‹ La terre avant le déluge (volume 3)Chapitre 12 sur 49 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

it nos Fscnltés des scieDces, deB écoles industrielles et agricoles et des classes supérieures des lycées.

La géoli^e est exposée dans cet ouvrage d'après les travaux les plus récents et conformément aux principes professés dans les cours de l'Université. C'est un résnmé de l'état actuel de cette science présenté selon l'esprit d'ecclectisme qui réunit aujourd'hui dans une sage synthèse des systèmes autrefois ennemis. L'auteur croit donc pouvoir demander au corps enseignant son appui pour faire de la Tare avant U déluge, V Introduction, à la fois populaire et classique, à l'étude de la géologie.

■dovGoot^Ic

CONSIDÉEATIONS GÉNÉRALES.

L'observateur dont le regard embrasse une riche et fertile plaine, arrosée par des rivières et des cours d'eau, qui suivent, depuis une longue série de siècles, la même route uniforme et tranquille; le voyageur qui contemple une grande cité, dont la fondation première se perd dans la nuit des temps, et qui témoigne ainsi de l'invariabilité des choses et des lieux; le naturaliste, qui parcourt dans tous les sens une montagne ou un site agreste, et qui retrouve en leurs mômes places et en leur même état les reliefs et les accidents du soi dont les plus anciennes traditions historiques ont conservé le souvenir, ne peuvent croire que de graves bouleversements aient jamais altéré la surface de notre globe. Mais la terre n'a pas toujours présenté l'aspect de calme et de stabilité qu'elle offre aujourd'hui à nos regards. Enfoncez-vous dans les profondeurs du sol, par exemple dans une de ces excavations immenses que l'intrépidité du mineur a creusées pour l'exploitation des gise^menls de houille ou des filons métalliques, et un grand nombre de phénomènes, portant avec euï leur conclusion nécessaire, frapperont votre esprit. Une élévation notable de température se manifestera dans ces lieux souterrains ; si vous avez eu la

■dovGoot^Ic

précaution de vous munir d'un thermomètre, il vous sera facile de constater que la température de la terre s'élève de !• environ à chaque 33 mètres de profondeur au-dessous de son niveau. Si vous examinez les parois Terticales de la tranchée qui forme le puits de la mine, vous les verrez formées d'une série de couches, quelquefois horizontales, mais plus souvent obliques, redressées, ou même plissées et comme retournées sur elles-mêmes. Vous verrez des couches horizontales et parallèles subitement traversées par l'éruption, droite ou oblique, d'une veine de terrain de tout autre nature et d'un aspect différent. Ces ondulations et l'inclinaison des couches terreuses en plusieurs sens montrent bien qu'une cause puissante, une violente action mécanique, a dû intervenir pour les produire. Enfin, si vous examinez avec plus d'attention encore l'intérieur des couches; si, armé de la pioche du mineur, vous attaquez et creusez la terre qui vous environne, il ne sera pas impossible que ce premier etfort accompli dans la voie et dans les travaux ordinaires du géologue soit récompensé par la découverte de quelque fossile. Les débris des plantes et des animaux appartenant aux premiers Ages du monde sont, en effet, assez communs; des montagnes entières en sont formées, et dans certaines localités on ne peut creuser le sol, à une certaine profondeur, sans en retirer des fragments d'os et de coquilles, ou des empreintes de végétaux fossiles, restes ensevelis des créations éteintes.

Ces ossements, ces débris animaux ou végétaux que la pioche da notre nouveau géologue a arrachés aux profondeurs du sol, appartiennent à des espèces organiques aujourd'hui disparues; on ne peut, en eiïet, les rapporter à aucun des animaux, à aucune des plantes qui vivent de nos jours. Mais, évidemment, ces ë,tres dont on trouve les débris maintenant ensevelis à de grandes profondeurs, n'ont pas toujours occupé cette place ; ils ont vécu à la surface de la terre, comme les plantes et les animaux que nous y voyons de nos jours, dont ils avaient toute l'organisation. La couche dans laquelle ils reposent aujourd'hui, formait donc autrefois la surface, le relief du sol, et la seule présence de ces ossements, de ces plantes fossiles, prouve que la terre a subi diverses mutations en des temps reculés. ■

■dovGoot^Ic

La géologie nous explique les transformations diverses qu'à éprouvées la terre pour arriver de son état primitif à sa situation présente. On détermine, avec son secours, l'époque à laqyelle appartiennent des couches quelconques de terrain, et celles qui leur sont superposées. De toutes les sciences, la géologie est la plus récente ; ce n'est qu'au commencement de notre siècle qu'elle s'est constituée d'une manière positive. C'est aussi, de toutes les sciences modernes, celle qui se modifie de la manière la plus profonde et la plus rapide. On comprend, en efTet, que, reposant uniquement sur l'observation, elle doive se transformer en partie à mesure que les faits sont mieux constatés, les observations rectifiées ou étendues,

La géologie, dont les applications sont nombreuses et variées, projette dans une foule d'autres sciences ses utiles clartés, Nous ne lui demanderons ici que les renseignements qui servent à expliquer l'origine de notre globe, la formation progressive des différentes couches et veines minérales qui le composent, enfm la description et la restauration des espèces animales et végétales aujourd'hui disparues, et qui formaient, selon le langage des naturalistes, la Flore et la Faune de l'ancien monde.

