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CORDONS VERTICAUX (SYSTÈME DE THOMERY

Nous décrirons, pour la formation des cordons verticaux, la méthode de Thomery, qui est aujourd'hui classique et suivie dans la plupart des milieux où Ton exploite le Chasselas.

C'est en 1730 que la culture du Chasselas, qui était alors confinée dans les jardins royauxde Fontainebleau, fut introduite à Thomery par François Charmeux.

Depuis cette époque, elle n'a cessé de progresser sous l'impulsion des générations successives de cette famille, qui eurent bientôt de nombreux imitateurs, et personne n'ignore qu'elle est depuis longtemps déjà une source de richesse pour ce pays.

Bien que le système de conduite que nous allons décrire puisse s'appliquer à un grand nombre de cépages, il n'est guère employé que pour deux: le Frankenthal et le Chasselas.

Sous le climat septentrional de Paris, ne paraît-il pas extraordinaire que la vigne donne de si beaux et de si savoureux produits que ceux obtenus à Thomery? Si l'on jette un coup d'œil sur les dispositions adoptées par les viticulteurs du pays, on reconnaît bientôt qu'ils ont su découvrir les moyens propres à f^arer, d'une façon parfaite, à l'insuffisance du soleil. Ils sont parvenus, en effet, par l'emploi de murs convenablement disposés, à utiliser le maximum d'action de la radiation solaire.

Ces murs, placés en moyenne à 10 mètres les uns des autres, atteignent ordinairement 3 mètres environ de hauteur. On ne leur donnait, autrefois, que 2 m. 20 à 2 m. 30, et, comme le déclare M. Rose Charmeux dans son excellenl Traité sur la culture du Chasselas^

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Cette augmentation de hauteur a produit les plus heureux effets.

D'une part, elle permet d'utiliser sur le même terrain une plus grande surface d'espalier et par suite d'augmenter les rendements ; d'autre part, on obtient de plus beaux et de meilleurs produits. Cette dernière conséquence semble trouver son explication dans ce fait que le mur jouant à la fois le rôle d'abri et d'accumulateur de chaleur, son action, à ce double point de vue, sera d'autant plus efficace que sa masse sera plus volumineuse.

Les murs, bâtis en pierres avec mortier de terre simplement, sont crépis avec un mélange de sable et de chaux. On les badigeonne ensuite avec un lait de chaux. La couleur de ce badigeon n'est pas sans importance ; on sait, en effet, qu'au point de vue de la réflexion et de l'absorption de la chaleur, les couleurs jouent un rôle considérable; il importe donc de choisir celle qui permet d'obtenir le plus d'effet utile par une juste combinaison de ces deux actions contraires. La couleur grise, obtenue pa^l'addition de sable au lait de chaux, est généralement choisie ; elle répond assez bien à ce desideratum et offre l'avantage de ne pas fatiguer la vue des ouvriers comme le blanc pur.

Tous les murs sont terminés par un petit toit en tuiles plates faisant saillie d'environ 25 centimètres. Le tout est couronné par une faîtière en tuiles creuses facilitant l'écoulement des eaux. Au-dessous du chaperon sont scellés, à 1 mètre d'intervalle, des fers légèrement inclinés, dépassant de 50 centimètres le bord du toit et servant à supporter des abris de même largeur en planches ou en toiles bitumées. Ces abris, qui servent à préserver les raisins contre les pluies et par suite la pourriture, ne sont mis en place que lorsque la maturité est complète, vers le 15 septembre.

La vigne est soutenue contre les murs par des fils de fer galvanisés qui ont remplacé avantageusement les treilles ou lattes de bois. Ces fils sont tendus horizonta- Perraud, 3*« édit. 5

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lement, le premier à 30 ou 40 centimètres du sol, les autres à 20 ou 25 centimètres d'écartement jusqu'au sommet des murs.

Le large intervalle séparant ces murs est occupé par des contre-espaliers de 90 centimètres à ;l m. 20 d'élévation et éloignés les uns des autres de 1 mètre à 1 m. 50 suivant leur hauteur ; les plus rapprochés des murs en sont séparés par une allée de 2 mètres.

La disposition particulière adoptée par M. Rose Charmeux mérite d'être signalée. Les contre-espaliers sont groupés deux par deux en laissant, entre deux rangées formant chaque groupe, une distance de 60 centimètres seulement ; les couples sont séparés entre eux par un intervalle de 1 m. 40, et les premières lignes de ceps ne commencent qu'à 2 m. 40 des murs. De cette façon, on n'a pas besoin de supports spéciaux pour asseoir les abris ; les paillassons ou les châssis sont simplement posés sur les deux derniers fils de fer du contre-espalier. Cette pose se fait à deux époques différentes: d'abord au début de la végétation jusqu'à fin mai, pour préserver les jeunes rameaux des gelées de printemps, puis à la matu^ rite, afin de préserver les grappes de la pourriture.

