‹ La Tasse cassée, comédie-vaudeville en 1 acte (volume 2)Chapitre 12 sur 35 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

MADAME D’HARVILLE, ROLAND

ROLAND

Quel est ce jeune homme ?

MADAME D’HARVILLE, assise à droite.

Ah! mon cher monsieur Roland, cela ne vous intéresse •donc plus que de savoir des nouvelles de ma santé?

ROLAND

Pardon!., mais vous êtes sur cet article-là d’une fraîcheur et d’une beauté tout à fait rassurantes... Ce jeune homme est donc?...

MADAME d’hARVILLE.

Un avocat.

ROLAND

Mais je croyais que ce respectable M. Desroches...

MADAME D’HARVILLE

Ne peut-on avoir deux avocats ?

ROLAND

A quoi bon? puisque vous n’avez plus de procès.

MADAME D’UARVILLE, se levant.

Qu’en savez-vous ?

Ne nous sommes-nous pas arrangés?.. J’ai abandonné mes droits et vous vous êtes engagée à m’épouser.

MADAME n’HARVILLE.

Air : J’en guette un petit de mon âge.

Je ne sais pas vraiment quel avantage Doit m’apporter cette conclusion,

Ou de l’argent, ou bien un mariage,

Ah ! c’est toujours ma condamnation.

ROLAND

Mais les peines sont différentes :

Dans quelque temps, oui, vous en conviendrez.

Car avec moi vous trouverez Des circonstances...

MADAME d'h AR VI ILE.

. Aggravantes?

ROLAND

Non, j’allais dire atténuantes.

MADAME d’hARVILLE.

Nous verrons cela...

Toujours des retards... mais je sèche sur pied... je soupire, je languis!.. Vous me réduisez à l’état de berger trumeau... moi qui n’ai pas seulement le nom, mais le caractère de Roland ! •

MADAME D’HARVILLK, souriant.

Vous êtes furieux?

ROLAND

Je suis enclin à le devenir... dans un accès de jalousie.

MADAME D’HARVILLE , cran ton léger.

Vous seriez jaloux?., et de qui?.. Lorsque je me suis condamnée à la solitude!... Ce n’est pas assez de l’ennui, il faudrait encore supporter vos plaintes?

ROLAND

Eh bien ! non...

MADAME d’iIARVILLE, de même.

Ah! c’est trop d’exigence... si vous avez l’esprit chagrin, vous prenez mal votre temps... moi, c’est tout le contraire, je suis gaie, je suis contente, et je ne veux pas qu’on me gâte ma bonne humeur... Ainsi donc, gardez pour vous seul ces sombres pensées; soyez jaloux, soyez plaintif... soyez furieux tout à votre aise ; je vous laisse.

ROLAND, la suivant.

Mais non... non... puisque je vous dis que j’ai tort... Hortense... (Madame d’Harvüle sort à gauche.)

Page 1