DE PLEINE TERRE
Les arbustes qui composent les massifs de nos jardins sont rarement d'une végétation convenable. On a le tort de les planter trop serrés et de les mélanger avec des arbres élevés qui les étouffent sous la masse de leur feuillage; cependant, ces arbustes ne demandent que de Fespace et de la lumière pour former de belles touffes florifères. S'ils en sont privés, leur base se dégarnit, et ils se couvrent de faibles brindilles épuisées. Un espace convenable, des soins et une taille raisonnée peuvent seuls leur faire produire des rameaux vigoureux et une floraison parfaite.
L'habitude de disposer les jardins à l'anglaise s'accordant peu avec l'espace exigu de la plupart de nos jardins, on croit obtenir le même résultat en réduisant de beaucoup la place donnée à chaque arbre ou arbuste; les premières années, tant que ces sujets n'ont pris qu'un faible développement, une plantation serrée n'a que peu d'inconvénients, et l'effet produit par les massifs n'en est que plus agréable ; mais bientôt les arbres les plus vigoureux et les plus élevés étouffent les arbustes environnants, et le jardin n'est plus composé que d'une réunion d'arbres élevés, trop serrés et dégarnis à leur base. Tel est l'aspect de la plupart de nos jardins, qui prennent cet air de tristesse propre aux forêts, sans posséder comme elles le charme de l'étendue.
La hauteur des arbres doit être en rapport avec la grandeur du jardin ; il faut donc réserver les platanes, peupliers, mar-
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ronniers^ sycomores, etc., pour les parcs et vastes jardins; n'ëtant pas gênés par Tespace, ils peuvent s'étendre librement et former de superbes massifs de feuillage; un petit nombre de ces arbres étoufferait toute la végétation d'un jardin de peu d'étendue; aussi est-il préférable de n'y planter que des arbres florifères et peu élevés, qui n'auront pas l'inconvénient de borner la vue et d'étoufiTer les arbustes et les fleurs qui l'embellissent.
Les parties les plus aérées du Jardin, celles surtout qui bordent les pelouses, seront ornées par quelques arbres verts assez espacés : sapins, mélèzes, pins, etc.; mais on ne doit pas oublier que ces arbres ne produisent un bel effet que s'ils sont en petit nombre, isolés ou groupés par trois ou cinq au plus, dans un jardin de moyenne étendue.
Parmi les arbres d'une taille peu élevée, remarquables par leur port élégant, la beauté de leurs fleurs ou de leur feuil-, lage, et l'avantage qu'ils ont de former des massifs peu élevés, et florifères, nous citerons le sorbier des oiseaux, l'arbre de Judée, l'olivier de Bohême au feuillage léger et blai\phâtre, le faux ébénier, le cerisier et le pommier à fleurs doubles, le pavia, le catalpa, le paulownia, le mûrier blanc, l'érable jaspé, l'alisier, le savonnier et un petit nombre d'arbres des espèces à rameaux pleureurs. On les espacera dans les massifs composés d'arbustes de taille élevée tels que : lilas, tamarix, boule déneige, sumac, sainte-lucie, cornouiller, fusain, noisetier à feuilles vertes et à feuilles pourpres, sureau à feuilles lacinëeset celui à fruits rouges, cytise, troène, épine-vinette, baguenaudier, aubépine à fleurs doubles, robinier rouge velu, seringat, etc., arbustes en mélange avec les nombreuses espèces à feuilles persistantes propres à former les massifs des jardins.
Les massifs en bordure des gazons, et ceux qui sont rapprochés des habitations, seront uniquement composés d'arbustes et d'arbrisseaux peu élevés, tels que rosiers, groseilliers sanguin et autres, althéa, spiréa, cytises d'espèces naines, in- . digotier élégant, weigelie rose, etc.
Une plantation ainsi composée forme des massifs d'une
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élégance rare» surtout si la masse de leur feuillage et de leurs fleurs est relevée par le beau vert sombre d'arbres et arbustes à feuilles persistantes^ groupés avec intelligence dans les massifs» ou isolément dans la pelouse.
