FLORAISON
de roses^ tandis qu'une faible brindille sera terminée par une fleur solitaire.
La perfection de la fleur ne provient pas du plus ou moins de grosseur du rameau, mais de ce qu*il est plus ou moins bien constitué ; tel rameau mince^ parfaitement aéré et aoûté, donnera des fleurs parfaites^ et tel rameau charnu et verdâtre fleurira mal^ quoique de première force.
Plus les yeux sont éloignés de la base du rameau, plus les bourgeons qui se dévelop^il sur eux sont florifères. Les yeux peu prononcés de la base^yeux latents) donnent le plus souvent des rameaux vigoureux dits à bois, qui fleurissent peu ou donnent, sur le même pédoncule, une touffe de roses trop serrées pour être parfaites. Les yeux bien constitués, qui se trouvent plus haut, à 8 centimètres environ de la base, développent des rameaux parfaitement florifères.
Les yeux terminaux donnent une prompte et facile floraison ; mais, le plus souvent, on ne réserve à la taille que quelques yeux inférieurs pour obtenir de plus belles pousses, et moins de fleurs, mais plus parfaites, tout en assurant le remplacement du rameau.
Certaines espèces vigoureuses et celles qui sont grimpantes sont taillées long ou même fort peu taillées. S'il s'agit d'obtenir vite et sûrement des roses d'un sujet en le forçant dans une serre en novembre, époque où la floraison se fait difficilement faute de lumière, on fera développer ces fleurs sur les yeux terminaux, qui, nous l'avons dit, fleurissent vite et facilement. Exemple : pour forcer de bonne heure en novembre un rosier du roi, il ne faut pas oublier que ce sont les deux yeux rapprochés du pédoncule terminal du rameau qui donneront les plus belles fleurs. Plus tard, en janvier, on peut tailler sur des yeux plus rapprochés de la base, la floraison se faisant alors plus facilement sur les rosiers forcés.
Pour les rosiers jaunes, les banks et plusieurs autres espèces, les yeux de la base du rameau ne donnent pas de rameaux florifères ; les yeux qui se trouvent sur la longueur du rameau, à une certaine distance de sa base, développent de faibles et courtes brindilles terminées par une ou plusieurs
il4 VÉGÉTATION DU ROSIER.
fleurs. On doit donc tailler leurs rameaux très-longs^ pour qu'ils puissent se couvrir de fleurs sur toute leur longueur- Une variété^ la seule que nous connaissions^ agit de même avec se» rameaux de printemps; la gloire-de-dijon pousse de forts rameaux^ puis une grande partie des ]feux qui se trouvent sur ces rameaux se développent immédiatement et produisent de courtes brindilles terminées par une fleur; ces brindilles n'ont souvent que quelques centimètres de longueur> ce qui donne au rameau l'aspect d'une guirlande de roses. Les autres rosiers, qui doiment leurs fleurs à l'extrémité du rameau de l'année, n'ont pas le même aspect.
Les espèces d'Europe et de l' Asie-Mineure (cent-feuilles, provins, damas) se distinguent par leur bois plus dur et leurs rameaux ligneux, diffus et munis d'aiguillons inégaux ; ces espèces perdent leurs feuilles à l'automne et ne fleurissent qu'au printemps ; les fleurs sont isolées ou par six ou sept environ, mais généralement en moins grand nombre que sur le^ rosiers des Indes. Les feuilles sont plus ou moins gaufrées et plus arrondies. Des drageons se développent sur les racines*
Les espèces des Indes, bengale et rosiers grimpants, ont une végétation continue, ne perdent pas leurs feuilles en hiver, excepté par la gelée, et leur floraison est presque perpétuelle; ils ne drageonnent pas des racines, mais développent de forts rameaux de la base des branches ; ces branches sont généralement vigoureuses, élancées et munies d'aiguillons charnus, peu serrés, forts et égaux.