Pour expliquer l'origine de la terre et la cause de ses mutations diverses, les géologues modernes invoquent deux ordres de faits, ou de considérations fondamentales :

i ° La considération des fossiles ;

2° L'hypothèse de l'incandescence des parties centrales du giobe; et, comme corollaire de la précédente, l'hypothèse des loutèvemetits de la croûte du globe, soulèvements ayant produit des révolutions locales. Ces soulèvements ont eu pour résultat de superposer des matériaux nouveaux sur les terrains antérieurs, d'introduire des roches anormales, dites émpiives, enfin de faire réagir ces roches éruptives sur les dépôts précédents, de iiçon à les dénaturer de diverses manières. De là dérive une troisième classe de roches, dites métamorphiques, dont la connaissance est de date toute récente.

Fossiles. — On donne le nom de fossile à tout corps, ou vestige de corps organisé, animal qu végétal, enfoui naturellement dans les couches terrestres, et n'appartenant à aucune des espèces

qui vivent de nos jours. Ces corps fossiles n'ont ni l'éclat ni la grâce de la plupart des êtres vivants : mutilés, décolorés, souvent informes, ils semblent se dérober aux regards du savant qui les interroge avec patience ou génie, et qui cherche à reconstruire, à leur aide, la Faune et la Flore des Ages passés.

Ces restes des créations primitives ont été longtemps considérés et classés scientifiquement comme des jeux de la nature. C'est ainsi qu'on les trouve appréciés et désignés dans les ouvrages des philosophes de l'antiquité qui ontécrit sur l'histoire naturelle, et dans les rares traités d'histoire naturelle que le moyen âge nous a légués,

Les ossements fossiles, particulièrement ceux d'Ëléphants, ont été .connus dans l'antiquité, et ont donné lieu, tant chez les anciens que chez les modernes, à toutes sortes de légendes ou d'histoires fabuleuses. Latradîtion qui faisaitattribuerà Achille, à Ajax et à d'autres héros de la guerre de Troie, une taille de 20 pieds, se rattachait sans doute à la découverte d'ossements d'Éléphants. Du temps de Périclès, on assurait, en effet, avoir trouvé dans le tombeau d'Ajax une rotule de ce héros troyen, qui était de la grandeur d'une assiette : ce n'était probablement que la rotule d'un Éléphant fossile.

Notre grand artiste Bernard Palissy eut la gloire de reconnaître et de proclamer le premier la véritable provenance des débris fossiles qui se rencontrent en si grand nombre dans ceitains terrains, en particulier dans ceux de la Touraine, qui avaient fait l'objet particulier de ses observations. Bernard Palissy soutint, en 1580, dans son ouvrage sur les Eaux et fontaines, que les pierres figurées, comme on appelait alors les fossiles animaux ou végétaux, étaient des restes d'êtres organisés qui s'étaient déposés autrefois, et conservés au fond des mers, dans les lieux mêmes où on les retrouve'.

\. L'eilsten ce de coquilles marines sur le sommet des montagnes avaitdéjàfra.ppé l'esprildes ancieQS. Ténaoin ces vers d'Ovide dans le livre XV des JIAiiniorpAoui :

Vidi facltu tx xqtiOTt terras ,

Et procul a pelogo couchas jacvfre marinx, Et vttui inventa tst in mcntibu* anehora summis. c J'ai vu des terres fonnées aui dépens de la mer, et des coquilles marines gisant loin de l'Océan; bieo plus, une ancre antique a été trouvée au sommet

■dovGooi^Ic

Le géologue danois Slenon, qui publia ses principaux ouvrages en Italie, au milieu du. diï-septième siècle, fit des études approfondies sur les coquilles fossiles qui avaient été découvertes dans les terrains de l'Italie. Le peintre italien Scilla fit paraître, en 1670, un traité latin sur les fossiles de la Calabre, dans lequel il établit la nature organique des coquilles fossiles.

Au dix-huitiëme siècle, qui a vu naître les deux théories contradictoires de l'origine ignée, ou plulonienne, de notre globe, et de son origine aqueuse, ou neptunUnne, les géologues italiens donnèrent une sérieuse impulsion à l'étude des êtres fossiles. 11 faut citer ici les noms de Vallisneri ', à qui la science doit les premières études sur les dépôts marins de lltalie et sur les débris organiques les plus caractéristiques qu'ils renferment; — de Lazzaro Moro', qui continua les études de Vallisneri; — du moine Gemerelli, qui réduisit en un système scientifique complet les idées de ces deux derniers géologues, et qui s'eiforça d'expliquer tous les phénomènes, comme le voulait Vallisneri, ■ sans violence, sans fictions, sans hypothèses, sans miracles; ■> — de Marselli et de DonaCi, qui étudièrent d'une manière trèsscientifique les coquilles fossiles de l'Italie, en particulier celles de l'Adriatique, et qui reconnurent qu'elles aiïectaient dans leurs gisements un ordre de superposition régulier et constant '.

En France, notre immortel Buffon donna, par ses éloquents écrits, une grande popularité aux idées des naturalistes italiens concernant l'origine des débris organiques fossiles. Dans ses admirables Epoques de la nature, cet immortel écrivain cherche à établir que les coquilles que l'on trouve en grande quantité enfouies dans le sol, et jusque sur le sommet des montagnes, appartiennent bien réellement à des espèces autres que celles de nos jours. Mais cette idée était trop nouvelle pour ne pas trouver de contradicteurs ; elle compta parmi ses adversaires le hardi philosophe qui aurait dû l'adopter avec le plus d'ardeur :

Page 1