ACTE II
CAMILLE
C'est fort heureux I
GONtRAN.
Oui, c'est fort l\eureux... Eh bien 1 à quoi veux-tu que je réfléchisse, mon ami ?
Mais à cette éternelle comédie à trpis personnages qui se joue dans le monde... D'une part, une femme au cœur tendre, passionné, délicat, plein de trésors contenus, et qui ne demandent qu'à se répandre.
CONTRAN.
La jeune libelle.. « enfin I Poursuis!
ACHILLE
Puis, un homme fatigué, ennuyé, qui n'entend rien, qui ne comprend rien, toujours absent, négligé, distrait, maussade... C'est le mari I
CONTRAN.
Cassandre!... oui... oui! val
ACHILLE
* Et en tiers, un autre homme qui entend tout, comprend tout, et profite de tout ; toujours présent, lui, toujours paré, toujours charmant^ toujours adorable, et qu'on adore!... Eh bien! je me dis qu'il doit y avoir là quelque fatalité irrésistible à laquelle j'obéirais comme un autre... Et j'ai trop d'amour-propre pour jouer Cassandre, comme j'ai malheureusement trop d'honnêteté pour jouer Léandre... Voilà!
G ONT R AN sa lire et passe.
Il parle bien I... Tu parles bien... tu as mis le doigt sur une des plaies de l'ordre social... La Suisse ne t'a pas corrompu, et tu n'as pas corrompu la Suisse... Je te rends mon estime... Nous lui rendons notre estime, n'est-ce pas Camille... (n s'est appujé sur le fauteuil
de sa femme; remarquant le boaquet.) TienS ! deS flours! Oh I lo boau bOU-
quet !
CAMILLE, arec ou intérêt marqué^.
N'est-ce pas ?
CONTRAN, aUant k la cheminée.
Qui est-ce qui vous a fait cette politesse?
CAMILLE
Quelqu'un.
GONTRAN
Ah I... Il faut le mettre dans Teau... Ah çàl quelle heure est- il
donc? (il paue.)
ACHILLE
Dix heures et demie, je crois.
CONTRAN.
Ah bieni ma foi... Je vous laisse en bonne compagnie, ma chère amie... Je vais passer le reste de ma soirée au spectacle.
CAMILLE
Au spectacle ?
CONTRAN.
Oui... Il y a longtemps que je n'ai entendu Sémiramide,,.
CAMILLE, se lerant.
Sémiramide?.,, aux Italiens?..
Oui... j'arriverai... encore pour le dernier acte... Bonjour, Achille... Tu viendras demain déjeuner avec nous, n'est-ce pas? Tu nous conteras ton voyage fantastique, (a camiiie.) Bonsoir, vous.
(cl va jusqu'à la porta, puis rerlent.) Ah çà 1 j'y peUSe...* JO VOUS laiSSO là
tous deux... je suis peut-être bien confiant, moi... Ce diable d'Achille qui me disait là qu'il ne voulait pas jouer Léandre... C'était peut-être pour me fermer les yeux, po\ir m'aveugler.
ACHILLE
Ah! mon ami.
CONTRAN.
Oui, oui I mais je ne suis pas si simpleque tu crois!.... Je te surveille, Achille... je te surveille, va!
ACHILLE
Mon ami... vraiment tu abuses de ton expérience.
CONTRAN, àAchiUe et au fond.
Supérieure!... Bonsoir, mon ami. (ii sort.)