Éclairage électrique^ t. XVIll
La puissance apparente nécessaire pour produire dans un circuit un courant magnétisant d'intensité déterminée est d'autant plus grande, par rapport à la puissance vraie transformée en chaleur, que la fréquence est plus élevée (Voir chap. v). Le circuit magnétique étant fixe, il faut que les courants magnétisants aient une fréquence correspondant au synchronisme pour qu'il se produise un champ tournant. Mais il n'est pas indispensable que le champ inducteur soit produit par le stator; il peut très avantageusement être produit par le rotor. Cela n"a rien de paradoxal si on réfléchit à ce fait que le moteur asynchrone est un véritable tï-ansformateur et que la fonction des deux circuits est parfaitement réversible, en reliant l'un ou l'autre de ces deux circuits à une ligne d'alimentation qui, à vide, fournit seulement du courant magnétisant et une faible quantité de courant énergétique correspondant aux pertes. Dans le cas du moteur d'induction, pour que le rotor produise un champ tournant inducteur do vitesse angulaire correspondant au synchronisme, il suffit de l'alimenter avec des courants de fréquence correspondant au glissement; le champ produit par ces courants aura dans l'entrefer une vitesse angulaire proportionnelle à ce glissement; mais, de plus, ce champ se trouvera continuellement transporté en avant par le rotor. On obtient ainsi une vitesse angulaire qui est la somme des deux et qui est précisément celle du synchronisme.
Mais, puisque la fréquence correspondant au glissement est au minimum de 30 à 40 fois plus faible que celle correspondant au synchronisme, la puissance apparente nécessaire pour faire circuler ces courants dans le rotor sera à peine sensiblement supérieure à la puissance effective correspondant à la quantité de chaleur qu'elle produit. Il s'ensuit que l'excitation destinée à fournir ce travail est ramenée à une intensité normale.
Dans ces conditions, le rotor ne doit plus être, par conséquent, du type à induit fermé, mais bien du type à enroulement. Pour une génératrice asynchrone, il devient le véritable
MOTEURS ASYNCHRONES POLYPHASÉS 423
inducteur, tandis que le stator devient l'induit. La puissance des courants circulant dans le stator et utilisée dans le circuit extérieur correspond à la puissance mécanique fournie à la génératrice et ces courants ont la fréquence correspondant au synchronisme.
La vitesse angulaire du rotor devant être supérieure à celle qui correspond au synchronisme, les connexions doivent être établies de manière que le flux inducteur soit décalé en sens inverse de celui du mouvement, c'est-à-dire avoir une vitesse angulaire correspondant au glissement.
On renverra le lecteur aux mémoires originaux pour connaître les dispositions imaginées par MM. Leblanc, Boucherot et certains constructeurs pour résoudre pratiquement ce problème. Laissant de côté Texposé des difficultés qu'il a fallu surmonter, on se bornera ici à faire remarquer que ces génératrices asynchrones, extrêmement intéressantes parce qu'elles peuvent être couplées en tension, ce que l'on ne peut réaliser avec les alternateurs synchrones, ne sont connues que depuis peu de temps et n'ont encore fonctionné qu'à titre d'essai. Il serait donc prématuré de porter encore une appréciation sur l'avenir qui leur est réservé.