d'étudier les questions : d'immigration, ‘agriculture, de transport, des emprunts

de capital, des marchés et des produits alimentaires, surtout quant à la stimulation à donner à la production dans le pays, afin de répondre aux conditions d’après guerre. Cette commission est actuellement à l’œuvre et a déjà fait un rapport intérimaire.

Sir George Foster, toujours infatigable lorsqu'il s’agit des intérêts du pays, parcourt actuellement le Canada avec les délégués de la Commission Impériale et fait étudier sur place nos industries et nos manufactures, en même temps qu’il fait connaître aux délégués des autres possessions britanniques les immenses ressources de notre agriculture.

Au cours de l'été, une mission canadienne a visité PAngleterre, l'Italie et la France pour étudier les besoins de ces trois pays, au point de vue industriel surtout, ufin que nous puissions autant que possible remplacer chez eux ce que leur fournissaient les Allemands; et à ce propos, qu’il me soit permis de mentionner les services éminents qu’ont rendus en France surtout nos deux compatriotes, le sénateur Beaubien et monsieur Edmond Dupré, de Québec, qui, par leur parole chaude, sympathique et éloquente, nous ont ouvert tous les cœurs et asruré toutes les bonnes volontés.

Coopération nécessaire.

L'agriculture et l’industrie, tels sont les deux principaux éléments de force matérielle d’un pays. Trop souvent on a tenté de mettre leurs intérêts en contradiction. Notre ambition est de les pousser à se mieux comprendre, à se rapprocher, à s’entr'aider l’une et l’autre. Et c’est aussi notre intérêt, le véritable intérêt national Quel que soit

leffort que la guerre nous ait demandé et nous demande encore, si nous en sortons plus unis du point de vue économique aussi bien que du point de vue national, appréciant

ieux les ressources immenses de notre pays, ses avantages matériels incomparables à nuls autres, les libertés dont nous jouissons, disposés à utiliser pour le bien commun les qualités différentes mais non moins nécessaires les unes que les autres des deux grandes races du Canada, l'avenir n’a rien de menaçant pour nous. Mais quoil la réponse populaire n’est-elle pas déjà une garantie de lavenir® Qu'est-ce que cette abondante souscription aux

abonde partout Pour une piastre que nous demandons on nous en offre deux. C’est un placement que lon fait, sans doute, mais souscrirait-on autant si lon doutait de la sécurité du placementf L'on sent que la victoire lente à nous sourire, comme si elle voulait nous faire comprendre que rien ne se gagne sans labeur, sans effort et sans sacrifice, s’en vient sûrement, apportant à tous ceux qui l'auront méritée, avec la gloire qu’elle projettera dans l’histoire, les avantages d’une longue paix et,

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