Il est préférable de planter par groupes de trois à cinq sujets d'une même espèce que de planter en mélange ; car» ces espèces étant de vigueur inégale» on verrait bientôt les touifes fortes ruiner celles qui sont plus faibles et trop rapprochées; de plus» les touffes formées de trois à cinq sujets au plus» groupés, sont plus belles et plus florifères» les sujets d'une même espèce étant généralement de même hauteur.
Les touffes nouvellemeut plantées n'ont qu'une faible végétation la première année. L'essentiel est qu'elles ne périssent pas. Il est avantageux» à la fin de l'hiver suivant» de recéper complètement ces touffes rez terre, pour former du nouveau bois. Par suite de ce recépage» il se développe» au printemps^ une belle touffe de rameaux vigoureux» le bois formé en pépinière étant d'une vigueur moindre» une fois transplanté» que celui qui s'est développé sur le sol même par le recépage ou par une taille courte.
Les rameaux produits par ce recépage étant très- nombreux et fort longs» on les taillera, Tannée suivante» â 40 centim. environ et à hauteur égale, après avoir dégagé la touffe par la suppression des rameaux trop faibles et trop nombreux ; cette taille a pour but de former aux touffes une base bien constituée» ce qui assure pour longtemps leur vigueur et la perfection de leur forme.
La taille des arbustes doit être raisonnée selon le mode de végéter de chaque espèce ; certaines veulent être taillées régulièrement chaque année ; d'autres ne supportent pas une taille régulière. De l'époque de la floraison dépendent l'époque et le mode de taille; aussi doit-on diviser les arbustes en deux sections : ceux qui fleurissent avant la fin de mai» sur le bois de l'année précédente» et ceux qui fleurissent h partir de juin jusqu'aux gelées» sur les jeunes rameaux feuillus développés au printemps.
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La première série sera taillée après la fleur, la seconde sera taillée à la fin de Thiver.
Les arbustes qui fleurissent de bonne heure au printemps, et souvent même avant le développement des feuilles, conserveront tous leurs rameaux entiers, ces rameaux donnant des grappes de fleurs à Textrémité, sur les yeux terminaux, comme le lilas, ou sur tous les yeux de la longueur du rameau, comme le groseillier. Sitôt la fleur passée, on taille tous les rameaux sur 5 ou 6 yeux de leur base ; cette taille concentre et fait développer immédiatement, vu l'époque peu avancée de la saison, de jeunes rameaux qui fleuriront à leur tour le printemps suivant : on comprend que, si ces arbustes avaient été taillés à la fin de Thiver, on aurait supprimé mal à propos la floraison.
Nous rangeons dans cette première série les arbustes suivants : le lilas, les groseilliers sanguin et autres, le cytise, le calycanthe précoce qui fleurit sous la neige, l'aubépine, l'épinevinette, les daphnés à fleurs blanches et pourpres, le forsythia, le cognassier du Japon aux charmantes fleurs pourpres, le jasmin à fleurs nues, la glycine, les pêchers, cerisiers et pommiers à fleurs doubles, les halesias aux fleurs blanches pendantes, le genêt, le deutzia à fleurs en épis, le weigelia aux nombreuses et charmantes fleurs roses, le chamsecerisier^ etc., espèces dont te pédoncule de la fleur se trouve attaché au bois de Tannée précédente.
Les arbustes qui fleurissent de juin à novembre, sur les jeunes pousses de Tannée, seront taillés courts à la fin de l'hiver, pour obtenir des rameaux florifères sur les yeux de la base. Leur taille s'établit, à peu de chose près, sur les principes que nous avons étudiés en parlant du rosier, arbrisseau qui fait partie de cette série ; on ne conserve qu'un nombre convenable des rameaux les mieux constitués, les taillant sur quelques yeux de la base, 10 à 25 centim. environ, et leur ^'onoant une hauteur égale pour former une touffe parfaitement arrondie. Nous comprenons dans celte série : l'althéa, ^'hortensia, le fusain, le rosier, les sureaux, les spirées roses, ^a lexcesCerie élégante, le lyciet à feuilles lancéolées, le chè-