A Thomery, les vignes sont conduites en cordons verticaux ou obliques, et en espalier à bras symétriques ; mais les cordons étant plus faciles à dresser que les espaliers, leur emploi tend à se généraliser.

Il y a Ueu de distinguer le cordon vertical à coursons alternes et le cordon vertical à coursons opposés.

1^ Cordon vertical à coursons alternes

Les cordons à coursons alternes sont les plus simples et les plus employés. Pour les dresser, on procède de la façon suivante :

La première année, toutes les vignes, plantées à 70 centimètres les unes des autres et taillées sur 2 yeux après la plantation, donnent d'abord deux rameaux her-

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bacés. Le plus faible est supprimé au moment de rébourgeonnement, lorsqu'il n'a encore que 8 ou 10 centimètres; si l'autre est vigoureux, on le pince à 1 mètre de hauteur.

Au printemps suivant, c'est-à-dire à la taille de deuxième année, tous les sarments uniques formant les ceps sont coupés à 1 œil au-dessus du premier fil de fer, à 30 ou 35 centimètres du sol.

De tous les rameaux poussés le long de ces tiges, on ne conserve, à l'ébourgeonnement, que les trois supérieurs :

le plus élevé est destiné au prolongement du cep ; celui du milieu à former un courson ; le plus inférieur à donner plus d'ampleur à la végétation et, par suite, à favoriser le développement du cep(fig. 63). Cette opération faite, on palisse verticalement le rameau de prolongement, puis les deux autres obliquement de chaque côté de la tige; si la végétation est vigoureuse, on les pince tous trois à Fig. 63. — Taille de troienviron 1 mèlre de longueur. SoVr^ons^eni'-

A la troisième taille, au prin- eaux, d'après Rose Chartemps de Tannée suivante, on '^^^^• supprime totalement le sarment le plus bas. Celui du milieu est taillé à 2 yeux, y compris le bourrillon, pour former un courson. Le rameau supérieur est coupé à 1 œil au-dessus du deuxième fil de fer (fig. 63).

Pour la régularité du palissage, on doit s'arranger de façon à ce que les Coursons des ceps formant le môme espalier, placés h la môme hauteur, soient dirigés du même côté; si le premier courson est tourné à droite d'un cep, tous les premiers coursons des autres ceps devront ôtre à droite également. Dans ce cas, on aura

soin d^établir à gauche tous les seconds coursons et ainsi de suite en alternant.

Souvent les yeux ne présentent pas naturellement une direction permettant d'obtenir cette régularité. On fait alors subir au sarment une légère torsion qui amène les bourgeons dans une position convenable, et on l'assujettit à cette place à Taide d'un lien.

Pendant le cours de la troisième année, on procède encore à un ébourgeonnement soigné. Les deux rameaux

venus surle courson sont conservés ; mais de ceux poussés sur le prolongement de la tige on n'en conserve que trois. De ces derniers, le plus élevé est palissé verticalement et les deux autres obliquement, ainsi que ceux du courson. Lorsque leur longueur est suffisante, les deux rameaux du courson sont pinces audessus du troisième fil de fer, et les trois autres à 1 mètre environ.

A la taille dequatriènate année (fig. 64), le rameau

du courson le plus éloi-

Fiff. 64. — Taille de quatrième an- ' j ^ * • -

née pour la formation des cor- E^^ au cep est supprime dons verticaux, d après Rose Char- et l'autre est taillé à 2

meux.

yeux.

Dans le cas cependant où ce dernier serait trop chétif, on le taillerait sur l'œil d'empattement et on conserverait sur l'autre deux bourgeons pour la production du

fruit.

Le troisième rameau, qui n'est pas représenté sur la figure 64, est complètement supprimé; le quatrième.

qui se trouve à gauche, en face du deuxième fil de fer, est taillé à 2 yeux pour former le deuxième courson. Enfin, le cinquième rameau, qui est vertical et doit servir au prolongement, est coupé sur Tteil au-dessus du troisième fil de fer. On le dispose de façon à ce que le bourgeon destiné à former le troisième courson se trouve à gauche et près de ce fil de fer ; l'œil terminal assure le prolongement.

Les années suivantes, on procède de la même façon jusqu'à ce que l'on ait atteint le sommet du mur. La figure 65 représente des cordons verticaux à coursons alternes arrivés à leur développement normal.

Ce système peut s'appliquer très facilement aux contre-espaliers ; mais alors on double le nombre de coursons. Pour cela.il suffit de conserver le troisième rameau, le plus inférieur de ceux placés sur le prolongement, dontnous avons indiqué la suppression précédemment.

