I. Wace op. c
Engleis se sunt tenu serre
Tuit de combatre entalente
mais les poètes nous disent que c'est une arme très dangereuse, qui rend même toute protection difficile. Les trouvères indiquent aussi qu'en France la hache était surtout l'arme des varlets ou des sergents. Les chevaliers combattaient avec l'épée et la lance. Mais nous voyons que notre artiste a encore suivi Wace. Il a donné aux chevaliers la hache, arme noble saxonne. Les viilites, le roi Harold lui-même se défendent aussi avec la hache. C'est elle que porte Vanniger qui escorte le duc et le roi. Elle tient lieu, en Angleterre, de la lance. Tous ces détails ont, comme on le voit, leur valeur, pour nous prouver encore l'âge relativement récent de ce travail.
Je ne dirai que deux mots du clergé représenté sur la tapisserie. C'est tout d'abord l'archevêque Stigand qui a assisté au couronnement du roi Harold et a pontiiié. Il est là debout, revêtu de la tunique longue, de l'étole, et de la chasuble dont la coupe appartient au xii« siècle et est tout à fait semblable à celle de l'évêque de Beauvais, Barthélémy (ii65). Il tient à la main le manipule, dont les extrémités sont frangées tel qu'on le voit aussi sur les monuments du xii*^ siècle. Ce manipule s'élargit insensiblement aux extrémités. Puis ce sont les
clercs qui ressemblent aux laïques, revêtus d'une tunique courte très fine et d'une coupe même élégante, témoin celui qui cause avec Aelfgyva. Ils portent aussi un manteau court. La tonsure seule, qu'ils ont au milieu de la tête les fait reconnaître. Ils assistent ainsi à l'enterrement d'Edouard et s'acquittent avec zèle de leur saint ministère. Ils chantent à tue-tête les Psaumes! L'un d'eux tient même l'Evangile, tandis qu'un autre a un bâton à la main, qui pourrait être une crosse dessinée d'une manière, il est vrai, trop sommaire '.
Les écuyers, les varlets, nos futurs chevaliers sont assez nombreux. Ce sont les 77i{nistenales des maisons féodales. Il y avait sans nul doute des degrés, une sorte de hiérarchie ; mais les textes et encore moins la tapisserie ne sauraient fournir des renseignements exacts. Ils sont nombreux, répartis suivant les besoins de la maison. Aucune fonction n'est inférieure, si elle est faite
I. Pour le costume religieux cf. le sceau de l'^éèe de Corbie (1123-1142), abbé de Fécamp ; Hugues I, abbé de S. Denys, 1196; Demay, op. c, le costume sacerdotal, p. 284; Barthélémy, évêque de Beauvais, ii65; Guillaume, évêque d'Av7-anches { fin du xn' siècle).
pour le maître à qui on doit une obéissance absolue. Aussi tout un monde travaille aux cuisines, les jeunes varlets remplissent les fonctions les plus humbles, allument le feu, apportent l'eau. Ils s'occupent du soin des chevaux, surveillent les fonctions des serviteurs inférieurs. Les uns accompagnent le maître dans les expéditions, lui servent de messagers, les autres s'occupent du soin de la table, versent le vin aux convives, apportent les mets qu'ils offrent souvent à genoux aux grands personnages. Le sénéchal, une verge à la main, les surveille pendant le repas. Et peu à peu ce monde s'élève, apprend le métier des armes, suit assidûment des cours d'équitation, devient habile à manier la lance et l'écu, jusqu'au jour où le seigneur les fait chevaliers en leur donnant « la colée ». La représentation de la colée de la tapisserie de Bayeux ne saurait fournir aucun détail intéressant sur cette cérémonie. Harold n'est plus le jeune écuyer qui soupire après ce grade. Le dessinateur indique déjà une très grande liberté, il traite d'une manière tout à fait sommaire cette cérémonie. Harold porte le heaume et Guillaume, en costume militaire, lui touche de la main le casque et fait un geste de l'autre. Ils ne portent pas les éperons, qui jouent un
rôle important dans l'acte solennel de la colée \
La tapisserie n'a point omis les varlets du palais, ou du château fort, qui montent la garde au haut des tours, pour surveiller la plaine, et annoncent aux habitants le lever du soleil, ou au seigneur l'arrivée d'un chevalier avec sa « mesnie » ^ Elle nous montre aussi le guetteur, qui regarde du haut d'un arbre, la main près du front, s'il ne voit pas venir son seigneur suivi de ses milites ^. Voici aussi les gens de métier qui suivent l'armée et qui rendent de si précieux services durant les sièges. Ce sont les charpentiers et les maçons. Nous les voyons décrits par Wace, et l'artiste a suivi mot à mot notre texte. Ils tiennent même leurs instruments de travail, la doleure et la hache. La doleure est aussi une sorte de hache, mais d'une forme particulière. Les deux côtés sont plus longs et plus étroits mais un peu retournés vers les extrémités. Ils s'en servent pour confectionner les bateaux. Les maçons au contraire tiennent des