III. —— RÉGLEMENTATION ET EXPLOITATION
235. Convention de Londres. — La multiplicité sans cesse croissante des stations radiotélégraphiques devait amener les différents pays à conclure des accords internationaux pour l'exploitation rationnelle du réseau mondial. La nécessité d’une entente commune ayant apparu, une conférence internationale se réunit à Berlin en 1906, après une conférence préliminaire en 1903, dans le but de réglementer les principales questions intéressantes au point de vue international. Les actes de Londres ont été revisés et complétés par une nouvelle conférence internationale, qui s'est réunie à Londres en 1912. Nous donnerons,
dans une note, à la fin du volume, le texte de la convention internationale, du protocole, et du règlement de service élaborés par cette conférence.
IV. — L'ÉTAT ACTUEL ET L'AVENIR DES APPLICATIONS DE LA RADIOTÉLÉGRAPHIE.
286. La grande nouveauté de la radiotélégraphie, à l'époque où elle apparut, était que deux postes correspondants pouvaient être mobiles sans cesser de rester en relation, et la conséquence immédiate était l'application possible aux navires et aux armées en campagne. Cette invention répondait donc à un véritable besoin, auquel nul organe n'était jusqu'alors capable de satisfaire, et dotait l'humanité d’une nouvelle arme dans la lutte contre la nature. Et ceci explique la stupeur, l’étonnement, puis immédiatement après l'enthousiasme qui accueillirent la nouvelle des premiers succès de Marconi.
237. Sociétés de construction et d’exploitation. — L'impulsion fut donnée au point de vue industriel par la Société Marconi, fondée en 1897, qui fit ses premières installations commerciales en 1899 et a puisamment contribué au développement technique et commercial de Ia radiotélégraphie. De nombreuses entreprises de construction et d'exploitation se sont fondées depuis; nous citerons, parmi les sociétés françaises, la Compagnie universelle de Télégraphie et de Téléphonie sans fil, la Société Française Radioélectrique, et la Compagnie Générale
de Radiographie.
238. Échange de télégrammes. — Le réseau radiotélégraphique est en plein développement. À l'heure actuelle, 1l existe un grand nombre de stations côtières, et presque tous les navires assurant des services de passagers et faisant de longues traversées, possèdent des postes de télégraphie sans fil. La nomenclature des stations radiotélégraphiques, publiée par le Bureau international des administrations télégraphiques de Berne, donne une idée de ce rapide développement. Elle contenait, en juin 1912, 286 stations côtières, dont 155 ouvertes au service de la correspondance publique générale, et 1 577 stations de bord, dont 926 ouvertes au service de la correspondance publique générale. À la fin de 1917 l'Administration française des Postes et Télégraphes possédera huit stations ouvertes au service publie : les Saintes-Maries-de-la-Mer (Bouches-du-
190 dE
Rhône); Cros-de-Cagnes (Alpes-Maritimes); Fort-de-l'Eau (Alger); Ouessant (Finistère); Bonifacio (Corse); le Bouscat (Gironde); le Havre; Boulogne-sur-Mer.
De cette façon, les navires sont constamment en relation, soit avec la côte, soit avec les autres bateaux passant dans le rayon d'action de leurs appareils. Les passagers peuvent échanger avec une station côtière et par conséquent avec n'importe quel bureau télégraphique du continent, des messages, soit directement, soit par l'intermédiaire des navires situés entre le point d'origine et le point de destination.
239. Lutte contre les sinistres maritimes. — La radiotélégraphie s’est montrée plus utile encore en ce qu'elle est une des armes les plus puissantes dont nous disposions dans la lutte contre les sinistres maritimes. Le navire constamment en relation, soit avec la terre, soit avec d’autres bateaux sait qu'on répondra immédiatement à ses signaux de détresse en cas de danger.
Le nombre de sauvetages que la télégraphie sans fil a rendus possibles est dès maintenant très grand. Quelques gouvernements ont déjà imposé aux compagnies de navigation l’obligation de doter les navires à passagers d'installations radiotélégraphiques, et la plupart des pays songent à imiter cet exemple.
240. Application à la marine de guerre. — Tous les navires de guerre de quelque importance possèdent maintenant des stations de télégraphie sans fil; l'échange de messages est ainsi possible entre la métropole et ses flottes, et la transmission des ordres pendant les manœuvres ou les combats rendue beaucoup
plus facile et plus rapide.
241. Applications militaires. — Au point de vue militaire, la radiotélégraphie permet la liaison des armées en campagne entre elles ou avec les postes fixes établis dans les forteresses.
242. Applications aux colonies. — Pour la colonisation, la télégraphie sans fil est un auxiliaire puissant. Dans les pays où nos postes militaires sont souvent attaqués, et où des lignes télégraphiques seraient toujours coupées, l'installation de stations de télégraphie sans fil dans les principaux postes militaires est un puissant instrument de défense et de pénétration.