Dei carpi marini Lettere antichej etc
2. Sut crosktccei ed altri corpi marini cke se trovano sut montiy 1740.
3. Consultez pour l'histoire des travaux relatifs aux êtres fossiles pendant les deux derniers siècles : Lyell, Frincipes de géologie, in-l8, t. I, pages 56-112, et le Cours de paléontologie de M. d'Archiac, in-8", t. I, Paris, 1862.
Voltaire accabla de ses lazzis et de ses mordantes critiques la doctrine scientifiquede l'illustre novateur. Buffon insistait, avec raison, sur l'existence des coquilles sur le sommet des Alpes, pour prouver que les mers avaient autrefois occupé cet emplacement. Voltaire prétendit que les coquilles trouvées dans les Alpes et les Apennins avaient été jetées là par des pèlerins à leur retour de Rome*. Buffon aurait pu répliquer à son antagoniste en lui montrant des montagnes entières formées par l'accumulation de ces coquilles ; il aurait pu le renvoyer aux Pyrénées, où les coquilles d'origine marine occupent d'immenses espaces, jusqu'à 2000 mètres de hauteur ; mais comme son génie se prêtait mal à la polémique, il ne sut que s'emporter contre son contradicteur. Le philosophe de Ferney jugea bon d'arrêter là une discussion où il n'aurait pas eu le beau rôle : « Je ne veux pas, écrivit-il, me brouiller avec M. de Buffon pour des coquilles. »
Il appartenait au génie de George Cuvier de retirer de l'étude des fossiles les plus admirables conséquences. C'est par l'étude de ces débris que s'est constituée, de nos jours, la géologie positive, puissamment aidée d'ailleurs par la minéralogie, science dont on fait aujourd'hui trop souvent abstraction.
Cuvier admet que c'est aux fossiles qu'est due la naissance de la théorie concernant la formation de la terre :
c C'est aux fossiles, dit ce grand naturaliste, qu'est due la naissance de la théorie de la terre. Sans eux Ton n'aurait peut-être jamais songé qu'il y ait eu dans la formation du globe des époques successives et une série d'opérations différentes. Eux seuls, en effet, donnent la certitude que le globe n'a pas toujours eu la même enveloppe, par la certitude où l'on est qu'ils ont dû vivre à la surface avant d'être ainsi ensevelis dans la profondeur. Ce n'est que par analogie que l'on a étendu aux terrains primitifs la conclusion que les fossiles fournissent directement pour les terrains secondaires ; et s'il n'y avait que des terrains sans fossiles, personne ne pourrait soutenir que ces terrains n'ont pas été formés tous ensemble •. »
Écoutons Cuvier exposant l'immense problème dont il s'était
1. Physique de Voltaire, tome I, chap. xv (des Singularités de la nature) \ Urne XIX. pages 369 et suivantes de lY-dition de Lefùvre. Paris, 1818.
2. Ossements fossiles (in-4"). Discours sur les révolutions du globe y tome I, page 29.
proposé la solution, et nous racontant ensuite comment il procéda pour reconstruire les squelettes des animaux antédiluviens, en particulier ceux qui remplissaient les plâtrières de Montmartre. C*est, en effet, sur les ossements de Mammifères retirés de la colline de Montmartre, aux portes de Paris, qu'ont porté presque toutes les études paléontologiques de notre immortel naturaliste. La méthode suivie par Cuvier pour la reconstruction et la restauration des animaux fossiles trouvés dans les terrains tertiaires de Montmartre a servi de modèle aux autres naturalistes, qui, après lui, ont appliqué les mêmes procédés à Texamen des ossements fossiles découverts dans d'autres terrains et dans diverses parties de l'Europe.
a Dans mon ouvrage sur les Ossements fossiles, dit Cuvier, je me suis proposé de reconnaître à quels animaux appartiennent les débris osseux dont les couches superficielles du globe sont remplies. C'était chercher à parcourir une route où l'on n'avait encore hasardé que quelques pas. Antiquaire d'une nouvelle espèce, il me fallut apprendre à la fois à restaurer ces monuments des révolutions passées et à en déchiffrer le sens; j'eus à recueillir et à rapprocher dans leur ordre primitif les fragments dont ils se composaient, à reconstruire les êtres antiques auxquels ces fragments appartenaient, à les reproduire avec leurs proportions et leurs caractères, à les comparer enfin à ceux qui vivent aujourd'hui à la surface du globe : art presque inconnu, et qui supposait une science à peine effleurée auparavant, celle des lois qui président aux coexistences des formes des diverses parties dans les êtres organisés. Je dus donc me préparer à ces recherches par des recherches bien plus longues sur les animaux existants ; une revue presque générale de la création actuelle pouvait seule donner un caractère de démonstration à mes résultats sur celte création ancienne, mais elle devait en même temps me donner un grand ensemble de règles et de rapports non moins démontrés, et le règne entier des animaux ne pouvait manquer de se trouver en quelque sorte soumis à des lois nouvelles, à l'occasion de cet essai sur une petite partie de la théorie de la terre •. »
c Lorsque la vue de quelques ossements m'inspira, il y a plus de vingt ans, l'idée d'appliquer la règle générale de l'anatomie comparée à la reconstitution et à la dénomination des espèces fossiles; lorsque je commençai à m'apcrcevoir que ces espèces n'étaient point toutes parfaitement représentées par celles de nos jours qui leur ressemblaient le plus, je ne me doutais pas encore que je marchasse sur un sol rempli de dépouilles plus extraordinaires que toutes celles que j'avais vues jus-
1. Gisements fossiles^ tome I, Discours sur les révolutions du globe y pages 1-2 (m-4*).
que-là, ni que je fusse destiné à reproduire à la lumière des genres entiers inconnus au monde actuel, et ensevelis depuis des temps incalculables à de grandes profondeurs.
