‹ La télégraphie sans filsChapitre 3 sur 25 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

ont enregistré une brillante conquête de plus de notre fin de siècle; mais, pour ces derniers eux-mêmes, un certain malaise, a persisté, car ils ne comprennent pas, en général, le fond des choses. C'est qu'au milieu du tourbillon d'affaires publiques et privées où nous vivons, les savants ont amassé depuis un siècle, dans le silence du laboratoire, un merveilleux ensemble de résultats sur TOptique, l'Élasticité et l'Electricité, et ils ont péniblement édifié un des plus admirables monuments du génie humain, la théorie électromagnétique de la lumière. Il y a deux ans encore, cette théorie semblait devoir rester l'apanage de quelques philosophes. Mais maintenant la pratique s'est emparée des résultats essentiels de ces hautes conceptions, et elle en a fait un instrument susceptible d'un grand nombre d'applications : il faut donc travailler à rendre accessible à tous cette théorie qui devient utile. C'est un des buts que j'ai tâché d'atteindre dans ces quelques pages.

J'ai tâché aussi de montrer que tout se tient dans nos connaissances, et quelle liaison il y avait entre les phénomènes de Tancienne Télégraphie et ceux de la nouvelle. Cela m'a permis de décrire au début quelques appareils

AVANT-PROPOS. Vil

utilisés dans la Télégraphie sans fils, et d'aller ainsi du simple au complexe.

Je veux prévenir le lecteur que je ne me suis nullement astreint à suivre Tordre chronologique, qui dans cette question oblige à. des longueurs et à des redites, et masque la saisissante simplicité des faits. C'est ainsi que j'ai décrit certaines expériences de M. Blondlot avant celles de Hertz, parce qu'elles marquent le passage insensible de la Télégraphie par fils à la Télégraphie sans fils.

Enfin je terminerai cet avant-propos en avouant que certains points de la théorie sont encore mal connus. J'ai donné à leur sujet mon avis, qui n'est certainement pas celui de tous. Je citerai en particulier ce que je dis sur le rôle de l'antenne. Mais ce sont là des points de détail, qui ne touchent en rien à l'œuvre des trois grands génies que la postérité réunira dans la même auréole de gloire, malgré les nationalités diverses auxquelles ils appartenaient pendant leur vie : Fresnel, Maxwell et Hertz. C'est leur œuvre que je me suis efforcé de vulgariser.

Septembre 1899,

LA

1. Plan de cet Ouvrage. — Le procédé le plus rationnel pour se rendre compte de la Télégraphie sans fils, c'est de suivre les progrès successifs du transport d'énergie à distance, et de voir quelles modifications l'énergie a subies pour passer des formes anciennement connues à la forme actuellement mise en œuvre. Nous étudierons tout cela au moyen des phénomènes de la Télégraphie par fils, qui nous mèneront d'étape en étape jusqu'à ceux de la Télégraphie sans fils.

2. Un mot d'histoire au sujet delaTélégraphie. Lesage. Ampère. Morse. — On peut dire que

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le premier transport d'énergie à distance a été réalisé par le premier qui produisit une étincelle entre les pointes d'un excitateur en tournant la manivelle d'une machine électrique ; mais il a fallu la découverte de l'action des courants sur les aimants pour permettre de concevoir la possibilité d'une transmission télégraphique régulière. A ce moment, l'idée était naturelle; aussi, très peu après la découverte d'Œrsted, Ampère proposa-t-il à l'Académie des Sciences un système de télégraphie composé d'autant de fils qu'il y avait de lettres, chacun de ces fils passant à son extrémité au voisinage d'un aimant. En envoyant le courant dans un de ces fils, à la station de départ, on faisait mouvoir l'aimant correspondant à la station d'arrivée; il y avait donc possibilité d'établir ainsi un système complet de Télégraphie. Mais c'est là un procédé qui aurait nécessité, pour une exploitation véritable, une dépense de fils tout à fait inadmissible.

Ce système avait été proposé sous une forme peu différente, dès 1774, par Lesage. Celui-ci employait les mêmes fils, aussi bien isolés que possible, et les excitait au moyen d'une machine statique. Un électroscope placé au bout de chacun d'eux remplaçait l'aiguille aimantée

d'Ampère. Le procédé n'aurait pas d'ailleurs permis d'aller bien loin, à cause des pertes considérables, d'une part, de la capacité trop grande d'un fil de longueur notable et du faible débit de la machine statique, d'autre part. L'idée d'Ampère était au moins applicable. Il est probable que si l'on avait cherché à ce moment à l'appliquer en grand, on aurait subi bien des mécomptes, car la notion de résistance électrique n'existait pas encore, et il aurait fallu de grandes dépenses pour arriver j par tâtonnements à trouver un fil de grosseur

convenable. D'ailleurs, les piles de cette t époque étaient insuffisantes pour un service

régulier.

Aussi n'est-ce que bien des années plus ^ tard, longtemps même après l'invention de

* Télectro-aimant, que Morse créa le premier

ï système réellement pratique. Dans ce système,

une clef sert à fermer un circuit électrique comprenant une pile. Quelle que soit la longueur de la ligne, le courant s'y établissant ' pourra actionner un électro-aimant à l'arrivée,

i à condition qu'il puisse atteindre l'intensité

' nécessaire pour soulever le poids de Tarma-

ï lure de fer doux et vaincre les résistances

passives.

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