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LE FACTEUR ÉLECTRIQUE

Au commencement de l’année 1896, en effet, on annonçait que AI. W. Rœntgen, professeur île Physique à 1 ! niversité de AVürtzbourg, venait de découvrir une nouvelle espèce de rayons, invisibles, mais impressionnant la plaque photographique et susceptibles de traverser la plupart des corps considérés jusqu’alors comme opaques. L’éminent physicien ajoutait que ces rayons 11e semblaient être susceptibles ni de réflexion, ni de réfraction.

Les savants de tous les pays s’emparèrent aussitôt de celte découverte; elle fut répétée, commentée, perfectionnée sans relâche; les philosophes de la science tentèrent de l’interpréter, cherchant une théorie qui embrassât à la fois les faits nouveaux et les données positives antérieurement acquises à l’Optique. Le nombre de Notes et de Mémoires partis en quelques mois sur la question est vraiment prodigieux. Ce grand effort porta vite ses fruits ; en quelques semaines, on parvint à

aux rayons Rœntgen que des objets d’épaisseur relativement iaiblc, on peut actuellement tenter la photographie d organes profonds, et l’on pénètre maintenant au moyen des rayons X, dans toutes les parties du corps humain.

Celle grande découverte a été préparée surtout par les travaux du célèbre physicien anglais William Croches. Ce savant avait constaté en i8jp l’effet produit par les décharges électriques dans les gaz raréfiés; il eul pour continuateur daiis cette voie M. Lenard, élève de Hertz. Arrêtons-nous un instant sur les expériences de ces physiciens, expériences fondamentales en l’espèce, (pii nous permettront d’expliquer sommairement la production des ravons Rœntgen.

1. Si, dans un tube, où l’on a fait un certain vide et dans lequel aboutissent deux (ils reliés aux bornes du courant induit d’une bobine de Rhumkorlf, on fait jaillir l’étincelle, celle-ci engendrera des phénomènes lumineux plus ou moins complexes (pic l’on connaît depuis longtemps par les effets produits dans l’œuf électrique ou dans le tube de Gessler. Si, dans ce même tube, on pousse le vide à la dernière limite qu’il nous soit possible d’atteindre, ainsi (pie l'a fait W. Crookes, puisqu’on lasse jaillir l'étincelle dans les mômes conditions, le phénomène se modifie : on observe autour du pôle négatif un espace obscur, tandis que, près de l’autre pôle, le verre du tube devient fluorescent; en

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Ouand o il fait éclater l’étincelle clans le vicie absolu,

ces effets n’ont plus lieu. Ils exigent donc, clans le milieu où ils se produisent, l’existence d’un certain nombre de molécules gazeuses.

Pour expliquer ces phénomènes, W. Crookes admettait que, dans le tube où ils se produisaient, la matière existait à un étal particulier, l’état radiant, et que, clans

Fig. i.

Tube de Crookes en activité.

ce cas, les molécules pouvaient parcourir librement l'espace dans lequel elles étaient enfermées ; en faisant passer, dans un tel système, le courant électrique, celui-ci entraînerait du pôle négatif (ou cathode) vers le pôle positif (ou anode) toutes ces molécules, lesquelles alors viendraient frapper le verre du tube. Le bombardant vers un môme endroit, elles y provoqueraient un état de fluorescence particulier, attribué à des rayons spéciaux, dits rayons cathodiques. C’est celte explication que l’on a désignée sous le nom de théorie du bombardement.

C'ioi qu on pense de cette théorie, on ne peut nier le déplacement tics molécules dans le lube de Crookes; <i sa\ ant la démontré par diverses expériences des plus ingénieuses, notamment en se servant de leur

force vive pour faire tourner un petit moulinet situé clans l'intérieur du tube.

On constate par des procédés analogues que les rayons cathodiques se transmettent en ligne droite et qu’ils sont déviés par l'aimant ; mais Crookes ne supposait pas cpi’ils pussent se transmettre en dehors du milieu radiant qui existait dans ses tubes.