Cette forme de cordon a été modifiée par M. Rose Charmeux de la façon indi-

quée pan. «gare 66. Ce ''fcV.lSpT.Ï S ?1r,S schéma donne une idée suf- alternes.

usante de la disposition adoptée pour qu'il soit inutile d'insister longueoient. Les ceps sont placés à 40 centimètres les uns des autres au lieu de l'être à 70, et il est possible de pouvoir garnir convenablement des murs atteignant jusqu'à 4 mètres de hauteur.

Comme on le voit sur la ligure, les vignes sont conduites de façon à garnir alternativement la moitié infé-

rieure et la moitié supérieure du mur. Tous les ceps courts, représentés par les nombres impairs 1, 3, 5, etc., ont leurs coursons disposés de la même façon ; il en est de même pour tous les ceps longs, représentés par les nombres pairs 2, 4, 6, etc.

Fig. 66. Fig. 67.

Fie. 66. — Cordons verticaux à coursons alternes, système F Ctiarmeuï. — Fig. 67. — Cordons verticaux à coursons oppo sjstème Rose Cfia

Ces cordons sont formés comme les précédents, avec cette difTérence cependant que les ceps qui doivent gar-

ï^rt^TC-^^J'-k--.

nir la moitié supérieure des espaliers sont taillés de façon à arriver au milieu du mur, à Tendroit où ils doivent prendre leur premier courson, endeux ou trois ans, et môme en une seule année si la végétation est suffisante.

Cette disposition est heureuse, car elle permet d'obtenir des cordons bien coursonnés sur toute leur hauteur, ce qui serait impossible d'avoir, d'une façon régulière, avec des ceps trop élevés, la végétation abandonnant peu à peu la partie inférieure pour se porter versl'extrémité.

2** Cordon vertical à coursons opposés

Cette forme de cordon diffère de la précédente en ce que les coursons, au lieu d'être alternes, sont opposés. Comme l'indique la figure 67, l'établissement reste le même dans les deux cas, ainsi que l'écartement entre les pieds (40 centimètres). Toutefois, la conduite de cette disposition offre un peu plus de difficulté.

La taille de première année est dans tous les cas semblable. Des deux rameaux poussés sur le jeune cep après la plantation, un seul, le plus vigoureux, est conservé. C'est sur ce sarment unique que l'on commence les opérations de dressement.

Dès que le rameau herbacé a dépassé le premier fil de fer de la hauteur de 4 yeux environ, on le pince au-dessus de Tœil qui se trouve immédiatement au-dessous du fil de fer, à 1 ou 2 centime très. Mais il arrive parfois qu'aucun œil n'est exactement situé à cet endroit, il peut être ou plus haut ou plus bas ; quoi qu'il en soit, on pince sur l'œil le plus rapproché du fil de fer et on le place, l'hiver suivant, à la hauteur voulue, soit en soulevant, soit en abaissant délicatement la souche, après l'avoir déchaussée.

Ce pincement, effectué sur un sarment herbacé, provoque le développement d'un rameau anticipé, nommé

entre-cœur à Thomery. Afin de favoriser la poussée de Tœil terminal, cet entre-cœur est supprimé dès qu'il atteint 1 ou 2 centimètres de longueur, ainsi que tous ceux qui peuvent naître en dessous. Le bourgeon terminal se développe alors rapidement et forme en automne un sarment aoûté qui porte à sa base et de chaque côté 1 ou 2 yeux bien constitués (fig. 68).

Au moment de la taille, au printemps suivant, on le rabat non pas au-dessus de ces yeux, ainsi que l'indique la figure 68, mais sur 1 œil en dessus.

Fig. 68. Fig. 69. '

Fig. 68. — Taille en vert ayant pour but la formation de deux bourgeons opposés, — Fig. 69. -^ Taille de formation des cordons a coursons opposés.

Deux des yeux de la base, les mieux disposés, forment les coursons opposés, et le bourgeon supérieur fournit le rameau de prolongement qui assure la formation de la tige. La figure ^69 montre un cordon en formation ainsi traité.

Avec le cordon à coursons alternes, il existe en face de chaque fil de fer un courson placé tantôt à droite, tantôt à gauche; dans celle forme, au contraire, les coursons ne sont étabhs qu'à une distance de deux fils de fer, afin d'éviter la gêne des rameaux.

Cette forme de cordon n'offre aucun avantage sur l'autre quant à la qualité des produits ; elle retarde, au contraire, la fructificaton par suite des années employées à la formation des coursons. Elle est aussi d'un établissement difficile, ainsi qu'on a pu en juger. Nous conviendrons, avec M. Rose CJiarmeux, que son unique mérite est la régularité, et qu'à ce titre seulement elle peut être conseillée aux arboriculteurs.

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