‹ La tentation piece en cinq actes et six tableaux (volume 2)Chapitre 29 sur 124 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

CAMILLE, ACHILLE. Camille assise près de la table , travaille : Achille

debout k quelque distance parait un peu décontonancé. — Moment de silence.

C'A MILLE, tendant la main à Achille.

Pauvre garçon!... je vous remercie!... Oh! je n’écoutais pas; mais j’ai compris: vous êtes bon, mais vous entrepreniez une tâche bien impossible... Au surplus, je vous assure que je suis toute résignéemaintenant... j’ai renoncé! D’ailleurs il est charmant, mon mari. Tout le monde le dit : j’ai fini par le croire. Il y a môme beaucoup de femmes qui me l’envient... Ilem, n’en parlons plus.

ACHILLE, prenant une chaise. •

Qui avez-vous ce matin à déjeuner?

CAMILLE

Mais en vérité, je l’ignore... Vous savez que je reste assez étrangère à ce qui se passe chez moi. Ma belle-mère ne s’en plaint pas... Cependant, voyons, nous avons, je crois, madame Dumesnil, son père, son mari... et deux ou trois centaures quelconques.

ACHILLE , s’asseyant.

Vous ne savez pas pourquoi je vous demande cela?

CAMILLE

Non.

ACHILLE

Parce que j’ai toujours une terreur affreuse do voir arriver chez vous un monsieur que je ne connais pas encore, ni vous non plus, mais qui doit exister quelque part, et qui doit tomber fatalement

ici un de ces jours, comme la foudre tombe sur les lieux hauts; un monsieur au iront pâle, au regard pensif, à la parole inspirée...

CAMILLE

Eh bien, qu’est-ce qu’il ferait?

ACHILLE

Il me ferait peur.

CAMILLE, riant.

Ah ! ça, cousin Achille, vous me croyez donc tout à fait sur le versant des abîmes?

ACHILLE

Non, non, grand Dieu ! non, certainement, mais si jamais enfin... ce serait pour nous tel malheur que mon cœur, qui vous est voué et dévoue, n’y peut penser sans frémir!

Et pourquoi ce malheur serait-il plus grand pour moi que pour d’autres ?

ACHILLE

Parce qué vous valez mieux que d'autres.

CAMILLE

Eli! bien, soyez tranquille! Je vous dis que j’ai renoncé : d’ailleurs, n’ai-je pas toujours à mes côtés le dragon des Hespérides?

ACHILLE

Ah! est-ce qu’elle est toujours aussi attentive, votre aimable belle-mère ?

CAMILLE

Toujours, et toujours aussi adroite. Hélas! mon Dieu! pauvre femme!... une chose qui m’étonne, c’est qu’elle ne se soit pas encore avisée de vous soupçonner, vous, cousin?

ACHILLE, se levant.

Me soupçonner! mais, chère cousine, personne au monde, ni mari, ni belle-mère, ne s’avisera jamais de me soupçonner, moi ! C’est mon malheur ! c’est mon affliction ! c’est mon terrible physique qui en est la causel Regardez-moi! Il suffit do me regarder! Avec un extérieur comme le mien, jamais une femme ne me prendra au sérieux, jamais! C’est une abominable injustice I car, au

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