Du grec naxOc, épais; li^\i.ck, peau
leurs espèces , qui est bien supérieur au nombre des espèces que nous connaissons aujourd'hui dans ce même ordre, sont un fait remarquable et sur lequel Cuvier a beaucoup insisté. Parmi les pachydermes fossiles de l'époque tertiaire, on trouve un grand nombre de formes intermédiaires que Ton chercherait en vain aujourd'hui dans nos pachydermes vivants ; ces genres sont séparés de nos jours par des intervalles plus étendus que ceux d'aucun autre genre de mammifères. Il est bien curieux de retrouver ainsi dans les animaux du monde ancien les anneaux, aujourd'hui brisés, de la chaîne de ces êtres.
Arrêtons-nous un instant sur ces pachydermes, qui ont eu pour tombeaux les lieux qui forment aujourd'hui les carrières à plâtre des environs de Paris. Montmartre et Pantin furent leur dernier refuge. Chaque bloc qui sort des carrières de Montmartre ou de Pantin, renferme quelque fragment d'un os de ces mammifères, et combien de millions d'ossements ont été détruits avant que l'attention se fût portée sur cet objet ! C'est l'étude des débris organiques qui remplissaient les plâtres de Montmartre qui a le plus contribué à la création de la science des êtres fossiles. C'est là, en effet, que s'est exercé surtout le génie de Cuvier. Les cabinets d'histoire naturelle de Paris s'étaient peu à peu remplis d'innombrables fragments d'animaux inconnus, extraits des carrières à plâtre. Cuvier se décida à aborder leur étude. Mais comment, sur la grande quantité d'os dont se compose un squelette, venir à bout de choisir avec certitude ceux qui appartiennent à chaque genre et à chaque espèce? C'est pourtant ce que fit Cuvier, qui parvint à reconstruire leurs squelettes entiers avec tant de sûreté et de précision, que les découvertes postérieures d'autres fragments de ces mêmes animaux n'ont fait que confirmer ce qu'avait deviné son génie. Les PcUœotherium et les Anoplotherium sont les premiers mammifères fossiles qui furent restaurés par notre immortel naturaliste. Les études de Cuvier sur les mammifères fossiles contenus dans les carrières à plâtre de Montmartre ont donné le signal, en même temps que le modèle, des recherches innombrables qui furent bientôt entreprises dans toute l'Europe . pour la restauration des animaux de l'ancien monde, recher-
ches qui, dans notre sièclep ont tiré la géologie de Tétat d'enfance où elle languissait malgré les magnifiques et perséférants travaux des Stenon, des Wemer, des Hntton et des Saussure.
Les pachydermes fossiles les mieux connus de la période éocène sont les Palmotherhmj lesAnoplotherium et lealyihoim.
Les Palxotherium f les Anoplctherium et les Sphodan étuent des herbivores qui vivaient par grands troupeaux. Ils paraissent
Fig. 'i54. Le grand Palttotbcriam. (1/30 G N.)
avoir été intermédiaires, par leur organisation, entre le Rhinocéros, le Cheval et le Tapir. Il en existait de plusieurs espèces et de taille très-variable.
Rien de plus aisé que de se représenter, d'après les travaux de Cuvier, le Palœotherium magnum dans Tétat de vie. Le nez terminé par une trompe musculeuse et charnue, assez courte et qui ressemble à celle du Tapir ; l'œil petit et peu intelligent ; la tête énorme; le corps trapu ; les jambes courtes et massives; le pied porté sur trois doigts encroûtés dans des sabots; la taille d'un grand cheval : tel était le grand PaUeotherium^ dont.
PÉRIODE ÉOGÈNE. 295
les paisibles troupeaux ont dû peupler pendant de longues années les vallées des plateaux qui entouraient l'ancien bassin des environs de Paris. La figure 254 représente le grand Palxotherium^ d*après le dessin au trait qu'en a donné Cuvier dans son ouvrage sur les Ossements fossiles.
Le petit Palxotherium rassemblait à un Tapir. Plus petit qu'un Chevreuil, à jambes grêles et légères, il était très-commun dans le nord de la France ; il broutait l'herbe des prairies sauvages.
Une autre espèce de Palxotherium^ encore plus petite, ne dépassait pas la grandeur d'un Lièvre et avait la légèreté de cet animal. Le Palxotherium minimum habitait les buissons fourrés des environs de Paris et de l'Auvergne *.
Tous ces animaux se nourrissaient de graines, de fruils, de tiges vertes ou souterraines et de racines charnues. Ils se tenaient ordinairement dans le voisinage des eaux douces.
Les Ânoplotherium* awaieni des dents molaires postérieures analogues à celles du Rhinocéros, les pieds terminés par deux grands doigts comme ceux des Ruminants, et le tarse des doigts à peu près comme chez les Chameaux.
VAnoplotherium commune avait la taille d'un Ane; sa tête était légère; mais, ce qui le distinguait le plus, c'était une énorme queue, longue au moins d'un mètre et très-grosse , surtout à Torigine. Cette queue lui servait de gouvernail et de rame lorsqu'il passait à la nage un lac ou une rivière , non pour y saisir le poisson, car il était herbivore, mais pour y chercher les racines et les tiges succulentes des plantes aquatiques.
t D'après ses habitudes do nager et de plonger, dit Cuvier, TAnoplothérium devait avoir le poil lisse comme la loutre ; peut-être môme sa peau était-elle demi -nue. Il n'est pas vraisemblable non plus qu'il ait eu de longues oreilles, qui l'auraient gêné dans son genre de vie aquatique, et je penserais volontiers qu'il ressemblerait à cet égard à rhippopotame et aux autres quadrupèdes qui fréquentent beaucoup les eaux. »•
A cette description , Cuvier n'avait plus rien à ajouter pour
1. On connaît le Palœotherium magnum, médium y curtumy latum, minus j minimum,