GONTRAN, ACHILLE
CONTRAN.
Tu disais, mon ami?
ACHILLE) dont l'impatience pendant la seine précédente a ëtë tris-yisible.
Eh bien! je te disais, mon ami... j'allais te dire... Eh! que
diable veux-tu que je te dise? (s* i«t*s^.) Je ne sais plus, moi ! Comment veux-tu que je suive le fil de mes idées ^ quand tu viens me Tembrouiller avec ton cerf, ton daguet et tes écuries ?
CONTRAN.
Là, là, mon ami, ne te fâche pas! Si tu as perdu ton fil, je te vais le rendre! Tu vas voir que je suis homme, comme César, à mener de front les préoccupations les plus variées. Tu me parlais de ma femme, tu me laissais entendre avec délicatesse que mon projet de retraite pourrait l'affliger, qu'elle aime Paris, qu'elle serait malheureuse à la campagne... n'est-ce pas cela? Eh bien, j'allais te répondre, moi, que je suis de ton avis, que ma femme sera en effet malheureuse à la campagne... mais qu'elle Test aussi à Paris, et qu'elle le serait partout : attendu que son malheur ne vient ni de moi ni de personne, ni des lieux, ni des circonstances, mais d'elle-même, d'elle seule, de sa sainte et immuable volonté !
ACHILLE
Permets, mon ami...
GONTRAN
J'aime Camille, tu le sais, et je lui rends justice. Après quinze ou seize ans de mariage, je me félicite encore chaque jour de mon choix... Ainsi, tu vois! C'est une femme vraiment distinguée entre toutes, bonne, excellente, parfaite; mais c'est une femme, et il faut bien, à ce titre, .qu'elle brûle son grain d'encens sur l'autel du caprics et de la déraison... Eh bien, sa manie à elle, sa faiblesse, sa prétention, c'est d'être une femme malheureuse, et je ta le répète, rien au monde, rien, ni personne ne l'en empêchera. Elle a été, elle est et elle sera malheureuse, c'est une affaire entendue, c'est une vocation! Tous les dons du ciel et de la terre, elle en est comblée : elle est riche, elle est belle, elle a une fille charmante... elle a un mari... ce n'est pas à moi de le vanter!... Mais tu me connais; suis-je un méchant homme? Évidemment, non. Suis-je môme un homme d'humeur difficile, désagréable?... Ai-je jamais contrarié un seul de ses goûts? Pas un! Elle a fait toute sa vie ce qu'elle a voulu! Quant aux aWentions, aux petits soins, aux cadeaux, je l'en ai accablée. Eh bien, si avec tout cela elle e§t malheureuse, que veux-tu, bon Pieu, que j'y fasse? Et