LA TAILLE PERSONNELLE
d'Espeisses'. Seuls Gauret et l’auteur de l'Encyclopédie méthodique savent qu'elle y est réelle?. Ducrot ouvre une longue discussion sur cette question, mais c’est pour ne se prononcer ni dans un sens ni dans l’autre*. L’embarras des théoriciens est d'ailleurs excusable, car dans ce pays la taille, répartie au moyen d'un cadastre comme en Languedoc, comportait des exemptions personnelles. Mais pour nous, la question est tranchée par les actes législatifs : le roi déclare en effet, en tête, du règlement du 24 octobre 1639 : « En notre province de Dauphiné, les tailles sont purement réelles et prédiales . »
Quant à la taille personnelle et à la taille mixte, elles sont l'objet de confusions déconcertantes dans les traités techniques. L'Encyclopédie de Diderot et d’Alembert en donne des définitions presque identiques : « Taille personnelle est celle qui s’impose sur les personnes à proportion de leurs facultés... Taille mixte est celle qui est due par les personnes à proportion de leurs biens *. » D'autres font des distinctions inintelligibles : par exemple le célèbre Guidon des Finances, édition de 1644 : « Les personnelles s'entendent de la personne roturière et taillable.…, les mixtes sont celles que nous payons aujourd’hui, lesquelles sont imposées au lieu du domicile, ayant esgard à tous les biens du taillable en quelque part qu'ils soient situez et assis°. » Le Dictionnaire des Finances de 1727 (art. Taille) dit : « La mixte est celle qui est imposée au domicile par rapport aux moyens de celui sur qui on l'impose, et la personnelle se lève sur tous les roturiers non exempts pour quelques charges ». L’Encyclopédie méthodique, dont l’article Taille est dû « à un ancien receveur des tailles qui a joint à une grande instruction théorique de la matière les leçons d'une longue expérience », n'est pas plus claire : « La taille personnelle est celle qui porte capitalement sur les personnes à raison de leurs facultés connues, de leur commerce et de leur industrie. La taille mixte... est tout à la fois réelle et personnelle en ce qu'elle a lieu non seulement sur les fonds mais encore sur les facultés, sur le commerce et sur l’industrie”. »
1. « En Dauphiné, l'habitant contribue au lieu de son domicile pour tous les biens qu’il possède, même situés en dehors du territoire de la parroisse. »(Œuvres, t. I, p. 335.
2. Cou le du Conseil du Roy, p. 107; Encyclopédie méthodique, Finances, t. IL, p. 643.