Mais M. Lenard montra, il y a deux ans, que ces rayons cathodiques pouvaient traverser certains corps et se propager dans les milieux gazeux ordinaires. En fermant, en effet, le tube de Crookes par une lame d’aluminium très mince, mais imperméable aux gaz, le physicien hongrois put déceler la présence de ces rayons en dehors du tube, au delà de la plaque de métal et constata qu'ils se transmettent dans l’ai r et dans le vide.

2. Or, M. Rœntgen montra — et c'est en quoi consiste sa belle découverte — cpie, dans un tube de Crookes, à l’endroit où les rayons cathodiques viennent frapper le verre, des rayons d’une espèce nouvelle prenaient naissance ; il reconnut que, par certaines propriétés, ces rayons diffèrent très nettement des rayons cathodiques qui les ont engendrés.

Ces rayons Rœntgen, ces rayons X, comme les a

appelés trop modestement celui qui les a décelés, se propagent en ligne droite, provoquent la luminosité des substances fluorescentes qu’ils rencontrent, ne peuvent être ni réfléchis, ni réfractés, propriétés qu ils partagent avec les rayons cathodiques, mais, au contraire de ceux-ci., ils ne sont aucunement déviés par 1 aimant. Ils provoquent la décharge spontanée d un corps électrisé quelconque placé sur leur parcours; enfin, ils liaversent plus ou moins facilement la plupart des subs-

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tances opaques à la lumière ordinaire et impressionnent nettement les plaques photographiques.

En présence des nombreuses applications dont ces propriétés rendaient susceptibles les rayons X, M. Itœntgen effectua de suite la photographie d’objets, animés ou non, renfermés dans des substances opaques, 1 une de scs expériences les plus populaires a consisté dans la reproduction des os de la main. De nombreux imitateurs poursuivirent et perleelionnèrent ses méthodes. En principe, voici le dispositif adopté (fig. 2).

3. Une source d’électricité quelconque, — piles, accumulateurs ou courant fourni par les usines centrales,

Fig. 2.

Schéma tic l’expérience de M. Rœntgen. — - À B, tube de Crookcs. — Une batteries de piles actionne une bobine de Rhmnkorff, dont les pôles sont reliés aux électrodes C et E qui pénètrent dans le tube. La décharge jaillit du pôle négatif D, ou cathode, dans la direction du pôle positif H. — R, planche de bois; S, main humaine; T, plaque photographique.

— est employée à actionner une bobine tic Rhumkorff. Le courant électrique primitif, qui est de grand débit et de faible pression, donne naissance, dans le circuit secondaire de la bobine, à un courant induit alternatif dont la pression est bien plus considérable. Ce courant induit est transmis parties conducteurs métalliques aux deux

6 La TLCliNlQUÈ DLS HAYONS X

pôles d'un lube de Crookes dans le(piel la raréfaction de l’aii* est. obtenue à un haut degré par l’action d’une trompe à mercure. En (ace du pôle négatif (ou cathode) de ce tube, on place l’objet que l’on désire photographier par les rayons X et l’on dispose derrière cet objet le châssis photographique fermé dans lecpiel se trouve la plaque destinée à être impressionnée.

Dans ces conditions, on n’obtient pas une photographie proprement dite, mais une reproduction des ombres portées par les objets ou les parties opaques aux rayons X. Pour une main, par exemple, les chairs, étant transparentes aux radiations Rœntgen, ne sont pas reproduites; mais les os, n’étant pas traversés, portent ombre sur la plaque sensible, et e’est celle projection que l’on obtient quand on développe la plaque. C’est pourquoi on désigne souvent la photographie aux rayons X sous le nom de Radiographie.

Il va sans dire que cette reproduction de l’invisible ne peut s’effectuer avec des appareils quelconques, ni sans qu’on observe certaines précautions. Ce sont ces détails très importants de matériel et d'opérations dont nous allons nous occuper dans les chapitres suivants.

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