‹ La tentation piece en cinq actes et six tableauxChapitre 98 sur 173 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

G O N T R A N, il remonto un peu la scène commo pour reprendre son calmo et refaire son visage, puis apercevant Seillanes et Dumesnil qui se promènent dans la galerie du fond, il les appelle en riant.

Ah ! Seillanes! Dumesnil, venez donc... venez à mon aide! On attaque le sport... ici, les gensde cheval !

SEILLANES, gaiement.

Bah ! qui donc ça ?

G O N T R À N, avec un enjouement fiévreux.

Mais, M. Trévélvan... qui me dit là en riant des choses terribles.

TREVELYAN, souriant.

Oh !... terribles... (n est debout à droite près de la table *.)

^ GONTRAN

Mais, sans doute... J’engageais M. Trévélyan à nous accompa- , gner après-demain à La Marche... Je cherchais à l’entraîner dans nos goûts, dans nos plaisirs qu’un homme comme lui honorerait en les partageant... Mais il ne veut pas... Il a pour les courses, pour le cheval, pour le sport enfin, une répugnance invincible... A travers sa courtoisie, j’entrevois que ces occupations qui nous passionnent lui paraissent un peu... puériles.

TRÉVÉLYAN.

Oh! je n’ai pas dit cela!... Seulement, lorsqu’on fait de ces exercices la principale affaire de la vie, il me semble qu’on en exagère un peu le mérite et le sérieux... Pour moi, quand je vois au pied des tribunes ces petits messieurs qui s’agitent, une carte au chapeau, importants, affairés, ridicules...

SEILLANES.

Ah! diable, mais...

DUMESNI L.

Dites-moi donc!

G ON T R AN j les retenant.

Permettez! — Monsieur Trévélyan ! vous oubliez que parmi ces petits messieurs il y en a de grands !

TRÉVÉLYAN.

Il me semble, monsieur, que c’est relever bien sérieusement

Une plaisanterie !... (Quelques mvités, attiré, par te brait ,1e la querelle, se groupent dans la porte, et dant lo fond.)

t. Dumesnil, Gontran, Seillanes, Trévélyan.

Mon Dieu ! monsieur, c’est que cette plaisanterie n’est pas neuve à mes oreilles... Je sais qu’on nous accuse de n’ètre bons à rien hors d’un champ de course ou d’une écurie... Cela est pénible k la longue! On devrait se rappeler que plus d’un parmi nous a su passer sans trop de désavantage de l’hippodrome dans les salons, dans le conseil, et sur le champ de bataille !... qu’il n’est pas absolument nécessaire, pour avoir droit au titre d’homme sérieux et distingué, de marcher toujours dans le monde avec un portefeuille idéal sous le bras, de porter le masque solennel d’un diplomate...

TRE V E L Y A N , l'interrompant, avec violence.

Le masque!... Après tout, monsieur, le masque d’un diplomate sied mieux à un homme... que la casaque d’un jockey!

CONTRAN, marchant sur lui.

Monsieur!

s El LL ANES.

Messieurs!... Voyons... vous avez tort tous deux!

DUMESNIL

Vous le premier, Contran, je vous assure!

GONTRAN

Soit! monsieur... je suis chez moi... je l’ai peut-être tropoublié... Veuillez recevoir mes excuses... mais j’attends aussi les vôtres...

TRÉVÉLYAN.

Monsieur... quoique diplomate... quand je suis outragé, je ne reçois pas d’excuses... et surtout, je n’en fais pas!... (u salue.) Monsieur! à bientôt! j’espère! (n sort par ie fond.)

• GONTRAN

Vous y pouvez compter, monsieur...

CAMILLE^ éperdue, entre à gauche, entraînant Achille, et paraissant le supplier d’intervenir; elle crie :

Gontran ! (puis tombe évanouie. Les fommes forment un groupo autour d'ellu. )

GONTRAN

Ah! pauvre femme !... Appelez sa fille... appelez...

HELENE, accourant à sa mère.

Ah ! ma mère !

GONTRAN

Messieurs, je vous en supplie tous, pas un mot devant cette enfant !

Fin DU TROISIÈME ACTE.

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