ACTE î
HÉLÈNE
Oh! idéal 1 chère mère, idéal! Seulement, il est impardonnable de ne pas être parti plus tôt: car, encore faudra-t-il le temps d'arranger ces plumes sur ce chapeau... et le départ est pour midi très-précis. \
CAMILLE
Voyons! je t'aiderai, va! Je les arrangerai, tes plumes 1
HÉLÈNE
Vrai? vous-même? de vos mains? vous descendrez à ces frivolités?
CAMILLE, areo tendresse.
Ne te moque pas dé ta mère. Approche, donne-moi la main. Sais-tu que tu deviens très-jolie? (Eiie lui prend im mains.)
HELENE
Non!
CAMILLE
Et que je suis fière de loi, et que je t'aime bien... Je te regardais venir tout à l'heure sous ce beau soleil, à travers ces fleurs, de ton pied léger, et je me disais : C'est ma fille, cette jolie enfantlà; c'est ma fille, et cela mi réjouissait le cœur.
HÉLÈNE
Ma mère !
CAMILLE, se levant.
Et toi, qu'est-ce que tu te dis, voyons? Ce ciel radieux qui éclaire ta beauté; cette campagne en fête qui te sourit, cette riante matinée qui chante à tes oreilles...
HÉLÈNE
Oh! n'est-ce pas, ma mère, quel adorable temps pour notre chasse ! et quel plaisir de galoper dans les bois par cette belle journée!
CAMILLE
Ah! voilà tout ce que cela t'inspire? Tu n'as pas d'autres se^ crets à me confier?
HÉLÈNE
Ahî s'il s'agit de secrets... peut-être !
CAMILLE
Vraiment? Conte- moi donc cela!
C'est que c'est très-grave, ma mère.
CAMILLE
Mais raison de plus.
C'est que... bien sûr... voas ne pensez pas encore à me marier?
CAMILLE
Pourquoi pas, si tu aimes quelqu'un?
HÉLÈNE
Ma mère, j'aimerais bien à être marquise I
CAMILLE
Marquise ?
HÉLÈNE
Une jeune marquise... c'est si élégant, je trouve; c'est si bien porté 1
CAMILLE, inquiète.
Tu ne penses pas au marquis de Seillanes?
HÉLÈNB.
lî ne vous plaît donc pas?
CAMILLE
Ma pauvre enfant... je t'avoue qu'au premier abord...
HÉLÈNE
Mais cependant W a on beau nom, ma mère, une grande fortune... puis iî est bien de sa personne... très-distingué... â cheval surtout... oh! à cheval, ma mère, il est vraiment remarquable... quand il passe au bois, tout le monde se retourne !
CAMILLE*
C'est possible F ma» avec tou» ces mérites-là un homme peut fort bien n'être qu'un fat et un sot... Crois-moi, mon enfant, réfléchis encore; au moment de faire un choix d'où ta destinée tout entière dépend, ne te préoccupe pas trop de ces avantages secondaires, de ces accessoires brillants qui séduisent ta jeunesse, et dont huit jours de ménage te révéleraient tout le néant. Tâche d'asseoir ton bonheur sur des bases plus solides, car la vie est longue, ma fille, et le bonheur pk» difficile qu'on ne le croit à