• Je n'avais encore donné aucune attention aux notices publiées dans quelques recueils, sur ces os de nos environs, par des naturalistes qui n'avaient pas la prétention d'en reconnaître les espèces. C'est à M. Vaurin que j'ai dû les premières indications de ces os dont nos plàtrières fourmillent. Quelques échantillons qu'il m'apporta un jour m'ayant frappé d'étonnement, je m'informai, avec tout l'intérêt que pouvaient m'inspirer les découvertes que je pressentis à l'instant, des personnes aux cabinets desquelles cet industrieux et zélé collecteur en avait fourni précédemment. Accueilli par tous ces amateurs avec la politesse qui caractérise dans notre siècle les hommes éclairés, ce que je trouvai dans leurs collections ne fit que confirmer mes espérances et exalter de plus en plus ma curiosité. Faisant chercher dès lors de ces ossements, avec le plus grand soin, dans toutes les carrières, offrant aux ouvriers des récompenses propres à éveiller leur attention, j'en recueillis, à mon tour, un nombre supérieur à tout ce que l'on avait possédé avant moi, et, après quelques années, je me vis assez riche pour n'avoir presque rien à désirer du côté des matériaux.
f Mais il n'en était pas de môme pour leur arrangement, et pour la reconstruction des squelettes qui pouvait seule me conduire à une idée juste des espèces.
€ Dès les premiers moments, je m'étais aperçu qu'il y avait plusieurs de celles-ci dans nos plâtres; bientôt après je vis qu'elles appartenaient à plusieurs genres, et que les espèces des genres différents étaient de même grandeur entre elles, en sorte que la grandeur pouvait plutôt m'égarer que m'aider. J'étais dans le cas d'un homme à qui Ton aurait donné pêle-mêle les débris mutilés et incomplets de quelques centaines de squelettes appartenant à vingt sortes d'animaux ; il fallait que chaque os allât retrouver celui auquel il devait tenir ; c'était presque une résurrection en petit, et je n'avais pas à ma disposition la trompette toutepuissante ; mais les lois immuables prescrites aux êtres vivants y suppléèrent, et, à la voix de l'anatomie comparée, chaque os, chaque portion d'os reprit sa place. Je n'ai point d'expressions pour peindre le plaisir que j'éprouvais en voyant, à mesure que je découvrais un caractère, toutes les conséquences plus ou moins prévues de ce caractère se développer successivement : les pieds se trouver conformes à ce qu'avaient annoncé les dents ; les dents à ce qu'annonçaient les pieds ; les os des jambes, des cuisses, tous ceux qui devaient réunir ces deux parties extrêmes, se trouver conformés comme on pouvait le juger d'avance ; en un mot, chacune de ces espèces renaître, pour ainsi dire, d'un seul de ses éléments.
« Ceux qui auront la patience de me suivre dans les mémoires qui composent cette partie, pourront se faire une idée des sensations que j'ai éprouvées en restaurant ainsi, par degrés, ces antiques monuments d'épouvantables révolutions. J'y présente une partie de mes recherches dans l'ordre ou plutôt dans le désordre où je les ai faites, et selon que
les faits nécessaires au complément de mes genres se sont offerts successivement*. >
Donnons ici quelques indications générales sur les êtres fossiles, en considérant surtout les animaux.
Un certain nombre d'êtres fossiles appartiennent à des espèces semblables à celles qui vivent de nos jours, mais la plupart sont des espèces qui ont tout à fait disparu de la surface du globe. Ces espèces fossiles peuvent constituer des familles naturelles dont aucun des genres n'a survécu : telle est la famille des Ptérodactyles (fig. 1) parmi les reptiles , celle des Ammonites (fig. 2) parmi les mollusques, celle des Ichthyosaures
hig. 2. Ammonite.
(fig. 3) et des Plésiosaures (fig. 4) parmi les reptiles. D'autres fois, ce sont seulement des genres perdus appartenant à des familles dont quelques genres sont encore vivants, comme le genre Palâeoniscus (fig. 5) parmi les poissons, etc. Enfin, on rencontre aussi des espèces perdues appartenant à des genres de la Faune actuelle. Le Mammouth y par exemple (fig. 6), est une espèce perdue du genre Éléphant.
Les fossiles sont terrestres , comme le Cerf à bois gigantesque (fig. 7), Limaçon ou Hélix (fig. 8); fluvialiles ou lacustres, comme le Planorbe^ la Limnée (fig. 9), la Physe (fig. 10) , VUnio