CHAPITRE X
de compositions auquel nous venons de faire allusion fut longtemps encore en honneur dans les Flandres. : ce genre, constatons le fait sans risquer ni une appro- “bation ni une critique, est uu style héroique ce que les chroniques sont a Vhistoire.: il provoque V’intérét par la minutie des renseignements mis en ceuvre, non par la supériorité des vues ou la noblesse des sentiments. Un esthéticien éminent de ce temps-ci, Charles Blanc, a fort bien mis-en lumiére ce qu’il y a de vivant et d’amusant dans ces récits pris sur nature: « Ilyena pour des heures, dit-il, 4 regarder les infinis détails des tapisseries tissées en Vhonneur du duc d’Albe ; le campement et le mouvement des troupes, la cavalerie et ses banniéres, les batteries de canons et le sol jonché de morts, des fantassins en fuite, des escadrons en déroute, et le passage d’un fleuve défendu par lartillerie, et le pittoresque désordre des vaincus contrastant avec la régularité des bataillons sous les armes, qui n’ont pas encore donné, et les épisodes que forment, ca et 1a, des reitres qui interrogent des paysannes et des officiers qui les trouvent jolies. I] n’est pas jusqu’aux bordures qui ne soient intéressantes, plus encore que ne le sont, par exemple, les estampes de la Belle et de Callot, parce qu’on y voit en couleurs tout ce qui suit ou accompagne la marche d’une armée: les chariots de bagages, les provisions de vivres, les chevaux de somme attelés au train des équipages, et ceux qui trainent les affuts, les prisonniers qu’on améne, les paysans a qui l’on fait porter le butin, et les femmes qui voyagent de conserve avec les soldats écloppés et les conducteurs de fourgons. Cependant ce défilé de figures et de chariots n’occupe
Zao) DASTAPTISSE RE:
que la frise inférieure de la tapisserie. La partie verti-
cale de la bordure est égayée par des images qui ont
été mises la pour distraire un instant l’attention. Ce sont des volatiles, des quadrupédes, des serpents, des paysages avec des-ponts et des tourelles, des villages et des lisiéres de bois. »
é Une autre tenture célébre, dont on’s’accorde a faire honneur a un peintre flamand, est celle des Mois Lucas, longtemps attribuée, mais a tort, a Lucas de Leyde, et
plusieurs fois copiée aux Gobelins.
Dans la seconde moitié du “vie siécle, la fabrication bruxelloise décline visiblement : aux troubles intérieurs, aux sanglantes persécutions, vient s’ajouter la dégénérescence du gotit: Lintimité, la sincérité, qui prétaient tant de charmes aux tapisseries flamandes du moyen 4ge et de la premiére Renaissance, disparaissent sans retour; elles ne sont pas remplacées, comme on
aurait pus’y attendre, par cette distinction, cette noblesse, -
cette grace exquise, dont notre Renaissance francaise découvrit le secret, grace aux énseignements de l’'Italie. Lourdeur et vulgarité, tels sont les traits distinctifs des cartons. qui prennent, naissance a cette époque; ces défauts sont encore aggravés par une exécution de plus en plus sommaire, des procédés de plus en plus expé-
ditifs (on constate l’extension prise a4 ce moment par le procédé dit de la basse lisse+). A la place des déli-
cieuses guirlandes de fleurs et de fruits de la fin du
1. Ce genre de trayail se fait, on le verra plus loin, d’un tiers plus vite que celui de la haute lisse. Aux Gobelins, sous Louis XIV, il était payé presque moiti¢ moins.