La floraison est plus ou moins hâtive, selon l'espèce et les différentes variétés de l'espèce. Les roses cannelle et quelques bengale paraissent les premières, et fleurissent en même temps que les genêts dorés de nos campagnes. Une charmante variété de l'île-bourbon, la reine-de-rUe-bourbony ouvre ses fleurs carnées une des premières entre toutes les roses de collection; les roses remontantes fleurissent en juin ; les centfeuilles, damas, provins, les suivent en juin et juillet; celles qui donnent une seconde floraison sur des bourgeons anticipés développés à la base du pédoncule, terminent leur première floraison en juillet et refleurissent en août.
FLOBAISO^^ 115
La floraison des roses des Indes est asse? tardive, niais elle se continue le plus souvent jusqu'aux gelées, l^ première floraison est la moins parfaite^ soit qu'elle ait à souffrir des sécheresses, soit par suite de la taille trop courte de février. Les brouillards de Tautomne favorisent la seconde floraison, qui n'est arrêtée que par les froids. Quelques roses de bengale s'épanouissent encore aux rayons du pale soleil d'hiver.
En général, le plein soleil est préférable à l'ombre pour la floraison du rosier; il est bon cependant que l'ombre produite momentanément par quelques arbres peu rapprochés, pendant les heures les plus chaudes de la journée, vienne diminuer cet excès de lumière.
C'est à huit heures du matin que les roses sont dans toute leur perfection ; fraîchement écloses, rien n'a encore altéré la vivacité d'un coloris que relèvent encore quelques gouttes de rosée. L'ardeur du jour hâte leur épanouissement, les pétales s'écartent et perdent de leur fermeté, leur teinte s'altère, le rose tendre pâlit et le pourpre tourne au rouge violacé ; mais vers le soir, ces fleurs reprennent une partie de leur fraîcheur, qu'elles conserveront encore pendant les premières heures du jour suivant.
Les roses doivent donc recevoir la visite matinale de l'amateur, s'il veut jouir de toute leur beauté ; malheureusement, tous les étés ne sont pas propices à la floraison, surtout ceux trop secs ou trop pluvieux. Un temps chaud et couvert, entremêlé de quelques pluies douces, est surtout favorable.
Toutes les variétés ne fleurissent pas également bien. Celles qui sont de grandeur moyenne, les semi-doubles, les doubles à pétales courts et bien imbriqués, sont d'un épanouissement facile, et conviennent principalement aux contrées du Nord.
Les fleurs forles, grandes, très-doubles et globuleuses, s'épanouissent difficilement et restent souvent trop de temps en boutons demi-éclos, leurs pétales extérieurs se flétrissent et l'épanouissement devient impossible. Les fleurs trop larges ou trop globuleuses se divisent en deux ou trois parties et perdent tout leur mérite.
116 ilêOQJÎE DE LA TAILLE.
On a remarque que les roses dont le calice est gros et de forme obconique (en cône renversé, en massue évasée) ne fleurissent qu'avec difGculté à la première floraison (la reine). Les roses à floraison régulière et facile ont le calice fusi forme et de grosseur moyenne (madame-laffay, géant-des-batailles> lady-alice-peel).
Les variétés sont plus ou moins florifères, et leurs fleurs plus ou moins odorantes. Quelques roses des Indes, et principalement les bengales, sont presque privées d'odeur; la plupart des roses cultivées exhalent une odeur suave et prononcée; la rose thé a une odeur analogue à celle du thé; la rose musquée doit son nom à son odeur; les roses jaune capucine ont une forte odeur de punaise. Toutefois, il est à remarquer que Todeur de la rose est trop subtile pour se répandre au loin, et qu'il faut sentir de près une fleur pour en respirer le parfum. Un temps orageux en augmente l'intensité d'une manière remarquable. Il résulte des recherches de Berthelon, célèbre médecin de Montpellier, que les fleui-s électrisées exhalent une odeur plus forte, ce qui explique l'odeur plus prononcée des roses par un temps orageux.